L’effet pervers du contact virtuel chez les personnes âgées

Paradoxalement, voir ses proches virtuellement peut renforcer le sentiment de solitude chez les plus de 60 ans.

Des contacts virtuels potentiellement plus « déprimants » que l'absence de contact. - Unsplash

Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, les écrans étaient devenus, durant les confinements, le seul moyen de rester en contact avec les membres de notre famille et nos amis. Autour d’un coronapéro ou pas, l’objectif était le même : pallier la distanciation imposée par le gouvernement et éviter le sentiment d’isolement. Mais cela n’a pas eu l’effet escompté chez tout le monde.

D’après une étude menée aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, une des premières à comparer les interactions sociales au sein des foyers et le bien-être mental durant la pandémie, les personnes âgées de plus de 60 ans qui ont gardé un contact virtuel avec leurs proches ont souffert d’une plus grande solitude et de troubles de santé mentale à long terme importants. Un constat qui a surpris les auteurs de l’étude. « Nous nous attendions à ce qu’un contact virtuel soit préférable à un isolement total, mais cela ne semble pas avoir été le cas pour les personnes âgées », a déclaré au Guardian le Dr. Yang Hu, de l’Université de Lancaster, qui a coécrit le rapport publié dans Frontiers in Sociology.

Le problème principal, selon lui, est que les personnes âgées, peu familières avec les outils technologiques, trouvent stressant le fait de devoir apprendre à les utiliser. Et même chez ceux qui les maîtrisaient déjà avant la pandémie, le recours massif aux moyens de communication virtuels pendant le confinement était si stressant qu’il était finalement plus dommageable pour leur santé mentale que de simplement faire face à l’isolement et à la solitude. « Ce n’est pas seulement la solitude qui a été aggravée par le contact virtuel, mais la santé mentale en général : ces personnes étaient plus déprimées, plus isolées et se sentaient plus malheureuses en conséquence directe de leur utilisation du contact virtuel », précise le Dr. Yang Hu. Encore plus qu’avant la crise sanitaire.

Prendre en compte la santé mentale des seniors

Face à ce constat, Dr Yang Hu estime que, lors des prochaines urgences, il faut mettre en place des moyens sûrs pour préserver un contact face-à-face. Le bien-être des personnes âgées en dépend. « Nous devons les doter de la capacité numérique pour pouvoir utiliser la technologie la prochaine fois qu’une catastrophe comme celle-ci se produira », préconise-t-il auprès du journal britannique, appelant les gouvernements à élaborer une politique de santé publique qui prenne en compte la santé mentale des personnes les plus âgées. Il ajoute également que ces résultats pointent du doigt les limites d’un avenir uniquement numérique.

Outre les personnes âgées vivant seules, les femmes, les personnes dont l’état de santé autodéclaré était moins bon et celles dont la situation financière était moins satisfaisante étaient, elles aussi, susceptibles de se sentir plus seules durant la pandémie, ressort-il de l’étude se basant sur un échantillon de 6.500 répondants britanniques et américains.

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