Ruée sur les vaccins en France

Malgré les réticences, de nombreux Français ont pris rendez-vous pour se faire vacciner contre le Covid-19, après les annonces d'Emmanuel Macron qui, pour certains, ressemblent à du chantage.

Un Français se fait vacciner. - AFP

Le site de réservation Doctolib surchauffe. Depuis lundi, plus de 2,6 millions de Français, principalement des jeunes, ont pris rendez-vous pour se faire vacciner. Rien que pour la journée de mercredi 14 juillet, jour de la fête nationale, 432.000 rendez-vous ont été enregistrés. Lundi, la plateforme en dénombrait 20.000 toutes les minutes. Un record.

D’abord réticents, la plupart ont franchi le pas, suite aux mesures coercitives annoncées par Emmanuel Macron. Face à la progression du variant Delta qui risque de provoquer une quatrième vague, le gouvernement français a sorti le grand jeu pour accroître la couverture vaccinale du pays, tout en contournant l’obligation. « La vaccination n’est pas tout de suite obligatoire pour tout le monde, mais nous allons étendre au maximum le passeport sanitaire pour pousser le maximum d’entre vous à aller vous faire vacciner », a déclaré dans son allocution lundi soir le président français. Aller au restaurant, dans un café, au cinéma ou au théâtre, prendre un train pour aller voir sa famille à l’autre bout du pays, monter dans un avion : pour tous ces gestes relativement banals, les Français devront bientôt présenter un pass sanitaire attestant qu’ils sont vaccinés ou un test négatif. La semaine prochaine pour les lieux de culture, début août pour les restaurants et les transports.

« Si on veut vivre normalement, on est obligé de l’avoir », témoigne un étudiant de 21 ans juste après sa piqûre dans un centre parisien « pour retrouver les plaisirs du quotidien ». « Je suis allée sur Doctolib juste après l’annonce, ils nous ont mis la pression. Soit tu le fais, soit tu ne fais plus rien », résume une employée de 40 ans, résignée.

Grâce à ces annonces, le patron de la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Stanislas Niox-Chateau avait estimé sur BFMTV que la campagne de vaccination allait « monter vite à quatre, cinq millions d’injections par semaine ».  

« Ce n’est pas une sanction »

Certains ont toutefois dénoncé cette stratégie, dénonçant une atteinte aux libertés, aussi en raison d’une autre mesure annoncée lundi : la vaccination obligatoire pour les soignants et ceux qui côtoient des personnes vulnérables. Pour d’autres, cet élargissement du pass sanitaire s’apparente davantage à un chantage à la vaccination. Une critique à laquelle le ministre français de la Santé Olivier Véran a répondu. « Ce n’est pas une sanction, ce n’est pas un chantage. Parce que d’abord, le vaccin est une protection, c’est de la prévention : c’est sûr, c’est efficace, ça sauve des vies, à commencer par la vie de la personne qui se fait vacciner. Et ensuite, parce qu’il y aura toujours cette liberté de circulation », a-t-il affirmé mardi sur BFM TV. Face à « un variant très contagieux, une épidémie qui peut repartir, qui peut flamber », ce pass est nécessaire si « nous ne voulons pas refermer le pays comme nous avons été obligés de le faire plusieurs fois au cours de l’année et demie écoulée », a-t-il estimé. « La question qui se pose, c’est pas “la vie normale ou le pass sanitaire ?”, c’est “le confinement ou le pass sanitaire ?” »

une anti-vaccin

Souplesse, mais pas pour longtemps

Au lendemain de cette annonce, le porte-parole du gouvernement français a toutefois indiqué que des « des règles de souplesse » seront appliquées pour les adolescents. Encore peu vaccinés, car ils n’y ont droit que depuis fin juin, les plus jeunes sont exemptés de pass sanitaire jusqu’au 30 août, dans les lieux où il sera exigé à partir de fin juillet, afin de ne pas gâcher les vacances des familles.

Pour les derniers réfractaires, le pass sanitaire peut évidemment être obtenu sans passer par la case vaccination. Il faut, pour cela, disposer d’un certificat de rétablissement, correspondant à une contamination il y a plus de onze jours et moins de six mois, ou bien d’un test PCR négatif, et donc en faire (très) régulièrement. Mais à partir de l’automne, ils ne seront plus systématiquement gratuits, comme c’est actuellement le cas.

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