Imposer la vaccination aux soignants : une solution « logique » ?

L'obligation vaccinale pour les soignants est-elle inévitable ? Au lendemain de l'annonce d'Emmanuel Macron en France, la question se pose pour la Belgique.

Faut-il rendre la vaccination obligatoire pour les soignants ? - Reuters

Maintenant que la France a rendu la vaccination contre le Covid-19 obligatoire pour les soignants, l’appel se fait de plus en plus pressant de notre côté de la frontière. Il faut dire que la Belgique, comme d’autres pays, est engagée dans une véritable course contre la montre, entre la campagne de vaccination en cours et le spectre d’une « quatrième vague ».

Actuellement, selon Sciensano, un membre du personnel soignant sur quatre ne serait pas vacciné (27%). Dans les maisons de repos, le taux de vaccination est trop faible parmi le personnel, soignant ou non : 60% en Wallonie et à peine plus haut que 50% à Bruxelles. Faut-il dès lors suivre l’exemple français et imposer la vaccination ?

Eloïse, infirmière dans un hôpital bruxellois, y est en tout cas favorable, même si elle trouve cela dommage de devoir en arriver là. « Il est logique en tant que soignant de se faire vacciner car c’est une question de sécurité pour lui-même, mais aussi pour le patient », estime la jeune femme de 28 ans, elle-même vaccinée, rappelant que les soignants ont « le devoir d’aider les autres et de ne pas les mettre en danger ». Refuser le vaccin était, pour elle, inenvisageable, voire incompréhensible. « Il y a déjà plein de vaccins qui sont obligatoires pour les soignants, comme l’hépatite B et C, et personne n’en fait tout un foin. »

Dans son service, la plupart des membres du personnel sont vaccinés. Certains collègues, d’abord contre cette fameuse piqûre, se sont finalement résignés, sous « la pression et la culpabilisation » de la direction. Une démarche qu’Eloïse dénonce. « Même moi je l’ai mal perçue, alors que je suis totalement pour le vaccin. » D’autres ont refusé de se faire vacciner à l’hôpital, avant d’accepter une fois leur invitation reçue, comme tous les autres citoyens. « Entre février, où on était un peu les cobayes du pays, et maintenant, on connaît un peu plus les effets secondaires sur le court terme, on remarque qu’une majorité de la population l’a fait et que ça passe globalement bien », ajoute-t-elle. Étant au premier rang depuis le début de cette crise, les soignants observent désormais les dégâts post-covid qui sont, d’après l’infirmière, bien plus importants et nombreux. « J’ai vu bien plus de grosses séquelles du Covid que du vaccin. En réalité, je n’en ai même pas vues pour le vaccin. »

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– Reuters

Il reste encore néanmoins quelques récalcitrants. Eloïse ne rejette d’ailleurs pas totalement leur avis. « C’est vrai qu’on parle de troisième dose, de l’efficacité des vaccins contre les variants… Il y a encore tellement de points inconnus que je peux les comprendre. » Pour les convaincre, il n’y a pas de solution miracle. D’après elle, seul le temps pourrait parvenir à les convertir. « Mais c’est justement ce dont il nous manque. »

Une obligation qui comporte quelques risques

Même position du côté de Vincent Frédéricq. Le secrétaire général de la fédération des maisons de repos Femarbel plaide fermement pour l’obligation vaccinale. « Je pouvais très bien comprendre qu’une partie du personnel soit inquiète au début de la campagne de vaccination. Mais on est désormais à 7 millions de première dose et 4 de deuxième dose. Et sauf erreur de ma part, les effets secondaires graves sont extrêmement rares. »

Du côté des syndicats du secteur de la santé, on s’y oppose. Du moins pour l’instant. À la place, ils préconisent de redoubler d’efforts pour convaincre le personnel soignant « de l’utilité, de l’importance et de la nécessité de la vaccination », déclare Jan-Piet Bauwens, secrétaire fédéral du syndicat socialiste BBTK. « Avec une telle obligation, nous dissuaderions les gens à travailler dans le secteur des soins de santé, alors que nous devons les attirer. » Même crainte du côté du syndicat chrétien ACV Puls. « Opter pour la voie punitive comme en France (où le personnel de santé qui ne sera pas vacciné avant le 15 septembre ne sera plus payé, ndlr) va trop loin. Nous sommes déjà à court de personnel et nous ne voulons pas effrayer les gens », estime son coordinateur général Mark Selleslach.

Débat politique

La question risque aussi d’être difficile à trancher sur le plan politique. Hautement sensible, le sujet sera à l’agenda du prochain Conseil interministériel des ministres de la Santé qui se déroule ce mercredi. On connaît déjà l’avis de Frank Vandenbroucke. Pour l’instant, le socialiste flamand ne veut pas revenir sur la stratégie mise en place. « On a misé sur une approche volontaire de la vaccination. Je crois qu’il faut encourager les institutions à poursuivre leurs efforts pour que le personnel soignant se fasse vacciner », indiquait-il la semaine dernière. Reste que du côté des ministres régionaux, qui ont les cartes en main, le rejet n’est plus si net. « Pour l’instant, on reste assez prudent sur cette question. Mais on est ouvert à la discussion », confie à la Libre le cabinet du ministre bruxellois Alain Maron. En vue de passer à la vitesse supérieure, les hôpitaux belges ont appelé les politiques à aborder ce sujet au Comité de concertation de ce vendredi.

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