Covid-19: faut-il rendre obligatoire la vaccination pour les soignants ?

L'Italie a décidé de rendre la vaccination obligatoire pour son personnel soignant. La France en discute. Et chez nous ?

La vaccination obligatoire des soignants : un devoir ou une atteinte aux libertés individuelles ? - BELGA

La pression monte autour des soignants non vaccinés contre le Covid-19. En France, un projet de loi est en préparation pour contraindre le personnel des maisons de repos et des hôpitaux à s’y soumettre. Face à la menace du variant Delta, Emmanuel Macron semble avoir changé de fusil d’épaule. D’abord réfractaire, le président français ne ferme désormais « aucune porte ».

Dans un avis publié le 24 juin dernier, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) se montre également favorable à la vaccination obligatoire des soignants. Leurs arguments ? Des données consolidées, un certain recul sur les vaccins, la disponibilité des doses et le fait que la couverture vaccinale des soignants reste globalement insuffisante. « Je suis comme toutes les Françaises et tous les Français, choqué (…) quand on voit l’épidémie se réintroduire (…) par l’entremise de celles et ceux dont c’est la vocation de protéger et de soigner. Cela n’est pas admissible », a dénoncé mercredi le Premier ministre français Jean Castex, en évoquant notamment le cas récent d’un cluster dans un Ehpad du département des Landes. Ce jeudi, c’était au tour de la Haute autorité de santé de faire pression, en prévenant dans un communiqué à propos du personnel soignant, « qu’il est impératif que leur couverture vaccinale progresse rapidement, faute de quoi, face à un risque de résurgence épidémique, la question de l’obligation vaccinale devra être rapidement posée ». Les autorités françaises entendent mettre leur menace à exécution d’ici la fin de l’été, alors que le taux de vaccination dépasse à peine la moitié des soignants dans les maisons de repos. Le compte-à-rebours est lancé.

Selon un récent sondage, une large majorité de Français (72%) souhaite rendre la vaccination obligatoire pour les blouses blanches, même si certains redoutent que ce soit la première étape vers une obligation répandue à toute la population. À cette échelle, 58% des Français y sont favorables, soit 20% de plus qu’en novembre dernier.

En abordant ce sujet, les autorités françaises marchent sur des œufs puisqu’ils risquent de braquer les soignants récalcitrants et même d’aggraver les pénuries de personnel dans les maisons de repos, déjà méfiant envers les politiques publiques après des années de promesses non-tenues.

soignants en attente de se faire vacciner

Un autre niveau en Italie

En Italie, l’obligation vaccinale des soignants n’a pas fait autant débat. Depuis avril, un décret prévoit des sanctions pour ceux qui refusent la fameuse piqûre, soit un changement de fonction, soit la mise en congé forcé, soit la suspension sans salaire. Jusqu’à ce que les récalcitrants changent d’avis. À ce jour, seulement 2,36% du personnel soignant n’est pas vacciné, soit moins de 45.000 travailleurs sanitaires sur un total de près de deux millions. Il n’empêche, les autorités sanitaires insistent et veulent éviter à tout prix une quatrième vague à la rentrée.

Et en Belgique ?

Des voix scientifiques et politiques s’élèvent petit à petit pour réclamer la vaccination obligatoire du personnel soignant. « Quand on a été confronté aux dégâts et aux drames de cette crise, j’avoue que j’ai du mal à comprendre qu’en tant que soignant on puisse encore hésiter à se faire vacciner maintenant », regrettait l’infectiologue Leila Belkhir ce jeudi sur La Première. Dans Le Soir, Yves Hellendorff, secrétaire national du secteur non marchand pour la CSC se disait « désormais favorable à une vaccination obligatoire pour le personnel soignant », à condition qu’elle soit imposée par l’Etat et non par les institutions locales.

« Je pense qu’on ne peut obliger personne à se faire vacciner, mais on peut obliger les personnes qui sont en contact avec les malades à se faire vacciner. Cela ne me paraît pas problématique d’un point de vue éthique », avançait récemment le Pr Michel Moutschen, chef du service d’infectiologie du CHU de Liège. « C’est un devoir. Si des membres du personnel soignant ne souhaitent pas se faire vacciner, ils doivent envisager une réorientation de leur activité professionnelle. Ceci est vrai tant pour les infirmières que pour les médecins. » De son côté, le Dr Philippe Devos, président de l’Association belge des syndicats médicaux rappelait « aux médecins qui auraient encore un doute » que « le médecin doit toujours diminuer le risque pour son patient ».

Côté politique, le président de Défi François De Smet plaide, lui aussi, pour que la vaccination soit imposée au personnel des maisons de repos. Si aucun chiffre officiel n’a été communiqué, on sait que la vaccination des soignants est trop faible par rapport aux attentes, en particulier dans ces lieux à risque. Le Soir évoque par exemple un taux de 57% pour le personnel des maisons de repos à Bruxelles, bien en dessous de l’objectif de 70%. Mais le dernier mot reviendra aux ministres de la Santé. Et pour le moment, on privilégie l’invitation plutôt que l’obligation. Pour le moment…

Sur le même sujet
Plus d'actualité