70% des adultes belges vaccinés: et maintenant?

Atteindre cette étape représente un pas important en avant, avec des conséquences réelles. Mais pour obtenir l’immunité collective, il va falloir encore attendre.

@BelgaImage

Ce mercredi 23 juin, le fameux cap des 70% d’adultes vaccinés, objectif fixé par le gouvernement, a enfin été dépassé. Pour être précis, Sciensano fait savoir que 70,2% de cette partie de la population a désormais reçu une première injection. Rares sont les pays dans le monde qui peuvent déjà se prévaloir d’avoir atteint ce niveau. Il y a le Royaume-Uni, Israël, le Canada, Malte ou encore la Finlande. Même la Maison-Blanche a reconnu ce mardi que les États-Unis n’arriveront pas à atteindre le but de 70% établi pour le 4 juillet au vu d’un ralentissement du rythme de vaccination. Mais au fond, on peut se demander ce que cela change de remplir ce fameux objectif. En réalité, cela tout dépend du point de vue.

Des bénéfices indéniables

La conséquence la plus concrète de cette performance belge, c’est qu’elle s’inscrit directement dans le plan de déconfinement tel qu’élaboré par le Comité de concertation. Quand il a été mis au point, il était prévu que les 70% soient atteints d’ici le 30 juillet. Finalement, ce taux est déjà atteint et cela permet de s’assurer que le plan été se poursuive comme prévu, avec notamment la possibilité de permettre des événements comme des festivals. Il faudra juste vérifier que les hospitalisations liées au Covid-19 restent faibles. Pour l’instant, seules 184 personnes sont admises en soins intensifs pour cette raison, ce qui permet aux hôpitaux de lever l’alerte pour le coronavirus.

Évidemment, l’autre grand bénéfice, c’est la baisse flagrante du nombre de cas et de morts du Covid-19. Il y a aujourd’hui aussi peu de décès que lors de l’été dernier alors que des variants sont depuis apparus, dont certains réputés plus dangereux. On peut pratiquement dire la même chose du taux de personnes contaminées, même si les chiffres sont encore supérieurs à ceux de juillet 2020. Si la vaccination ne fait pas tout et qu’il a aussi le respect des gestes barrières, on peut dire que les vaccins ont eu un effet notoire sur la décrue de la pandémie.

Les 70% atteints: oui et non!

Mais si ce pourcentage de 70% était si précieux, c’est parce qu’il était souvent pris comme synonyme d’immunité collective, donc de promesse de victoire sur le coronavirus. Or force est de constater que le Covid-19 est toujours là. En réalité, il faut ajouter plusieurs précisions. De un, certes il y a 70% d’adultes vaccinés mais ce serait oublier les mineurs, pourtant transmetteurs du virus. Si on les prend en compte, seuls 56,3% des Belges sont vaccinés. De deux, ce n’est qu’avec une première dose, or il en faut deux pour avoir une vaccination qui protège bel et bien (sauf pour Johnson&Johnson). Ici, 39,2% des adultes sont concernés (31,3% si on compte les mineurs en plus).

Il faudra donc encore continuer à vacciner pour véritablement atteindre les fameux 70%. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à l’Institut Pasteur que si on veut retrouver vraiment la vie d’avant, il faut revoir les objectifs. En considérant qu’il y a désormais les variants (qui abaissent de quelques petits pourcents l’efficacité des vaccins selon les dernières études), il faudrait atteindre 90% d’adultes vaccinés pour se permettre un déconfinement complet. En Flandre, cette barre semble atteignable au vu de l’énorme adhésion des groupes d’âges où la campagne de vaccination est déjà terminée (de 89% à 96% à partir de 45 ans). Ailleurs, c’est plus difficile. En Wallonie, les taux sont d’un plus de 80% dans les groupes d’âges qui ont déjà reçu leurs injections. Mais c’est surtout à Bruxelles que le problème se pose puisqu’il n’y a aujourd’hui que 51% des Bruxellois adultes vaccinés.

L’autre astuce, ce serait de compenser avec la vaccination des mineurs. L’objectif sera alors réduit à 60-69% chez les 0-64 ans et 90% chez les plus de 65 ans pour déconfiner totalement. En l’occurrence, c’est faisable mais pour l’instant, seuls les 16-17 ans peuvent le faire. Ce mercredi, la Belgique a décidé de vacciner aussi les 12-15 ans avec comorbidités mais cela représente un nombre réduit de personnes. Est-ce que cela suffirait quand même? Difficile à le dire.

Une petite note positive enfin: il ne faut pas oublier ceux non-vaccinés mais qui ont contracté le Covid-19 et qui ont une immunité certes temporaire mais réelle. Cette «vaccination naturelle» est impossible à chiffrer mais elle jouera de toute évidence un rôle dans l’avenir de l’épidémie.

Le variant Delta en embuscade

Enfin, il y a un dernier élément à prendre en compte: l’arrivée à venir d’un variant encore plus problématique. Dans ce cas-là, la situation se corserait, bien qu’il soit difficile d’en prévoir les conséquences. Cette question est déjà une réalité au Royaume-Uni qui vient de reporter d’un mois la dernière phase de son déconfinement suite à une hausse des cas continue depuis la fin mai. Selon l’hypothèse dominante à l’heure actuelle, le coupable est le variant Delta, qui se répand d’ailleurs de plus en plus dans d’autres pays.

Il faut cela dit relativiser l’impact d’un variant comme celui Delta. Oui, le nombre de contaminations outre-Manche est sur une pente ascendante. Mais le nombre de décès reste quant à lui extrêmement faible, avec des chiffres similaires à ceux de l’été dernier. Autrement dit, le vaccin joue malgré tout son rôle protecteur, même si ça n’arrête pas vraiment la propagation de la maladie.

Il faudra enfin voir si une version améliorée des vaccins sera mise au point pour lutter contre les variants, ce qui ouvrirait la porte à une troisième dose, au moins pour les personnes les plus fragiles. Ce sont des questions qui doivent encore être explorées. Les prochains mois seront cruciaux de ce point de vue pour donner plus d’informations sur la suite de l’épidémie et sur les besoins de vaccination.

Sur le même sujet
Plus d'actualité