Des influenceurs incités à dénigrer le vaccin Pfizer

Une mystérieuse agence de communication demande à des influenceurs français de mettre en cause le vaccin anti-covid produit par Pfizer, moyennant rémunération. Mais qui se cache derrière cette campagne de désinformation ?

Le vaccin Pfizer prêt à être injecté. - AFP

En pleine pandémie de coronavirus, plusieurs stars des réseaux sociaux ont reçu une étrange proposition de partenariat. C’est le cas notamment de Léo Grasset, alias Dirty Biology. Ce lundi, le vulgarisateur scientifique qui a plus d’un million d’abonnés sur YouTube explique avoir été approché par une obscure entreprise pour « déglinguer le vaccin Pfizer en vidéo » avec un « budget colossal » pour le compte d’un « client qui veut rester incognito ».

Avant lui, l’humoriste Sami Ouladitto et l’interne à l’origine du compte « Et ça se dit médecin » avaient partagé la même expérience, appelant leurs followers à être prudents s’ils voyaient cette campagne de dénigrement chez d’autres influenceurs.

Publicité dissimulée

Les premiers messages avec l’agence de communication semblaient pourtant anodins : il s’agissait, selon ses dires, d’une « campagne informationnelle » visant à « parler des vaccins qui sont proposés à la population européenne, notamment AstraZeneca et Pfizer ». Question budget, la mystérieuse agence précise qu’il est « considérable ». Mais très vite, elle dévoile son véritable projet. Dans les termes du contrat, il est demandé aux influenceurs de faire passer cette campagne de désinformation comme leur « avis personnel », et non comme un contenu sponsorisé. Ce qui est interdit par la loi.

Plus précisément, la vidéo doit mettre en avant un tableau présentant des chiffres censés prouver la dangerosité des vaccins et affirmer que le produit de Pfizer-BioNTech présente « un taux de mortalité trois fois plus grand que celui d’AstraZeneca ». Reprenant le jargon complotiste, les influenceurs doivent également insister sur les médias mainstream qui dissimulent ces informations au public.

Pour étayer leur énoncé, l’agence leur propose également de relayer un article du Monde. Publié en janvier dernier, celui-ci porte sur des données volées et diffusées sur le Dark Web, montrant « la pression à laquelle faisait face l’Agence européenne des médicaments pour approuver au plus vite le vaccin Pfizer-BioNTech ». Mais, problème, le taux de mortalité imputé à Pfizer n’est pas abordé dans cet article. D’autres liens renvoient à des publications sur des forums, comme Reddit, qui se contentent de reprendre le tableau, dont on ne connaît l’origine, et qui ont été publiées entre le 15 et le 19 mai.

La Russie veut-elle la peau de Pfizer ?

Cette campagne de désinformation émane d’une entreprise qui se présente sous le nom de Fazze. Elle se dit basée à Londres. Pourtant, elle n’est pas inscrite au registre des sociétés britanniques et un tour sur Google Maps montre qu’aucune plaque à son nom n’apparaît à l’adresse indiquée. Depuis que l’affaire est sortie, ses employés ont passé leurs profils Linkedin en privé ou effacé certaines informations. Selon Le Monde, celui du PDG de l’entreprise, depuis inaccessible, révélait par exemple que l’agence opérait depuis Moscou.

Les liens avec la Russie ne s’arrêtent pas là. Le site de l’entreprise offre la possibilité de se connecter avec Facebook, Twitter ainsi que Vkontakte, le réseau social le plus utilisé en Russie, mais inconnu en Europe. Dans l’article du Monde, mentionné par l’agence, on apprend que des hackers russes sont soupçonnés d’être à l’origine de cette fuite de données.

Sur Twitter, plusieurs journalistes soulignent également une ressemblance entre le brief de cette campagne de désinformation et la communication officielle de Sputnik V. Le 19 mai dernier, le laboratoire russe partageait des données, attribuées au gouvernement hongrois, sur les différents vaccins, présentant un taux de mortalité parmi les personnes vaccinées au Pfizer 32 fois supérieur à celui du Sputnik. En s’adressant aux « bureaucrates de l’Union européenne », il tente de faire de la publicité pour son vaccin, qui n’est toujours pas autorisé par l’Agence européenne du médicament.

Néanmoins, ces éléments ne permettent pas de tirer des conclusions définitives. La Russie et Sputnik V ne sont d’ailleurs jamais mentionnés dans la campagne. L’agence de communication préfère opposer Pfizer à un autre vaccin, AstraZeneca. Vu la mauvaise réputation de ce dernier, l’objectif n’est pas de mettre en avant le deuxième, mais plutôt de dénigrer le duo. Le groupe pharmaceutique suédo-britannique nie d’ailleurs catégoriquement toute implication dans cette affaire.

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