Pourquoi vacciner les plus jeunes ?

Le Conseil supérieur de la santé vient de donner son feu vert à la vaccination avec Pfizer des 16-17 ans.

La vaccination des moins de 18 ans pourrait débuter cet été. - Unsplash

Faut-il vacciner les moins de 18 ans ? La décision revient à la sphère politique, mais, d’un point de vue scientifique, le Conseil supérieur de la santé a tranché. Comme l’Agence européenne des médicaments avant lui, l’exécutif belge recommande de vacciner les adolescents de 16 à 17 ans, en commençant par ceux avec comorbidités. Pour les autres, ils devront attendre leur tour comme tout le monde, « selon les modalités prévues par la Taskforce pour la population générale ». Leur tour étant déjà théoriquement cet été.

Pour le moment, le seul vaccin autorisé en Europe pour les plus de 16 ans est celui de la firme américaine Pfizer. D’après le CSS, les effets secondaires à court terme semblent limités chez les jeunes de 16 et 17 ans, mais il existe encore peu de données sur le sujet.

Pour ou contre ?

Mais au fond, pourquoi devrait-on vacciner les moins de 18 ans ? Pour les partisans de la vaccination des plus jeunes, celle-ci serait nécessaire pour atteindre un niveau d’immunité collective suffisant et diminuer ainsi la circulation du virus. Sans eux, remplir l’objectif de 70% à 80% de vaccinés semble difficile. Elle permettrait également d’éviter de nouveaux réservoirs pour les variants.

A contrario, les opposants estiment que, le risque de forme sévère de la maladie ou de décès chez les enfants et adolescents étant très faible, la balance bénéfices/risques ne penche pas ici en faveur de la vaccination.

Des seringues contenant le vaccin Pfizer

Des seringues contenant le vaccin Pfizer. – BELGA

Bien qu’elle ne permettrait pas directement de réduire la pression sur les hôpitaux, la vaccination de cette tranche d’âge pourrait néanmoins réduire le stress lié à la circulation du virus au sein des écoles et de favoriser un retour plus aisé à la normale pour le secteur de l’enseignement, et de la formation de manière générale.

Le CSS insiste toutefois sur l’importance de la notion de « consentement éclairé ». « L’implication active des professionnels de santé, des parents et/ou des responsables légaux, de l’école, des acteurs sociaux, etc. est fondamentale pour apporter toutes les réponses adéquates à leurs questions par rapport à la vaccination. »

Les 16-17 ans, puis les 12-15 ans ?

Pour l’instant, vacciner les moins de 16 ans n’est pas encore sur la table, mais cela pourrait ne pas tarder. Après des essais cliniques concluants, Pfizer a déposé début mai une demande d’autorisation de son sérum pour les 12 à 15 ans, ouvrant la voie à une homologation dès le mois de juin. L’Agence européenne des médicaments est en train d’examiner cette extension d’indication, comme le fait le régulateur américain. Pour les autres producteurs de vaccins contre le coronavirus, Johnson & Johnson, AstraZeneca et Moderna, des essais cliniques sont également en cours chez les enfants.

Là encore, il est bon de rappeler que plus on descend dans les tranches d’âge, plus le bénéfice individuel de la vaccination est faible… et plus le sujet devient donc hautement sensible.

« Un outrage moral »

Cela n’a toutefois pas empêché certains pays, comme Israël et les Etats-Unis, des champions de la vaccination, de passer le cap, en élargissant la piqûre aux plus de 12 ans. La Belgique et, plus largement, l’Europe suivront-elles cet exemple ? En tout cas, l’OMS n’y est pas favorable. En mars dernier, son directeur Tedros Adhanom Ghebreyesus dénonçait déjà un écart d’accès aux vaccins contre le Covid-19 entre les pays riches et pauvres « de plus en plus grotesque ». « Les pays les plus pauvres se demandent si les pays riches pensent vraiment ce qu’ils disent quand ils parlent de solidarité. La distribution inéquitable des vaccins n’est pas seulement un outrage moral. Elle est également autodestructrice sur le plan économique et épidémiologique », soulignait-il.

Dans son rapport publié jeudi, le Conseil supérieur de la santé s’interroge d’ailleurs sur cet élargissement de la vaccination à des groupes de moins en moins vulnérables : est-il « éthiquement » et médicalement acceptable de prévoir la vaccination de masse des adolescents dans les pays riches alors que des patients âgés et fragiles ne sont pas encore vaccinés dans le reste du monde ?

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