Le télétravail, parti pour durer ?

Plus de la moitié des Belges actifs veulent continuer à travailler en partie à domicile et beaucoup d’entreprises n'y sont pas opposées. Par contre, les enquêtes montrent que les employés travaillent plus à domicile qu’au bureau, en quantité et en durée.

Beaucoup de Belges veulent continuer à télétravailler. (Illustra)

Avec la crise sanitaire, beaucoup d’employeurs et d’employés ont été confrontés à une nouveauté dans leur mode de fonctionnement : le télétravail. Il ne s’agit pas d’une invention récente, mais avant la pandémie, peu d’entreprises y avaient véritablement recours. 

Désormais, tout le monde y a été forcé, permettant donc à toutes les sociétés, tous les travailleurs de se faire une idée sur le sujet. Et il faut dire que le concept semble avoir séduit beaucoup d’entre eux

Alors que dès le 9 juin, fameuse date du début du « vrai » déconfinement, chacun sera autorisé à retourner un jour par semaine au travail, avec donc un cinquième de l’effectif sur place, il est bien possible que beaucoup d’entreprises ne profitent pas de cette nouvelle permission.

L’Union des Classes Moyennes a sauté sur cette occasion pour dévoiler les résultats de son enquête sur le télétravail. Ceux-ci commencent par une surprise, moins d’une entreprise sur deux a forcé ses employés à travailler à domicile malgré l’obligation.

Par contre, parmi ceux qui ont suivi les recommandations fédérales, beaucoup ont été conquis et comptent continuer à travailler de la sorte. « Parmi les employeurs qui pratiquent le télétravail, 31 % pensent que cela nuit au bon fonctionnement et aspirent à y mettre fin. Les autres estiment que le boulot est aussi bien fait et 28,5 % constatent même une amélioration de la productivité. Ils sont donc 58 % à vouloir pérenniser le travail à domicile, dans des formules très variables mais souvent pour un jour ou deux par semaine », explique l’UCM.

Attention aux heures sup’

Par contre, Acerta, entreprise de services en ressources humaines, et StepStone, site internet autour de l’emploi, préfèrent eux tirer la sonnette d’alarme. 

D’après leur enquête sur 3.000 travailleurs belges, environ la moitié (49%) estiment travailler plus d’heures à domicile qu’au bureau. Une proportion similaire des sondés jugent aussi être plus productifs. « La disparition du trajet domicile-lieu de travail a soudainement « ajouté » une à deux heures par jour pour bon nombre de travailleurs. Les chiffres montrent que la plupart des travailleurs occupent ce temps supplémentaire derrière leur ordinateur », commente Benoît Caufriez, directeur d’Acerta Consult. Relativisons, 41 % disent travailler tout autant qu’avant et 7  % travaillent moins qu’au bureau.

Par contre, plus inquiétant, près de deux personnes interrogées sur trois ont déclaré avoir eu une charge de travail plus importante. Et cela a eu un impact sur la vie privée de la moitié des sondés.

On ne s’étonnera donc pas qu’Acerta et StepStone communiquent d’autres résultats d’enquête indiquant que 47 % des travailleurs ont envie de retourner sur le lieu de travail au moins à mi-temps dès qu’ils auront le feu vert. Le reste des réponses à cette question n’est pas communiqué, mais on imagine que cela veut qu’environ 50% des sondés préfèrent rester encore un peu en télétravail.
 

« Les entreprises doivent à présent faire leurs devoirs : comment mèneront-elles à bien le retour au bureau ? Mais aussi : comment feront-elles en sorte que les équipes ne soient pas divisées en deux (travailleurs à domicile >< travailleurs au bureau) ? », se demande Amandine Boseret, conseillère juridique chez Acerta. « Il est préférable que les équipes se penchent elles-mêmes sur la question afin d’élaborer une formule de travail à domicile qui leur convient. […] Les entreprises étudient déjà comment organiser l’afflux de collaborateurs dans leurs bureaux en toute sécurité d’un point de vue sanitaire, en vue d’éviter une nouvelle hausse des contaminations. »

Organisation hybride

Beaucoup de grosses entreprises belges ont déjà planifié l’organisation du travail d’après-crise. Dans Le Soir, Belfius explique que le retour au bureau sera volontaire et non obligatoire, tout comme AG Assurances, qui précise « qu’il n’y aura pas de journée obligatoire jusque fin août ».

La Banque BNP Paribas compte elle pérenniser une organisation hybride, en partie au bureau et en partie à domicile, tout comme le cabinet de consultance EY, où le DRH imagine « rouvrir en septembre, octobre au plus tard, à trois cinquièmes de la capacité. Et ça sera plus ou moins l’estimation définitive, avec une moyenne de deux jours par semaine de télétravail. »
 

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