Fini le masque pour les Américains vaccinés. Et chez nous ?

Pour la plupart de nos experts, une telle mesure n’est pas contrôlable et pourrait créer une forme de chantage ou de discrimination. Mais pour certains, les Etats-Unis sont un exemple à suivre.

Joe Biden a invité les vaccinés à retirer leurs masques. (Reuters)

C’est probablement la règle sanitaire dont tout le monde veut se débarrasser au plus vite : le port du masque. Cela fait plus d’un an désormais qu’il faut cacher nez et bouche tel un chirurgien dès qu’on fréquente un lieu public, au grand désarroi de beaucoup de Belges. L’efficacité de cette mesure n’est plus à démontrer pour lutter contre la propagation de ce coronavirus mais nous serons tous bien contents de les laisser dans un tiroir à la première occasion.

Du coup, voir des Américains se promener le visage découvert depuis hier à de quoi faire rêver. En effet, c’est même Joe Biden qui l’a annoncé : aux Etats-Unis, ceux qui sont entièrement vaccinés n’ont plus à porter de masque chirurgical. Cela concerne déjà 35% de la population américaine, soit plus de 117 millions de personnes. Et entre immunisés, plus de gestes barrières : intérieur ou extérieur, en petit ou grand groupe, le fameux 1,5 mètre n’est plus nécessaire. Le seul endroit où le masque reste obligatoire : les transports en commun et les hôpitaux.

Cet assouplissement des contraintes a surpris beaucoup d’autorités locales, de patrons d’entreprise et d’experts scientifiques par sa soudaineté et fait déjà débat puisque, sans passeport vaccinal ou équivalent, impossible de vérifier que quelqu’un est vacciné.

Et chez nous alors ? Pourquoi est-ce que les Belges vaccinés pourraient abandonner les gestes barrières ? Les experts sont divisés sur la question.

Pourquoi pas dans les parcs ?

Pour Yves Van Laethem, interrogé par la DH, le port du masque va rester obligatoire encore un moment. Il n’y a pas encore assez de personnes vaccinées en Belgique pour se permettre une telle liberté, surtout à l’intérieur, mais aussi en extérieur dans les lieux très fréquentés. Par contre, dehors et loin des foules, pourquoi pas. « Dans une situation banale à l’extérieur, comme dans un parc, ça peut se discuter », a-t-il commenté, avant de préciser qu’un nouvel avis scientifique sur le sujet devrait être pris d’ici quelques semaines. « Il faudra voir ce qui sera proposé à ce moment-là. Mais je pense que le port du masque à l’extérieur aura sans doute bientôt beaucoup moins de sens que maintenant ».

Par contre, permettre au vaccinés de laisser tomber le masque poserait le même problème chez nous qu’aux Etats-Unis. Le monde politique étant divisé sur un passeport vaccinal ou quelconque preuve équivalente d’immunité, nous ne sommes pas près de disposer d’un tel système. « C’est très difficile à contrôler, et c’est également discriminant. Donc je pense que ce ne sera jamais le cas en Belgique », a commenté Yves Van Laethem. Dans les colonnes de Sudpresse, il reste sur ses propos à ce sujet, ajoutant même « Le jour où on décide [de supprimer le masque], il faut le faire pour tout le monde ». Il donne par contre un autre exemple de situation où ces protections buccales pourraient disparaître : en privé. « Si ce sont des amis ou des membres de la famille, on peut leur faire confiance. Si tout le monde est vacciné, pourquoi ne pas supprimer le masque lorsqu’on se retrouve chez soi ? »

Attention au chantage

Dans le même quotidien, Yves Coppieters met en avant une autre problématique de la mesure américaine : il s’agit presque de chantage. Comme chez nous, le vaccin n’est pas obligatoire et est gratuit. Mais le message du pays à sa population est clair : si vous vous faites vacciner, vous pouvez retirer le masque. L’épidémiologiste ajoute en outre que lorsque 70% des Belges les plus fragiles seront vaccinés, cela vaudra la peine de réanalyser l’importance du masque.

Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre, lui, va étonnement dans l’autre sens. Il pense qu’il ne faudra pas attendre que tout le monde soit immunisé pour retirer le masque de nos vies. « On peut suivre les Etats-Unis où la dynamique de vaccination est très efficace, même s’ils commencent à se heurter à des groupes plus résistants. La tendance y est, comme chez nous à la décrue. On est dans une dynamique de contrôle partiel de l’épidémie. » Selon lui, même à l’intérieur, les vaccinés pourraient se débarrasser du masque : il n’y a que dans les endroits bondés qu’il resterait nécessaire.

Nous serons fixés sur cette question la semaine prochaine puisque le GEMS va discuter de ce que les vaccinés peuvent et ne peuvent pas faire. Mais l’infectiologue Erika Vlieghe, à la tête de ce groupe d’experts, a déjà précisé que le masque ferait encore partie de nos vies un moment. « Ni la situation vaccinale, ni la situation épidémiologique ne nous permettent de nous en passer », a-t-elle déclaré.

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