« Aujourd’hui, on a le droit de consommer et de travailler. La vie, ce n’est pas que ça »

Ce 1er mai, la culture se lève pour rappeler qu'elle existe et qu'on en a tous besoin. Plus de 120 lieux rouvrent leurs portes pour une action directe temporaire. Explications avec Clara Leonet du cinéma Kinograph.

La salle du Kinograph à Ixelles - Belga

Entre le Nova, le Palace, le Vendôme, le Galeries, les Grignoux, le Kinograph et d’autres, il y aura le choix de films, ce week-end. Ce n’était plus arrivé depuis cet été ! On pourra aussi aller au théâtre, voir des concerts et autres performances. Sous la houlette du collectif Still Standing For Culture, le secteur culturel a décidé de se faire entendre. Malgré l’illégalité de la démarche pour cause de restrictions sanitaires, le public a répondu présent. Explications avec Clara Léonet du cinéma Kinograph.

Still Standing For Culture, c’est quoi ?

C’est un collectif qui en est déjà à sa cinquième action pour permettre au secteur culturel de se faire entendre. A chaque fois, ça prend un peu plus d’ampleur. C’est un mouvement qui réunit des acteurs culturels de tous les secteurs qui réfléchissent aux actions qu’ils ont envie de mener pour rappeler que la culture existe. Dans le cas du Kinograph, on a été impliqué via Gwenaël Breës du Nova, qui est aussi porte-parole du collectif. Il y en a d’autres… En France, il y a aussi eu des actions, mais c’est fort compartimenté par secteurs. Ce n’est pas le cas ici. On a pas mal de réunions zoom, il y a aussi des avocats qui sont impliqués et qui sont un sérieux soutien juridique.

Cette action du 1er mai est différente des précédentes…

Oui, avant on était fort dans le symbolique. C’était de petites actions pour que les gens puisent marquer leur solidarité avec le secteur culturel. Ici, on sort un peu de ça pour vraiment dire : on rouvre. Même si ça reste exceptionnel, que c’est limité dans le temps (des actions ont lieu pendant une semaine, la plupart ont lieu le 1er mai – NDLR). Mais pour nous, c’était important de présenter un film avec un ticket payant, comme une séance ordinaire. C’est une action qu’on estime juste, raisonnable et responsable vis-à-vis du public.

Concrètement, comment ça va se passer ?

On va appliquer le protocole le plus strict qu’on avait appliqué durant la parenthèse de l’été. Toutes les réservations ont été faites en ligne, les spectateurs seront placés à 1,50 mètre de distance, une rangée sur deux, avec deux sièges d’écart entre les bulles, le port du masque est obligatoire, le bar restera fermé, la jauge est de 25% d’occupation de la salle… On a aussi bien communiqué sur le fait de ne pas venir trop à la dernière minute pour éviter les agglutinements devant l’entrée. On communique beaucoup avec les spectateurs et on sent bien qu’ils vont respecter les mesures parce qu’ils sont solidaires et que l’idée n’est absolument pas de dire : « Le Covid n’existe pas » ou « on s’en fout de la pandémie ». On n’est pas du tout dans cette optique. L’idée, c’est de dire qu’avec un protocole raisonnable et appliqué, il n’y a pas de raison que les lieux culturels ne puissent pas rouvrir alors que d’autres secteurs le peuvent.

C’est le message que vous voulez faire passer ?

Gwenaël Breës disait une chose intéressante l’autre jour. C’est qu’avec les réponses du gouvernement face à la pandémie, on est dans une logique de secteurs. Et pour une raison X ou Y, la culture est en bout de chaîne. On pourra rouvrir, mais d’abord il y a les coiffeurs, les commerces, les entreprises… Notre message, c’est de dire que tout le monde peut rouvrir en appliquant un protocole sérieusement. On sait qu’il y a une crise sanitaire, on la tient en compte. Mais plutôt que de dire : « Certains rouvrent à 100% et d’autres restent fermés », on pense qu’on pourrait tous rouvrir à 25%, par exemple. Parce que aujourd’hui, de la manière dont les choses sont gérées, une fois que le gouvernement permet une réouverture, il y a une reprise des contaminations et ça remet la culture en queue de peloton. Or, il y a eu des études qui montrent que ce n’est pas les cinémas ou les salles de spectacle qui sont les principaux foyers de contamination.

Avez-vous pris contact avec le Bourgmestre pour cette action ?

C’est une question qu’on s’est tous posée : doit-on prévenir le bourgmestre ou pas ? On a décidé de ne pas le faire de manière officielle parce qu’ils ne nous auraient jamais donné leur accord. Après, les autorités savent qu’on ouvre, j’imagine que la réaction dépendra des communes (une descente de police a eu lieu au Monty à Genappe vendredi, tandis que la séance aux Halles de Schaerbeek s’est déroulée sans encombre – NDLR).

En cas de descente de police et d’amendes, qu’allez-vous faire ?

Still Standing a envoyé un pdf « avis au public» à transmettre aux spectateurs. Leur équipe d’avocats a expliqué comment ça se passait, à quelle adresse il fallait écrire pour contester l’amende. Et on va faire ça ensemble. L’idée, c’est de partager le risque et d’être solidaire avec notre public. Si des gens se font appréhender, on contestera cette décision ensemble.

Vous a-t-on dit que vous risquiez de perdre vos subsides ?

Pas pour la culture. La ministre Linard l’a dit de manière très claire, on ne risque rien par rapport aux subsides, contrairement à l’horeca.

Un dernier mot à ajouter ?

Oui, c’est important de dire que le but n’est pas d’avoir un discours centré sur nous et de pleurnicher sur notre sort. Le but c’est de mettre en avant ce dont le public a besoin. On a vendu 100 places, ce qui équivaut à 25% de notre capacité d’accueil, en quelques heures. Aujourd’hui, on a le droit de travailler et de consommer. Mais la vie, ce n’est pas que ça. Pour la santé mentale des gens et si on veut qu’ils adhèrent aux mesures contre le Covid, on pense qu’il faut leur offrir de la culture. La preuve, c’est que la plupart des activités ont été pleines en moins de deux alors que les gens savent que c’est illégal et qu’ils risquent une amende. Ils le font probablement comme un acte politique, mais aussi parce qu’on a besoin de culture.

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