Marc Van Ranst, l’homme qui en disait trop

Figure centrale de la lutte contre la pandémie, le virologue de la KULeuven est aussi l'objet de menaces qui sont prises très au sérieux. Admiré par certains, il en gêne beaucoup d'autres pour ses positions qui n'hésitent pas à sortir des clous gouvernementaux.

 

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Depuis un an, c’est l’homme fort du gouvernement. Pourtant, il n’en fait (techniquement) pas partie. Marc Van Ranst, virologue de renom en Belgique et dans le monde, est aussi la cible d’ennemis qui sortent du bois depuis le début de la pandémie. Il est aujourd’hui sous protection policière après avoir reçu des menaces qui sont prises au sérieux par les autorités.

Venu s’expliquer devant une Commission spéciale sur cette affaire à la Chambre, il a expliqué : « Je bénéficie d’une protection policière. Il y a peu de pays où les experts doivent bénéficier d’une protection policière ! Ce n’est pas acceptable, ce n’est pas normal ! Il faut un cuir très solide ». C’est sur Twitter que Marc Van Ranst a déclaré en avoir « assez » des « menaces constantes » à son encontre. Le parquet du Limbourg a ouvert un dossier.

Selon lui, ce sont des groupes complotistes qui sont derrière ces attaques. Il vise particulièrement l’association ‘Viruswaanzin’ (folie du virus) qui avait déjà organisé une manifestation le visant personnellement en août dernier. C’est un fait, Marc Van Ranst, omniprésent depuis le début de la pandémie, ne s’est pas fait que des amis. Tant parmi la population que les politiques…

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Communication de crise

Né il y a 55 ans à Bornem, près d’Anvers, il devient docteur en médecine de la KULeuven en 1990 avant de faire un doctorat en virologie. Dès la fin des années 90, il est appoint dans la fonction publique en plus de ses autres nombreux engagements (médecin, professeur, chercheur). A partir de 2003 et la crise du SRAS, il se fait spécialiste des gestions de crises sanitaires et de la communication qui va avec. Influenza en 2007, grippe porcine H1N1 en 2009…

Pour lui, « la communication est peut-être la priorité numéro 1 pour la population » dans les cas de santé publique. C’est ainsi qu’il était appelé à parler de la communication en temps de pandémie lors d’un colloque à la Chatham House de Londres en 2019. Il expliquait la raison pour laquelle la Belgique avait moins été sujette à la peur et à l’angoisse que ses voisins. Sa stratégie est résumée en un slogan : « One voice, one message ». A savoir que si vous communiquez avant tout le monde sur la crise, vous serez pris comme référent, ce qui permettra de réduire les interférences et de garder une population plus sereine face à la crise. « Vous devez être transparent avec tout cela », ajoute-t-il.

Il y a quelques mois, ces images ont été reprises et réagencées par le Vlaams Belang qui a posté des extraits de la conférence avec comme intertitres : « Comment vendre une pandémie/un vaccin ». Des extraits ont également été insérés dans le documentaire « Ceci n’est pas un complot ». Les deux faisant passer l’idée que le virologue aurait des intérêts avec des boîtes pharmaceutiques et profiterait donc d’une pandémie et d’un vaccin… Car Marc Van Ranst ne s’est pas fait que des amis avec sa gestion de la pandémie…

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Un oracle dans la pandémie

Grand communiquant, omniprésent sur les plateaux de télévision (en Flandre) et sur Twitter, il avoue sans problème ses ambitions : « Mes messages peuvent contribuer à mettre un petit peu de pression sur le monde politique. J’espère les influencer ».

Pour beaucoup de politiciens (et de citoyens), depuis le début de la pandémie, il est un phare, un oracle qu’on écoute attentivement. Mais, revers de la médaille, il en gêne aussi beaucoup d’autres par son franc-parlé, ses prises de position souvent alarmistes qui peuvent  aller à l’encontre des décisions du gouvernement – ainsi, des dernières décisions du Codeco de rouvrir les terrasses qu’il juge beaucoup trop soudaines.

« Je suis d’abord un scientifique, disait-il l’an dernier : je donne des infos dès que j’en ai. Ensuite je livre des commentaires sur la façon que j’ai de voir la situation. J’ai le luxe de ne pas subir de pressions politiques, ou d’avoir des gens à protéger ».  

En octobre dernier, alors que se formait le gouvernement Vivaldi, il était pressenti pour devenir ministre de la Santé. Le président du sp.a (désormais Vooruit) Conner Rousseau l’avait effectivement approché, mais pour beaucoup, c’en était trop. Marc Van Ranst était trop imposant, trop puissant pour le laisser s’asseoir à la table des ministres. Qu’à cela ne tienne, il a l’oreille de Frank Vandenbroucke qui dit, peu ou prou, ce que Van Ranst lui conseille de dire. Et, bien souvent, c’est ce que la population ne veut pas entendre…

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Conspirationnistes

Ce qui lui est le plus reproché peut être reproché à la plupart des experts : dans ses prises de position, ses commentaires et ses conseils, il ne prend que l’aspect sanitaire de la crise en compte, sans voir, sans comprendre ou vouloir comprendre qu’elle emmène avec elle des aspects psychologiques, économiques et sociétaux qu’il n’est pas bon de négliger.  

C’est ainsi qu’il n’hésite pas à se « clasher » avec le monde politique. Theo Franken est son meilleur ennemi, tout comme le Vlaams Belang ou… George-Louis Bouchez, qui a encore répété cette semaine : « Ce n’est pas Marc Van Ranst qui décide et heureusement ». Le virologue estime quant à lui que certains politiques et faiseurs d’opinion devaient prendre conscience qu’ « ils facilitent cette atmosphère » complotiste dont il ressent aujourd’hui la menace.

En août 2020, déjà, l’association viruswaanzin avait manifesté pour la démission du virologue. Aujourd’hui, il est l’objet de menaces qui, selon lui, viennent du même clan conspirationniste : « On a réclamé la mise au bûcher des virologues et des politiciens. On m’a surnommé « Marc Van rat ». On m’a comparé au professeur nazi Mengele. Ce sont là des réactions de personnes radicalisées, il faut bien s’en rendre compte ! ». Avant de prévenir: « Si ça continue comme ça, vous n’aurez plus aucun expert la prochaine fois ».

 

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