Ce que l’on sait du variant indien, qualifié de « double mutant »

Ennemi public numéro 1 en Inde, le variant B.1.617 inquiète les scientifiques parce qu'il pourrait mettre à l'épreuve l'efficacité des vaccins.

Un homme masqué passe devant une fresque à Mumbai. - AFP

Les scientifiques l’ont baptisé B.1.617. Repéré pour la première fois en octobre dernier près de Nagpur, dans le centre de l’Inde, ce variant est surveillé de très près par les autorités locales. Beaucoup l’accusent d’être responsable de la flambée actuelle de l’épidémie dans le pays, devenu le deuxième le plus touché au monde par le coronavirus. Plus de 1.000 morts y sont recensés chaque jour depuis une semaine, soit neuf à dix fois plus qu’en mars.

Qualifié de « double mutant », ce variant est pourtant encore minoritaire dans le sous-continent. Il représenterait actuellement environ 11% des contaminations, mais cela varie d’une région à l’autre. Dans l’Etat du Maharashtra par exemple, où se trouvent Nagpur et Mumbai, sa prévalence est de 55%. Si le B.1.617 est qualifié d’« indien », il a d’ores et déjà été repéré sur tous les continents. C’est au Royaume-Uni qu’on l’estime le plus présent, mais, en Europe, il se trouve également en Allemagne, en Irlande… et en Belgique, mais avec une très faible occurrence.

Une appellation controversée

Ce variant est surnommé « double mutant » car il possède deux mutations repérées sur d’autres variants, de manière séparée. La première est similaire à celle observée sur le variant californien (L452R), qui le rend plus résistant aux anticorps. La deuxième (E484Q) très proche d’une variation observée sur les variants brésilien et sud-africain, le rend plus contagieux. C’est la première fois que l’on retrouve ces deux mutations sur une seule et même souche. Cette appellation de « double mutant » est néanmoins controversée, car il n’est pas une simple recombinaison des variants californien et sud-africain. Il résulte, en réalité, de « quinze mutations spécifiques », selon des propos recueillis par Le Monde auprès d’Anurag Agrawal, directeur de l’Institut de génomique et de biologie intégrative de New Delhi.

Testing en Inde

– Reuters

Est-il plus dangereux ?

Difficile à dire pour le moment. Actuellement à l’étude, le variant indien soulève encore de nombreuses questions. Si on peut déjà suspecter une contagiosité plus élevée que les souches classiques, il est pour l’heure difficile d’affirmer qu’il est plus dangereux ou létal. À cause de sa particularité, le B.1.617 fait craindre aussi une moins bonne efficacité des vaccins, mais celle-ci n’a pas encore été confirmée.  

Faut-il s’en inquiéter ?

Ce « double mutant » pourrait ne pas être aussi préoccupant qu’il n’y paraît. Considéré pour l’instant comme un variant d’intérêt, celui-ci existait à de faibles niveaux durant plusieurs mois en Inde, avant de faire parler de lui en avril, note Jeffrey Barrett, qui dirige la recherche génomique sur le Covid-19 à l’institut Sanger au Royaume-Uni dans The Guardian. « Cette nouvelle souche est apparue dans d’autres endroits, sans décoller rapidement, ce qui suggère qu’elle n’est peut-être pas aussi contagieuse que le variant britannique », désormais largement majoritaire en Belgique.

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