Le Codeco, un « Game of Thrones » à la belge

Les experts conseillent sur base de données. Les politiques décident en prenant en compte... Tout ce qu'il y a à prendre en compte. Comment sont prises les décisions du Codeco? Avec difficultés...

Qui sera roi de la lasagne institutionnelle belge? - Belga

Sept heures de négociation ! Pour en somme, choisir entre le 1er, le 8 ou le 15 mai pour une réouverture des terrasses. Evidemment, on caricature à outrance, mais c’est assez révélateur de la prise de décision politique. Comment sont prises les décisions du Codeco ? Qu’est-ce qui fait que De Croo s’acharne sur la bulle de un quand Di Rupo insiste sur la date du 1er mai ? Essayons d’y voir plus clair.

RAG, RMG, GEMS : Les Experts Belgium

Au centre du jeu, il y a des groupes d’experts destinés à conseiller le gouvernement.

Le RAG (Risk Assessment Group) « analyse les risques sur la population sur la base de données épidémiologiques et scientifiques ». Il est constitué de médecins épidémiologistes de Sciensano, l’ancien Institut scientifique de santé publique, des autorités sanitaires de l’État fédéral et des entités fédérées et d’experts possédant des connaissances spécifiques du risque sanitaire. Ces experts sont regroupés au sein du GEMS (Groupe d’Experts de stratégie de crise pour le Covid-19).

Le RMG (Risk Management Group) se base sur l’avis du RAG pour décider des mesures qui doivent être prises pour protéger la santé publique. Le RMG est composé de représentants des autorités sanitaires.

Les données, parole de Dieu ?

Sur quelles données se basent le RAG pour analyser la situation ? Sur les statistiques de Sciensano, de l’ONSS et sur les études scientifiques publiées partout dans le monde sur le coronavirus. Bref, sur des données solides et sérieuses. Mais sont-elles pour autant à graver dans le marbre? Pas exactement…

Il y a tout le savoir de base lié au coronavirus qui est considéré comme acquis, évidemment : que le virus se propage dans l’air, par voie orale et plus d’autant plus facilement que les lieux sont fermés, mal ventilés et qu’il y a beaucoup de monde. Cela fait consensus.

Pour le reste, des études ont lieu sur tel ou tel secteur… Et parfois se contredisent. Ou, du moins, n’arrivent pas à la même conclusion. Ainsi, des coiffeurs ? Faut-il fermer les coiffeurs ? Sont-ils lieu propice à la propagation du virus ? Il n’y a pas d’étude empirique sur la question (personne n’a envoyé volontairement une personne infectée, histoire de voir…), mais des données de l’ONSS qui stipulent que les métiers de contact ont été des clusters d’infection en octobre et que ces infections ont chuté dès que les coiffeurs ont été fermés. Une question de bon sens plus que de savoir absolu, donc.

Belga

La Cour, ses princes, ses soupirants et ses miracles

Une fois que ces données remontent vers la sphère politique, c’est la foire aux empoignes ! Le ministre de la Santé est aux manoeuvres avec le Premier ministre sous l’oeil attentif de la ministre de l’Intérieur… Mais si cela suffisait ! Car nous sommes en Belgique et vous savez ce que c’est… Régions, communautés, communes, chacun y va de sa légitimité et de ses compétences, de sa réalité de terrain et de sa couleur partisane… Bref, c’est politique !

Au milieu de tout ce chahut, charge est donnée au Commissaire corona (Pedro Facon, directeur général de la DG Soins de santé au sein du SPF Santé publique) de « huiler les rouages de la coopération » entre le fédéral et les entités fédérées sur le plan de la gestion sanitaire, selon les mots du Premier. Bonne chance à lui !

Ainsi, fin mars, lorsqu’ après plusieurs heures de négociation, le Fédéral et toutes ses couleurs de l’arc-en-ciel politique et communautaire s’est mis d’accord de garder les écoles maternelles ouvertes, le lendemain, la Communauté française, dont l’éducation est la compétence, a renié cet accord avec aise et autorité. Les écoles, c’est sa compétence. Circulez, il n’y a rien à y redire!

Car la crise n’est pas que sanitaire. Elle est aussi économique, sociale, d’ordre public et on en passe. Autour des multiples centres de pouvoir que comporte notre plat pays, chaque secteur, souvent organisé en fédération, y va de son point de vue, sa réalité, son veto si nécessaire !

Alors, quand le Premier ministre prône, pour des raisons sanitaires, pour une réouverture des terrasses le 15 mai, le ministre-président de la Région wallonne Elio Di Rupo s’étrangle ! « Le 15 mai ! Mais une révolte aura eu lieu bien avant ça ! ». La ministre de l’Intérieur lui rétorque qu’il n’en sera rien, que les forces de police maintiendront l’ordre. Ce à quoi les autorités de la province de Liège, de mèche avec les bourgmestres de leur clan,  rétorqueront que non, les forces de l’ordre liégeoises ne bougeront pas d’un iota ! Alors, si c’est pas le 15, si c’est pas le 1er, peut-on se mettre d’accord pour le 8 ? Silence dans la salle… Discussions à voix basse. Et sept heures plus tard, coup de tonnerre ! Va pour le 8 !

Et il n’était ici question QUE des terrasses !

Et de façon ultra-simplifiée, ultra-caricaturée, encore bien !

Tout ça pour dire, les décisions du Codeco… C’est pas simple.

 

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