Horeca : une colère prête à éclater en rébellion

Le compromis trouvé au dernier Comité de concertation, à savoir la réouverture des terrasses le 8 mai, n'a pas réussi à calmer la colère de l'Horeca. Que du contraire.

- BELGA/Collectif Horeca Wallonie

Pas de réouverture avant le 8 mai. Et en terrasses seulement. Pour la reprise totale des bars et des restaurants, il faudra attendre le mois de juin au moins, en fonction de l’évolution de l’épidémie. C’est ce qu’a finalement décidé le Comité de concertation, après sept heures de discussions parfois tendues. Une énième déception pour un secteur à bout.

« Encore une fois, des miettes », soupire Fabian Hermans, administrateur de la fédération Horeca Bruxelles. « L’ouverture des terrasses sans l’intérieur n’est pas une véritable réponse », ajoute-t-il, surtout que cet extérieur est inexistant pour la grande majorité des tenanciers de l’Horeca. 80% en sont dépourvus, selon Thierry Neyens, à la tête de la fédération wallonne. Celui-ci voit dans ce recul d’une semaine « une sorte de provocation ». Le Syndicat neutre des indépendants parle, lui aussi, d’un « affront » pour les restaurateurs et cafetiers. « Le Comité de concertation se rend-il compte de leur détresse ? »

Mouvement social

Les fédérations sont furieuses, leurs membres aussi. Après sept mois de fermeture, la coupe est pleine. « Nous avons l’impression de faire face à des seigneurs qui n’en ont rien à faire de nous et de la population. Ils ne nous considèrent ni humainement, ni économiquement. Nous n’avons plus aucune confiance en eux qui ne méritent plus notre respect à cause de leur décision aberrante », proteste dans les colonnes du Soir Valérie Migliore, l’une des fondatrices du Collectif Wallonie Horeca, plus que jamais résolu à aller au bout de son message porté depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux : on ouvre le 1er mai, quoi qu’il en coûte.

Le secteur est à bout

Le secteur est à bout. – BELGA

Sur le terrain, les appels à la désobéissance se multiplient. Le mouvement a pris une ampleur particulière à Liège, où il est né. Faute de perspectives claires et d’aides financières suffisantes, une centaine de restaurateurs de la Cité ardente se disent prêts à rouvrir le 1er mai, dans le respect des conditions sanitaires en vigueur l’été dernier. « En tant que président de Fédération, je ne peux pas donner le feu vert à une désobéissance civile, mais je comprends cette nécessité d’ouvrir car certains n’ont plus rien à perdre », affirme dans La Libre Thierry Neyens.   

Les bourgmestres dans l’embarras

Cette sorte de manifestation de l’Horeca expose pourtant les professionnels à des amendes et des poursuites en justice. Encore faut-il que la police vienne constater d’éventuels délits. Or, depuis plusieurs jours, des élus locaux, dont le gouverneur de la province, ont fait savoir qu’ils ne s’opposeraient pas à une réouverture des terrasses dès la fête du travail. Le bourgmestre de Liège Willy Demeyer a, quant à lui, affirmé que la police n’interviendra pas. « Nous n’avons pas l’effectif suffisant pour mettre fin à ces actions si elles se déroulent sur l’ensemble du territoire de la ville », a déclaré le socialiste, soucieux « de maintenir la cohésion sociale et de préserver l’ordre public ».  

À Namur, où une vingtaine de restaurateurs ont rejoint l’appel du 1er mai, le bourgmestre Maxime Prévot est également « bien embêté » par la décision du Comité de concertation, qui est, selon lui, « à côté de la plaque car elle va complexifier la gestion sur le terrain ».

Au nord du pays, plus généreux en aides corona, le mouvement est également présent. Le bourgmestre de Middelkerke Jean-Marie Dedecker a d’ores et déjà annoncé son intention de permettre aux terrasses de rouvrir le 1er mai. Pour le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, invité sur le plateau de VTM, ce message est « particulièrement lâche ». « Si aujourd’hui on ne fait pas respecter les règles, c’est très sympathique, mais demain c’est le Far West ! Est-ce que l’on veut cela ? »

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