Vacciner 70% des plus de 65 ans le 8 mai, un objectif atteignable?

Le plan de déconfinement dépend de l’accomplissement de cette étape de la campagne de vaccination. A priori, c’est bien parti, mais un problème va manifestement se poser au sud du pays.

Une personne vaccinée au centre du Heysel, le 8 avril 2021 @BelgaImage

Ce mercredi 14 avril, le comité de concertation (Codeco) a tranché. Après les déconfinements des 19 et 26 avril, les étapes ultérieures changeront de logique. Il faudra alors qu’un certain nombre de personnes vulnérables au Covid-19 soient vaccinées au Covid-19. Le 8 mai, il faudra ainsi que 70% des plus de 65 ans aient reçu une première dose pour que des libertés soient rétablies (plan «plan air», contacts rapprochés et activités chez les jeunes). Le gouvernement se veut confiant pour atteindre ce but et à l’heure d’aujourd’hui, les statistiques ne lui donnent pas tort, même s’il y a un bémol.

Plus que 19% des 65+ à vacciner!

En date du 14 avril, Sciensano note que 1.125.478 personnes de plus de 65 ans ont reçu leur première dose. Or, d’après Statbel, il y a 2.204.478 Belges qui appartiennent à cette classe d’âge. Un petit calcul et la sentence tombe: aujourd’hui, 51% des personnes de plus de 65 ans sont vaccinées, même si la majorité d’entre elles doivent encore avoir leur deuxième dose.

Il faut donc encore grapiller 19% d’ici le 8 mai pour que le déconfinement puisse continuer comme prévu, soit vacciner environ 420.000 personnes âgées. Est-ce faisable? Oui selon Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19 : «En trois semaines, on devrait vacciner plus de 750.000 personnes avec une première dose, et ce malgré les tuiles récentes» liées aux déboires des vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson. «Donc s’il ne faut vacciner que 420.000 Belges de plus de 65 ans, c’est possible», conclut-il, même en prenant en compte le traitement des autres personnes, notamment celles avec comorbidités.

Les 75+ plus vaccinés en Flandre, les 65-74 ans plus au sud

Dans le détail, les trois régions du pays vont devoir faire face à des défis quelque peu différents. En Flandre, les 75+ dépassent de loin l’objectif du 8 mai. Les 85+ y sont vaccinés à 89,6% et les 75-84 ans à 83%, preuve de l’entrain pour la vaccination chez les Flamands les plus âgés. Maintenant, le nord du pays va commencer à vacciner les 65-74 ans et il y a du boulot. Pour l’instant, seuls 14% de ceux-ci ont reçu leur première dose.

Dans les deux autres régions du pays, les chiffres sont sensiblement différents. À Bruxelles, que ce soit chez les 85+ ou les 75-84 ans, il y a 67% de personnes vaccinées. En Wallonie, ils sont respectivement 69,3% et 67%. Par contre, les 65-74 ans sont déjà nombreux à avoir pu bénéficier du vaccin, et ce bien plus qu’en Flandre: 59,4% à Bruxelles et 42,1% en Wallonie.

Le risque d’un blocage francophone

Comment expliquer cette différence entre Flamands et francophones? D’après Yves Van Laethem, il est possible que l’acceptabilité au vaccin soit meilleure parmi les séniors au nord qu’au sud. Cela expliquerait pourquoi la Flandre n’est pas descendue «aussi bas» dans les tranches d’âge, alors que cela a été le cas au sud.

Évidemment, les 65+ francophones sont déjà nombreux à être candidats aux vaccins mais cela a une conséquence très concrète pour la suite. Pour atteindre l’objectif des 70% le 8 mai, la Flandre va poursuivre son petit bonhomme de chemin en vaccinant tranquillement les 65-74 ans sans trop se poser de question. Par contre, au sud, il va peut-être falloir convaincre les 65+ de se vacciner pour continuer à avancer. Sans cela, les francophones risquent de se retrouver face à un mur. Pour le 8 mai, cela va peut-être passer mais ce serait oublier un détail. Le plan de déconfinement présenté aujourd’hui par le Codeco prévoit que pour continuer à déconfiner en juin, il faudra que « la quasi-totalité des 65+ et des personnes vulnérables soient vaccinées et protégées« . Qu’est-ce que cela veut dire en termes de chiffres? L’exécutif ne le dit pas. Mais si cela signifie qu’il faut aller au-delà des 70%, la relative méfiance vis-à-vis du vaccin va peut-être poser un lapin chez les francophones. Et ce n’est pas les polémiques autour des vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson qui vont aider à aller dans le bon sens.

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