Après « La Boum », « La Boum 2 » ?

Après les événements du Bois de la Cambre, beaucoup de politiciens ont (de nouveau) pointé les jeunes du doigt. Cela ne va pas aider à recréer du lien social. Ne serait-il pas temps de penser à relancer l'événementiel d'une manière ou d'une autre ?

La Boum - Bois de la Cambre @BelgaImage

Les réactions ne se sont pas faites attendre après les événements du Bois de la Cambre. Dans la presse, ce matin, il était question d’affrontements lors d’un festival, de policiers pris à partie et blessés par des hordes qu’on imaginerait bien sauvages. En premier lieu, le Premier ministre Alexander De Croo s’est fendu d’un tweet jugeant « les faits du Bois de la Cambre inacceptables » et portant avant toute chose son « soutien aux policiers blessés ».

De fait, à lire les informations de ce matin, on a l’impression que les débordements ont été le seul fait de casseurs irresponsables, voire ont été prémédités. Nous y étions et ce n’est PAS ce que nous avons vu. Les affrontements ont eu lieu APRES que la police a commencé à charger. Pour rappel, il n’y avait ni festival, ni manifestations, juste des gens assis dans l’herbe et se retrouvant pour boire un coup et discuter.

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Rappel des faits

Certes, la bulle sociale n’était pas souvent respectée. Certes, plus les heures passaient, plus il allait être difficile d’évacuer les gens. Certes, il y avait beaucoup de monde, mais, en vérité, pas beaucoup plus que lors des dimanches après-midi ensoleillés. Le Bois de la Cambre est bondé chaque week-end depuis presque un an. C’est un des rares endroits de la capitale que les gens ont pu se réapproprier, un des seuls où ils peuvent encore se retrouver sans trop de risque. La grande différence, jeudi, est qu’il y avait moins de familles et beaucoup plus de jeunes.

Quant au fait que la police avait prévenu une heure durant qu’il fallait évacuer sinon elle allait charger et que, selon Philippe Close et Annelies Verlinden (Bourgmestre de Bruxelles et ministre de l’Intérieur), « ceux qui sont restés savaient à quoi s’attendre »… La police a chargé aux alentours de 17h30. Pour beaucoup de personnes présentes, elles venaient d’arriver. 17h30, c’est l’heure où les gens du quartier viennent prendre l’air après une journée de travail. Il y avait encore des joggeurs qui passent au bois tous les jours, des mères de famille avec leurs enfants…

A titre personnel, nous n’avons entendu aucune annonce policière avant de se retrouver nez à nez avec un cordon de policiers casqués avec matraque et bouclier prêt à charger comme un buffle enragé. On venait à peine de se poser dans l’herbe. Evidemment, on se doutait bien que tôt ou tard, il y aurait évacuation, mais on pensait avoir le temps de boire une bière et que cela se passerait plutôt aux alentours de 19h. 17h30, ça nous a paru bien tôt pour évacuer des gens posés dans un parc public.

Tout ça pour dire qu’on invite notre Premier ministre à sortir de temps à autre dans la rue pour voir ce qu’il s’y passe, ça pourrait l’aider à visualiser et comprendre certaines choses. Et peut-être évitera-t-il, la prochaine fois, d’employer un discours d’affrontement direct et de culpabilisation d’une jeunesse qui en a peut-être ras le bol d’être tenue responsable pour tous les malheurs liés au virus.

De ce qu’on en sait, ce n’est pas la jeunesse qui a réduit le budget du secteur de la Santé à peau de chagrin, mais plutôt les politiques libérales chères au VLD, ce n’est pas non plus la jeunesse qui a mis en place une stratégie de vaccination dont la lenteur est jugée « inacceptable » par l’OMS, et ce n’est toujours pas la jeunesse qui a été condamnée par le Tribunal de Bruxelles à retirer dans les trente jours des mesures liberticides qui ne reposent sur aucune base légale.

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Un nouvel événement prévu au Bois de la Cambre

Cette logique de confrontation ne va pas régler les choses. Bien au contraire. La réaction dans l’autre camp n’a pas tardé non plus. Une fête clandestine (vraie, celle-là) intitulée « L’Abîme » était prévue au Cinquantenaire à Bruxelles, elle est désormais prévue au Bois de la Cambre.

« L’énergie folle suscitée par La Boum ne peut être ignorée, peut-on ainsi lire sur leur page Facebook. Se rassembler dans un parc, à l’air libre, pour tenter de profiter ensemble d’un instant musical ne peut se résumer à un vulgaire poisson d’avril. C’est un besoin vital. Nous ne souhaitons pas remettre en cause la stratégie sanitaire, même si notre opinion diverge des décisions prises par nos gouvernements, mais il est de notre devoir de prendre nos responsabilités et de concrétiser cette grande fête car nous revendiquons notre droit de nous réunir entre citoyens informés et libres. C’est l’un des piliers de notre Constitution, de nos libertés fondamentales. De notre humanité ».

L’événement Facebook intéresse 5.000 personnes. La fête doit commencer à 18 heures… On imagine mal que les choses se passent dans le calme après ce qui s’est passé hier.

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Relancer l’événementiel de façon contrôlée ?

De son côté, le secteur de l’événementiel sort du bois et offre une troisième voie aux autorités politiques en appelant au dialogue pour permettre à cette jeunesse qui étouffe de se retrouver de manière encadrée. L’Event Confederation, qui regroupe plusieurs organisateurs d’événement, a commencé par dire qu’elle se distanciait avec force du faux festival « La Boum », mais invite virologues et politiques à voir la société de façon plus large qu’uniquement par la prisme du virus.

« Avec ou sans Covid, le secteur de l’événementiel prend ses responsabilités et respecte les mesures et les accords en vigueur. Il insiste en outre sur le fait que la violence envers la police est inadmissible et ne peut jamais être tolérée », explique la confédération dans un post Facebook. « Nous avons déjà exprimé à plusieurs reprises nos craintes aux virologues et aux politiques. Nous leur demandons d’accélérer le processus de relance des interactions dans l’espace public de façon sécurisée, structurée et contrôlée. C’est le seul moyen d’éviter que ce type d’événements ne se reproduise dans un avenir proche. »

Le secteur estime qu’il faut lui faire confiance. « Confiance en notre professionnalisme et dans les modèles et protocoles que nous avons mis en place », estime encore Event Confederation. L’épidémiologiste Yves Coppieters soutient d’ailleurs la relance de la culture. Il avait même dit en mars à La Libre que « les salles de spectacle auraient pu rouvrir dès janvier ».

Mais Philippe Close, l’homme qui envoie la cavalerie plus vite que son ombre, a déjà dit sur la Première qu’il n’y croyait pas trop : « On va tellement normer les événements qu’on se demande si c’est la vraie vie ». Ce à quoi on se permettra de répondre : rien de ce qui se passe depuis un an ne ressemble à la vraie vie. 

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