Pourquoi les autotests arrivent-ils maintenant?

Ces tests faits à la maison seront bientôt disponibles. Il a fallu pour cela qu’un ensemble de facteurs favorables soient présents. Cette mise sur le marché est néanmoins surprenante vu leur fiabilité contestable.

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Dès le mardi 6 avril, tous les Belges pourront acheter un nouveau produit pour lutter contre l’épidémie de coronavirus: les autotests. Achetés entre 5 et 10€ en pharmacie (1€ si intervention majorée), ils pourront les utiliser eux-mêmes à la maison pour savoir s’ils sont positifs ou pas au Covid-19. Petit bémol: ils sont moins précis que les autres tests. On aurait pu croire que ce défaut serait rédhibitoire puisque par le passé, la Belgique avait refusé le déploiement de tests rapides en pharmacie à cause de ce même défaut. Et pourtant, l’exécutif en a décidé autrement et les autotests seront bel et bien déployés…

Pas la panacée…

Si l’autotest est moins fiable, c’est pour plusieurs raisons. Il s’agit en réalité d’un test antigénique rapide réalisé via un prélèvement nasal, avec une réponse dans la demi-heure qui suit. Ces produits ont une sensibilité de 80% pour les personnes symptomatiques, mais cela tombe à 50-60% pour les personnes asymptomatiques ou pré-symptomatiques. Autrement dit, ce n’est pas l’instrument le plus précis qui soit! C’est d’ailleurs pour cela qu’il sera demandé aux utilisateurs de faire un test PCR en supplément en cas de résultat positif.

Certes, les tests antigéniques rapides sont également utilisés en entreprise notamment, mais le ministère de la Santé nous précise que là-bas, le contexte est différent. Le prélèvement est fait par des professionnels de santé avec un prélèvement nasal plus profond, ce qui permet d’avoir des résultats plus justes. Cela justifie donc de bien séparer ces deux types de produits pourtant similaires.

Quand le feu passe au vert

Maintenant, pourquoi la Belgique autorise-t-elle quand même ces autotests, alors qu’ils moyennement précis? Tout d’abord, il y a une décision purement administrative. L’agence du médicament, l’AFMPS, vient d’accepter le produit de la marque Rocher, qui est pour l’instant le seul autotest autorisé. En même temps, le ministère de la Santé nous explique que la Taskforce Testing a rendu un avis favorable à son utilisation, et le gouvernement a suivi.

Pour Yves Coppieters, épidémiologiste à l’ULB, il faut aussi regarder le contexte. «Récemment, la fiabilité de plusieurs autotests a augmenté considérablement. Il faut aussi savoir que leurs résultats sont d’autant plus justes que l’épidémie est présente et provoque des cas symptomatiques, comme c’est le cas aujourd’hui. On est dans de bonnes conditions pour utiliser ce produit», explique-t-il. Selon lui, si la Belgique adopte les autotests, c’est donc dans un souci d’utiliser tous les outils possibles pour sortir de la crise.

Une influence des lobbys?

Emmanuel André, virologue à la KU Leuven, confirme son analyse, mais il ajoute encore un élément. «En Belgique, il y a un cadre légal qui réduisait très fortement la possibilité d’introduire des autotests. Le but général est de mieux contrôler ce que l’on distribue dans le pays. Mais en parallèle, il y a eu énormément de lobbying pour libéraliser ce marché du testing, en argumentant sur le fait que les autotests étaient disponibles dans des pays comme l’Allemagne», dit-il.

Résultat : les autotests ont aussi pu être acceptés à cause de cette pression. «On a vu émerger des discours qui ne sont pas basés sur une base scientifique solide», ajoute Emmanuel André. «Lorsque l’on met des médicaments sur le marché, il faut prouver que cela a un intérêt. Mais aujourd’hui, aucun pays utilisant les autotests ne peut montrer que cela a eu un impact positif et déterminant sur l’évolution de l’épidémie. Il y a donc manifestement une volonté politique visant à ne pas être le dernier pays à utiliser les autotests».

D’un paradigme à un autre

Ce qui pose quand même question avec cette affaire, c’est de savoir pourquoi le gouvernement autorise les autotests alors que les tests antigéniques ont longtemps été bannis des pharmacies. L’un n’est pourtant pas moins fiable que l’autre. Yves Coppieters estime que le refus du gouvernement d’avoir jusqu’ici des tests antigéniques en pharmacie représente en effet «une erreur». «Si on avait intégré cela dans la stratégie, les médecins sauraient ce qu’ils pourraient vraiment faire de cette information», déplore-t-il, contrairement aux autotests réalisés de façon incertaine par des particuliers.

Du côté d’Emmanuel André, on est beaucoup moins critique. D’après lui, aujourd’hui en Belgique, «on a une capacité de tests qui est suffisante», rappelant surtout l’importance des tests PCR réalisés en laboratoires. Il y a donc ici un petit désaccord entre experts, entre ceux qui estiment que la Belgique doit se doter de plus d’outils et ceux qui considèrent que cela est assez. Ce n’est qu’avec la troisième vague que le gouvernement a tranché en faveur d’un élargissement de la stratégie de testing. D’où un changement total et rapide de paradigme avec les tests antigéniques, non utilisés en pharmacie jusque mars, puis vendu à n’importe qui dès avril.

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