La pandémie a rendu le monde… plus heureux (mais en creusant les inégalités)

Le bonheur a bien résisté à la crise mais le bilan est beaucoup plus nuancé en fonction de l’âge, de la situation socio-économique et d’autres critères plus abstraits comme la bienveillance et la confiance.

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Avec le coronavirus, l’arrivée du nouveau numéro du World Happiness Report était redoutée. Comment cette étude des Nations Unies sur le bonheur dans le monde aurait-elle pu arriver à une autre conclusion qu’une catastrophe pour notre santé mentale? Et pourtant, non! Au contraire même, la moyenne mondiale du bonheur a grimpé, passant d’un score de 5,81 en 2017-2019 à 5,85 en 2020 (sur base de sondages menés dans environ 100 pays). Un résultat étonnant au vu des millions de morts du Covid-19 et du poids du confinement. Pour les chercheurs, le constat est simple: la crise sanitaire a créé des gagnants et des perdants.

La fleur fanée de la jeunesse

Le plus frappant dans ce rapport, c’est que ceux qui ont vu leur côte de bonheur le plus grimper, ce sont… les personnes âgées. Oui, les mêmes qui sont les plus vulnérables au coronavirus! Les auteurs ont pu constater qu’en 2020, les plus de 60 ans ont vu leur score sur l’échelle du bien-être de Cantril grimper alors que les jeunes ont vu leurs taux de bonheur s’effondrer.

Cette dualité basée sur l’âge a complètement chamboulé les graphiques généralement obtenus par les scientifiques. En temps normal, dans de nombreux pays riches, la courbe du bonheur prend «la forme d’un U», comme le relaye The Economist. Les 16-29 ans sont plutôt heureux, puis il y a une sorte de crise de la quarantaine avant que la joie de vivre ne revienne à l’âge de la retraite. Aujourd’hui, la courbe est devenue une droite ascendante, où les jeunes ont le moral dans les chaussettes alors que plus on est vieux, mieux on se porte.

Pour connaître l’explication de ce phénomène, le magazine britannique a interrogé les auteurs du World Happiness Report. D’après ces derniers, rien d’étonnant là-dedans. Avec le coronavirus, les personnes âgées s’estiment heureuses parce qu’elles ont échappé à une maladie mortelle, ce qui leur donne l’impression d’être en meilleure santé qu’avant. En parallèle, les jeunes ont été les premières victimes de la hausse du chômage, surtout les femmes qui ont dû en plus gérer souvent la garde des enfants. Or, un travail est essentiel pour être plus heureux (+1,2 point sur une échelle de 0 à 10, ça compte). Le rapport constate aussi que l’on est plus affecté par la crise si notre vie sociale est d’habitude bien remplie (car difficile de voir ses amis, sentiment de solitude exacerbé, etc.). Pareil pour ceux qui avaient déjà auparavant des problèmes de santé mentale. Là encore, les jeunes et les femmes sont les premiers concernés.

Le modèle extrême-oriental et le contre-modèle sud-américain

Au-delà de ce clivage générationnel, les chercheurs ont été frappés par l’importance d’un critère: la bienveillance. «Il y a un bonus de bonheur lorsque les gens ont la chance de voir la bonté des autres en action et d’être au service d’eux-mêmes», expliquent-ils à Forbes. Un joli bonus puisque l’effet est deux fois plus important qu’avec un doublement du salaire.

Ce point est déjà important d’habitude mais avec le Covid-19, il l’est encore plus car il se combine avec une autre variable: la confiance, que ce soit vis-à-vis du reste de la société ou des institutions. C’est l’ensemble de ces deux facteurs qui expliqueraient les différences constatées entre les différentes régions du monde.

La zone géographique qui a ainsi connu la plus forte hausse du bonheur, c’est l’Asie de l’Est. Là-bas, l’État s’est montré beaucoup plus directif durant la crise et la population a fortement soutenu cette position en respectant les mesures sanitaires. C’est là où l’effet de la confiance est le plus flagrant. Les pays les plus heureux du monde, c’est-à-dire les scandinaves suivis notamment par la Nouvelle-Zélande, ont pour leur part non seulement confiance en leurs institutions mais aussi un haut taux de bienveillance. Là-bas, la grande majorité de la population considère que si un portefeuille tombait par terre, il serait rendu à son propriétaire.

Notre région, celle de l’Atlantique Nord, fait pâle figure à côté, surtout pour des pays comme le Royaume-Uni qui ont vu leur bonheur chuter. Ici, c’est l’individualisme et le manque de confiance envers les gouvernements qui est pointé du doigt, ce qui s’est manifesté sous la forme d’un certain manque de respect pour les gestes barrières. Mais il y a pire! La zone qui a véritablement dégringolé dans le classement, c’est l’Amérique latine. Là-bas, la confiance se mesure au test du portefeuille… qui est catastrophique. Seuls 52% des Latino-Américains pensent que leur voisin le leur rendrait, et si ce dernier est un policier cela chute à 41%. Ce qui compte plutôt pour le bonheur des Latino-Américains, ce sont les liens sociaux mais évidemment, à l’époque du coronavirus, c’est difficile. À moins d’avoir une flambée d’optimisme envers les institutions des pays sud-américains, il est donc peu probable que leurs habitants retrouvent leur joie de vivre d’avant-Covid, du moins tant que la crise sanitaire est là.

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