Une troisième vague Covid très différente des deux premières

Contrairement aux apparences, la reprise de l’épidémie n’a rien de comparable avec les deux vagues de 2020, que ce soit pour les contaminations, les hospitalisations ou les décès. Et sans vaccin, face au variant anglais, le bond des hospitalisations aurait sans doute été colossal.

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Depuis ce week-end, la Belgique se confine à nouveau, pour la troisième fois en un an. Un sentiment de déjà-vu qui peut donner l’impression que le pays revient à la case départ. Mais s’il y a bien une vague atypique de Covid-19, c’est l’actuelle. La vaccination, l’arrivée du variant britannique et l’étalement de la deuxième vague durant tout l’hiver ont rebattu les cartes, d’où l’aspect très particulier des courbes épidémiques de ce mois de mars.

Une flambée limitée des contaminations

Il suffit de regarder au nombre de cas de coronavirus pour s’en convaincre. La première différence majeure avec les autres vagues, c’est la façon dont elle a démarré. Les deux premières fois, l’épidémie commençait après une période où le nombre de personnes contaminées était très faible. Aux prémices de la deuxième vague par exemple, on comptait début septembre environ 500 cas journaliers, puis la situation s’est emballée. Le 28 octobre, ce chiffre frôlait les 24.000. Aujourd’hui, cela fait des mois que l’on compte en moyenne 2.000 cas journaliers. Une nuance de taille puisque cela veut dire qu’une part non négligeable de la population a récemment contracté la maladie et bénéficie d’anticorps tout frais. En octobre dernier, ce n’était pas le cas et les courbes épidémiques ont de ce fait progressé très vite.

Deuxième différence: le confinement a été déclaré ce 23 mars à un niveau de contamination bien plus faible que lors du deuxième lockdown. Pour avoir une idée, il suffit d’une petite comparaison. Mercredi dernier, on comptait environ 3.500 cas. Pour retrouver un chiffre équivalent lors de la deuxième vague, il faut remonter au 7 octobre. À cette époque-là, l’horeca était encore ouvert et la Belgique était encore loin d’un confinement.

Est-ce que cela veut dire pour autant que la situation actuelle n’est pas aussi préoccupante qu’en automne? Oui et non. Les Belges pourraient être tranquilles s’il n’y avait pas eu depuis une nouvelle menace: le variant britannique, réputé plus contagieux, plus sévère et potentiellement plus mortel. Le laisser prospérer sans confinement pourrait donc très vite provoquer un dérapage incontrôlé de l’épidémie.

Le plus préoccupant: les hospitalisations

Si l’arrivée du variant est moins visible avec les cas de coronavirus, sa présence pourrait être manifeste avec les hospitalisations. Aujourd’hui, on compte plus de 700 personnes en soins intensifs, soit autant que fin octobre. Cela veut dire que la situation dans les hôpitaux se dégrade beaucoup plus vite avec un nombre de contaminations moindre. Cela tendrait à prouver la dangerosité du variant sur les personnes sensibles. L’hypothèse est encore débattue entre experts, mais cela expliquerait l’évolution de ces graphiques.

Les soignants sont également frappés par le rajeunissement des personnes hospitalisées. En 2020, il s’agissait surtout de personnes très âgées. Aujourd’hui, ces dernières sont en bonne partie vaccinées (67,8% des plus de 85 ans ont déjà eu une première dose) et elles sont donc moins susceptibles de finir à l’hôpital. Sans le vaccin, le bond des hospitalisations aurait probablement été colossal. Finalement, il est limité mais significatif quand même, preuve probable là aussi de la dangerosité du virus.

Un confinement est donc le bienvenu pour casser cette montée des chiffres. Reste à espérer une amélioration rapide, mais cela va dépendre du respect des mesures sanitaires, comme l’ont montré vendredi les experts avec des graphiques (visibles dans la publication Twitter ci-contre). Le premier montrait ce qui se serait passé sans lockdown. Les soins intensifs auraient alors accueilli plus de 1.000 patients, voire 1.500, de façon continue de début avril jusqu’au moins la mi-mai. Avec le confinement, avec un peu de chance, un pic devrait être atteint début avril avec moins de 1.000 personnes en soins intensifs, avant de décroître rapidement.

Les décès toujours très bas

La meilleure nouvelle avec cette troisième vague, cela reste la courbe des décès. Depuis le pic de début novembre (près de 200 décès quotidiens), il y a eu une baisse presque continue du nombre de morts. Aujourd’hui, cette décrue stagne mais ne s’inverse pas, malgré la hausse des cas et des hospitalisations. C’est là que l’influence de la campagne de vaccination se fait le plus sentir. Le bilan reste néanmoins macabre. La première vague a causé beaucoup de morts (environ 9.500 de mars à juin) mais a été rapide. La seconde n’a pas connu de pic aussi haut mais elle a provoqué plus de décès sur une période plus longue (environ 11.000 d’octobre à février).

Reste à voir aujourd’hui si le nombre de morts ne va pas repartir à la hausse. C’est la grosse inconnue: est-ce que la poursuite de la vaccination va permettre d’éviter cela, malgré la reprise de l’épidémie? Impossible de le savoir pour l’heure. Plus les vaccins arriveront vite, mieux ce sera. Ce 28 mars 2021, 13,4% de la population belge de plus de 18 ans a reçu une première dose et 5,5% deux doses. D’ici la mi-avril, la Belgique devrait recevoir environ 1.200.000 nouvelles doses, ce qui devrait permettre de protéger une bonne partie des Belges vulnérables.

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