Covid-19: une troisième dose de vaccin, est-ce utile?

Les Britanniques vulnérables au virus pourraient recevoir un «rappel» vaccinal avant l’hiver mais, en Belgique comme en Angleterre, des doutes persistent sur la nécessité d’une telle opération.

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Alors qu’en Europe et en Belgique en particulier, on peine à administrer les premières doses de vaccin, le Royaume-Uni vient d’annoncer que dès septembre, il serait possible de recevoir une troisième dose dans le pays. Présentée comme une «dose de rappel», elle serait destinée aux quatre groupes prioritaires: les plus de 70 ans, les travailleurs du système de santé publique britannique ou des maisons de retraite et les personnes avec comorbidités. Pour le ministre britannique des vaccins, Nadhim Zahawi, il s’agirait de «booster» l’immunité face au coronavirus. Mais les experts sont parfois sceptiques sur la réelle utilité de cette troisième dose.

La crainte des variants

La réflexion sur le sujet a commencé dès janvier, soit un mois à peine après l’autorisation des premiers vaccins au Royaume-Uni. Pfizer et Moderna annonçaient alors travailler sur la possibilité d’une troisième dose de leurs vaccins respectifs. À chaque fois, la même justification: riposter à l’arrivée des variants. Lorsque leurs vaccins ont été conçus, cette menace n’existait pas et leur apparition a posé question. Est-ce que leurs produits seraient toujours efficaces? À l’époque, c’était une grande inconnue, d’où l’idée d’améliorer l’immunité au maximum grâce à une troisième dose.

Depuis, les études se sont montrées rassurantes. Les vaccins de Pfizer, de Moderna ou d’AstraZeneca se sont montrés efficaces contre le variant britannique. Pour les sud-africain et brésilien, c’est un peu plus compliqué. Leur mutation E484K réduirait quelque peu leur efficacité. Cela ne veut pas dire que ces vaccins seraient inutiles, mais cela incite à continuer la réflexion sur l’utilité d’une troisième dose.

Trop tôt pour s’intéresser vraiment à cette option

D’autres arguments pourraient également jouer dans la déclaration britannique, selon Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid. «D’une part, il y a la crainte d’une nouvelle offensive hivernale de l’épidémie. S’il faut donner un boost, cela doit donc être fait plutôt avant que pendant l’hiver. Puis il y a sûrement la perspective d’avoir d’ici septembre de nouveaux vaccins adaptés aux variants autres que celui britannique».

Reste qu’en l’état des connaissances scientifiques, le virologue reste encore circonspect. «Est-ce qu’il faut vraiment faire une troisième dose? Cela reste un grand point d’interrogation». Il rappelle que les premières personnes vaccinées ont été traitées en décembre et que pour le moment, leur immunité continue. Est-ce qu’en septembre, cela sera différent? Impossible de le savoir. Quant aux variants, pour l’instant, seul celui britannique a réussi à s’implanter vraiment en Belgique. Il ne semble donc y avoir aucun risque sur l’efficacité des vaccins chez nous.

Yves Van Laethem redoute aussi que la précipitation à parler d’une troisième dose ne soit contre-productive. «Cela pourrait donner l’impression que c’est pour faire fonctionner la machine à sous». Seule une mise-à-jour des vaccins serait donc intéressante pour lutter contre les variants plus résistants lorsqu’ils circulent vraiment dans une région donnée. Dans le cas contraire, Yves Van Laethem imagine qu’il pourrait être intéressant de donner les doses en trop à d’autres pays.

Prévenir l’arrivée des vaccins plutôt que guérir

Au Royaume-Uni aussi, la perspective d’une troisième dose reçoit d’ailleurs un accueil mitigé. D’une part, il y a ceux qui ont bien accueilli la nouvelle. L’idée vient d’un expert chargé de conseiller le gouvernement, Jonathan Van-Tam.  Pour d’autres, la priorité n’est pas là. Selon Mike Tildesley, lui aussi conseiller gouvernemental, il est rassurant de voir qu’il serait possible d’administrer une troisième dose dès septembre, mais il vaut mieux se concentrer sur la prévention de l’arrivée de nouveaux variants. Sans ces derniers, il n’y a pour l’instant aucune raison de s’inquiéter pour l’efficacité de l’administration de deux doses.

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