Dépression, anxiété et isolement: la détresse des étudiants belges au cœur d’une enquête

Une enquête de grande ampleur en Fédération Wallonie-Bruxelles dresse un constat préoccupant : plus d'un étudiant sur deux présente des symptômes avérés de dépression.

L'impact de la crise sur les étudiants au coeur d'une vaste enquête. - BELGA

On le sait, le Covid-19 pèse sérieusement sur la santé mentale de la jeunesse. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, une enquête est venue objectiver ce mal-être. Pour ce faire, des chercheurs et chercheuses de l’ULB, de l’UCL et de l’ULiège ont donné la parole aux étudiants de la Fédération Wallonie-Bruxelles via un questionnaire en ligne. Leur réponse fut massive: plus de 23.000 étudiants du supérieur ont participé à l’enquête. « Ce nombre important traduit leur besoin de s’exprimer, d’être entendus et de participer aux débats, orientations et politiques », observe Fabienne Glowacz, professeure de psychologie clinique à l’ULiège.

Les principaux concernés ont été interrogés sur quatre aspects: la santé mentale, les difficultés rencontrées, le respect des mesures sanitaires et la sortie de crise. Et les résultats sont plutôt préoccupants : plus de la moitié des étudiants ont des symptômes d’anxiété et de dépression, contre un tiers au début de la crise, selon une étude menée en avril 2020 sur un échantillon plus restreint. Ils se sentent isolés, souffrent de troubles du sommeil et de l’appétit. Les chercheurs pointent également d’autres manifestations, comme la perte d’espoir en l’avenir (57%), mais aussi des explosions de colère incontrôlées (44%) et des pensées suicidaires (20%).

« J’ai envie de pleurer tout le temps »

En cette période de cours à distance, les étudiants ressentent de la fatigue mentale et physique (pour 82%), un manque de motivation (chez 81%) et des difficultés pour gérer le stress (pour 54%). Tout ceci mène à un sentiment de décrochage chez une majorité d’entre eux. « La seule chose que je demande c’est de retrouver nos auditoires. Commencer ses études tout seul devant son ordinateur est une épreuve insoutenable… On n’a pas eu le temps de créer des liens avec les autres étudiants, on n’a jamais connu de vie sur un campus », explique un étudiant. « Je n’ai plus envie de me lever, je n’ai pratiquement pas de motivation à suivre les cours en ligne alors que j’adore en temps normal écouter mes cours car ils me passionnent. Tout et tout le monde m’énerve, j’ai envie de pleurer tout le temps », confie un autre. « Je ne vois même plus l’intérêt de vivre si nous ne sommes plus libres de rien. »  

Perspectives d’avenir

L’enquête révèle également un suivi majoritaire des mesures sanitaires, alors que la jeunesse est victime  à ce propos d’une certaine stigmatisation. En ce qui concerne la sortie de crise, les priorités des jeunes sont les contacts sociaux et le retour sur les campus. les chercheurs proposent ainsi plusieurs pistes d’action, dont un accès aux espaces collectifs permettant la reprise de la vie sociale entre étudiants, ainsi que des nouvelles formes de soutien au sein des établissements.

Pour beaucoup, cette période aura été l’occasion de prendre conscience d’une série de réalités et de tirer des enseignements utiles, notamment en termes de dynamiques de solidarité et de soutien. « Cette crise les a amenés à davantage se préoccuper de ce que vivent les autres et avec l’envie de les soutenir, cela a vraiment marqué l’expérience des étudiants alors même qu’ils étaient isolés et renforcés dans une forme d’individualisme », pointe Fabienne Glowacz. « Il nous reste à nous saisir de ces motivations, de ces conscientisations et développements pour mettre en action dès maintenant la résilience des étudiants et des institutions. »

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