Vaccination : Frustrée, l’UE durcit le ton

L'Union européenne veut renforcer le contrôle des exportations de vaccins contre le Covid-19 afin d'améliorer l'approvisionnement de ses membres. Dans le viseur: le Royaume-Uni et AstraZeneca.

Le manque de vaccins au coeur du sommet européen ce jeudi. - AFP

Alors que la situation épidémiologique s’aggrave en Europe, les Vingt-Sept se réunissent ce jeudi pour un sommet virtuel consacré à la lutte contre la pandémie, et plus particulièrement au sujet épineux des vaccins. « Notre priorité absolue est d’accélérer les campagnes de vaccination dans toute l’UE », écrit le président du Conseil européen Charles Michel dans son invitation aux dirigeants. Les problèmes des livraisons des doses, et la lenteur des campagnes qui en découle, nourrissent les frustrations et les tensions au sein du bloc, dans des pays contraints de durcir les restrictions pour faire face à la pandémie.

Pour tenter de résoudre ce problème, la Commission européenne a d’ailleurs proposé mercredi de renforcer le mécanisme de contrôle des exportations de doses produites sur son sol. L’objectif affiché était clair: empêcher la fuite vers d’autres pays, en particulier le Royaume-Uni, des vaccins nécessaires aux Européens. « L’UE fait face à une très grave situation épidémiologique et continue d’exporter des volumes importants vers des pays » où la vaccination est plus avancée ou produisant leurs propres vaccins, a regretté le vice-président de l’exécutif européen, Valdis Dombrovskis.

Tensions entre Londres et Bruxelles

Si le Royaume-Uni n’est pas cité, l’allusion est limpide. L’UE a exporté quelque 10 millions de doses, tous vaccins confondus, vers son ex-membre entre le 1er février et mi-mars, mais aucune dose n’a fait le chemin inverse – alors que le contrat signé par AstraZeneca prévoyait la livraison de doses produites dans deux usines britanniques. Dans son dispositif révisé, Bruxelles entend ainsi opposer, notamment à Londres, un objectif de « réciprocité ».

Ursula von der Leyen

Ursula von der Leyen. – AFP

L’Europe « exporte à grande échelle », mais « les routes doivent être empruntées dans les deux sens », a rappelé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. De son côté, le Premier ministre britannique Boris Johnson a mis en garde contre tout « blocus arbitraire » de vaccins anti-Covid. Dans un communiqué commun, l’UE et les autorités britanniques ont fait savoir mercredi qu’elles travaillaient à trouver une solution « mutuellement bénéfique » pour résoudre ces tensions.

AstraZeneca a-t-il caché des doses en Italie ?

AstraZeneca est également dans le viseur de l’Union européenne. Le quotidien italien La Stampa a révélé mardi la découverte d’un stock de 29 millions de doses du laboratoire suédo-britannique en Italie, qui auraient été destinées à être exportées hors des frontières de l’UE. L’existence d’un tel volume sur le sol européen pose question, compte tenu des retards à répétition de la firme pharmaceutique. Après n’avoir assuré qu’un tiers des livraisons promises au premier trimestre, celle-ci prévoit de livrer au deuxième trimestre 70 millions de doses aux Européens, contre 180 millions prévues dans le contrat. Ursula von der Leyen avait d’ailleurs menacé samedi dernier de bloquer les exportations du laboratoire si l’UE ne recevait pas d’abord les approvisionnements promis.

Face aux critiques, AstraZeneca s’est défendu mercredi, affirmant que ces lots, destinés selon lui à l’Europe et aux pays bénéficiant du programme Covax, étaient en attente de contrôle qualité avant d’être expédiés.

Seringues

– AFP

Les Vingt-Sept divisés

Le renforcement du mécanisme de contrôle sera discuté ce jeudi au sommet européen. Mais les Vingt-Sept ne sont pas tous unis derrière ces nouvelles règles. Parmi eux, la France et l’Allemagne y sont favorables, mais à l’inverse, la Belgique et les Pays-Bas ont exprimé des réserves. Alors que l’industrie pharmaceutique y est très présente, ces deux pays s’alarment de possibles mesures de rétorsion ailleurs dans le monde, susceptibles d’entraver les chaînes d’approvisionnement des vaccins. Ce qui serait finalement désastreux pour le Vieux continent.

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