Restaurants, bars et cinémas sans Covid : l’expérience de la Ville de Bruxelles

8 lieux-pilotes ont été sélectionnés. Ils seront analysés par différents experts pour y optimiser l'hygiène et éviter la transmission des virus. Pour le bourgmestre Philippe Close, il s'agit déjà de se projeter dans le monde d'après.

Philippe Close

La vaccination avance et le Codeco a dévoilé le planning du déconfinement : si tout se passe comme prévu, cet été notre quotidien devrait être franchement plus agréable. Il commencera à ressembler à celui de 2019 et avant, mais il est probable que certains gestes barrière survivent à la crise. En effet, on nous l’a déjà beaucoup répété : il faudra vivre avec le virus. Et peut-être avec les suivants.

En effet, l’OMS l’a déjà signalé : une nouvelle pandémie mondiale, bien pire, n’est pas à exclure dans les années qui viennent. Si on ne veut pas se retrouver comme en mars dernier, avec tout un tas de secteurs professionnels à l’arrêt et tout le monde enfermé à la maison, il va falloir repenser de nombreux aspects de notre vie de tous les jours, pour prévenir la transmission de ce genre de virus  et bien mieux contrôler les épidémies.

A Bruxelles-ville, alors que la vaccination grand public commence à peine, on veut aussi déjà se projeter dans l’après. Une expérience va être lancée pour tenter de mettre en place des lieux « Covid safe ». 

A la tête de ce projet d’avant-garde, Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l’ULB et le bourgmestre de la capitale, Philippe Close, convaincu que c’est le moment ou jamais. « Ce n’est pas la dernière pandémie, les microbes vont continuer à exister dans notre monde. Les villes doivent profiter de cette pandémie pour trouver des solutions. Et surtout pour éviter à l’avenir, comme on a eu maintenant, de devoir en permanence fermer le secteur culturel, les secteurs sociaux, le secteur économique, etc. On est convaincu qu’il y a des talents en Belgique pour penser à la ville de demain », a-t-il expliqué à la RTBF.

8 lieux de la capitale

L’idée du projet : sélectionner des établissements publics qui serviront de cobayes. Ils seront audités et analysés afin d’optimiser leur hygiène et diminuer au maximum les chances qu’un virus s’y propage, qu’il s’agisse du coronavirus SARS-CoV2 ou de celui de la gastro-entérite.

La Ville a choisi 8 lieux pilotes pour cette expérience.

  • Une salle de concert : La Madeleine, à quelques pas de la Gare Centrale.
  • Un restaurant : Chez Leon, pour son nombre élevé de couverts.
  • Un bar : Le Roy d’Espagne, sur la Grand Place, dont le bâtiment appartient à la Ville.
  • Un établissement sportif : le Palais du midi, qui accueille des disciplines variées.
  • Un cinéma : le Kinepolis du Heysel.
  • Deux écoles : l’Institut des Arts et Métiers et l’Institut De Mot Couvreur, où de nombreux cours pratiques sont donnés.
  • Et un auditoire universitaire de l’ULB.

Des sociétés qui ont déjà, d’elles-mêmes, avancé dans cette réflexion et équipé leurs bâtiments de solutions adaptées pour prévenir la transmission de la Covid.

Ventilation, UV…

Ces 8 lieux seront scrutés sous toutes les coutures par des spécialistes de différents horizons : scientifiques, mais aussi architectes, ingénieurs, entrepreneurs… L’expérience compte notamment donner une grande place aux nouvelles technologies : ventilation, mesure du taux de CO2 dans l’air, lampes UV pour désinfecter… 

« Le mode principal de transmission du virus, c’est par la voie aérienne », précise l’infectiologue Nathan Clumeck. « Lorsqu’on est proche l’un de l’autre, de grosses gouttelettes peuvent vous infecter. Mais on sait aussi que ce virus se met sur des micro-gouttelettes qui peuvent être projetées à cinq mètres. Et donc si vous êtes dans un lieu clos non ventilé, qu’une personne se trouve à cinq mètres de vous et que vous êtes un haut contaminateur, vous allez l’infecter. C’est pourquoi la ventilation est essentielle parce qu’elle dilue le virus. Elle l’élimine quand c’est une ventilation qui envoie l’air vers l’extérieur, et elle peut même le stériliser si on met des mécanismes de stérilisation comme des UV par exemple ».

Toutes les sociétés voulant contribuer au projet grâce à leurs inventions et solutions peuvent d’ailleurs se manifester auprès de la Ville.

Un label « Corona free » ?

Faut-il y voir la première étape vers un certificat « Covid safe » pour les établissements qui disposeront des équipements adéquats ? « Il faudra peut-être des permis comme avec les pompiers. Mais c’est trop tôt ! », a répondu le bourgmestre à l’Echo. « Le danger en Belgique, c’est qu’on va très vite pour réglementer alors que les solutions n’existent pas encore. Laissons d’abord les sociétés nous proposer des technologies innovantes. Il y a de l’intelligence en Belgique ».

La priorité de la démarche de ce duo politico-scientifique : faire avancer la Ville de Bruxelles en matière de sécurité sanitaire. « Je veux réfléchir ma ville pour qu’elle change structurellement et qu’on fasse en sorte que les gens soient moins malades. La grande crainte pour nos hôpitaux, c’est que la peur des gens de se faire soigner débouche sur une explosion des pathologies non détectées en 2022. Si nos procédures peuvent faire en sorte qu’on ait moins de grippes, de gastros et toute une série de choses, on rentre dans cette logique d’une ville-santé. »

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