Qui respecte encore la bulle de « un » ?

Derrière la franchise (bourde?) de Jean-Marc Nollet se pose une vraie question : la bulle sociale a-t-elle encore un sens ?

Le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet, un peu ennuyé - Belga

C’est un pavé dans la mare que Jean-Marc Nollet a lancé en avouant qu’il ne respectait pas la bulle de un : « Pour être précis, au début, oui, mais depuis quelques semaines, je m’autorise à accueillir deux personnes, un couple. Je fais le maximum, mais je suis un être humain », a-t-il dit au micro de la RTBF. La volée de bois vert ne s’est pas fait attendre : une personnalité politique, qui plus est co-président d’un parti au gouvernement, se doit de montrer l’exemple, si les politiques ne respectent pas les mesures, pourquoi le devrais-je ?, etc.

Au-delà, une autre question se pose, peut-être plus importante : qui respecte cette mesure de  bulle de un ? Est-elle seulement réaliste ? On a fait un petit tour de nos contacts pour se faire une idée.

Qui respecte, qui comprend la bulle?

Grégor : « Jamais respecté. Toujours vu a minima ma famille ».
Renaud (l’amour est mort): « Jamais respecté la bulle de un à part quand j’étais en Suède avec mon ex et c’était pas une super idée… »
Nico (palme de la vanne) : « Je respecte toujours la bulle de un quand je pète dans mon bain ».
Véro (la plus sage) : « Je la respecte chez moi. Quand je vois des gens, c’est dehors, et là, je ne fais plus attention ».
Mais c’est Thibaut qui pose la vraie question en essayant d’y répondre : « J’ai respecté la bulle de un pendant les premiers mois, mais j’ai un peu perdu le fil, depuis… Le « un » de la bulle de un, c’est un contact rapproché, donc si je vois trois personnes, c’est bon ou pas ? J’ai comme souvenir d’un truc du genre : on peut voir une personne chez soi avec qui on reste à moins d’un mètre cinquante pendant quinze minutes ou plus sans masque. C’est ça la bulle de un ? »

Ligne de conduite

Voilà, c’est compliqué. Parce que les bulles ont évolué depuis un an. On est passé de zéro à quatre, puis à dix et à quinze, puis à cinq « par mois », puis à cinq « conseillées » et à jamais, mais c’est possible d’en voir dix dehors, jusqu’à réduction à trois, c’est-à-dire, des personnes en dehors du ménage avec qui on peut avoir un contact physique, s’embrasser, s’enlacer, tout ça, mais pas pour longtemps parce que pour finir, ce sera une seule personne, mais un maximum de quatre pour les rassemblements privés et avec une exception pour Noël où on allège en permettant d’inviter à sa table… une personne. En soi, comprenne qui pourra.

Dans les faits, chacun y va de son interprétation personnelle et est responsable de ses actes. Francesco : « Hier, j ‘ai invité quatre personnes pour un barbecue. On était six, dans le jardin, il y avait de l’air, ça va. De manière générale, je fais gaffe à ne voir personne si je dois voir ma mère le week-end suivant. C’est toujours en fonction de ça, et je reste sur ma ligne. Mais n’inviter qu’une personne chez soi, sans le conjoint, parce que c’est comme ça, ça n’a aucun sens. On n’est pas des bêtes, quoi ».

Robin : « Depuis un an, j’ai une bulle de dix-douze personnes que je vois plus ou moins régulièrement. Au maximum, on est cinq ou six quand l’espace le permet, mais chez moi, c’est deux, trois personnes tout au plus. Je n’ai pas vu mes parents depuis un an, j’évite les transports en commun et les grands magasins et je n’ai toujours pas vu le bout de la queue du virus. Je considère donc que je gère ».  

Tenir encore un mois

Bref, pour beaucoup, l’idée de la bulle donne plus une idée de la ligne de conduite à avoir que d’être une règle gravée dans le marbre avec le risque d’être guillotiné si on ne la suit pas. Ce que l’épidémiologiste Marius Gilbert a résumé avec ses mots : « Il y a un besoin de libération très légitime de la population par rapport aux mesures. Le problème, c’est que si la bulle d’une personne semble disproportionnée – à titre personnel, je pense depuis le début qu’elle est irréaliste parce que trop contraignante –, elle donne un cadre et fait partie d’un ensemble de mesures. Or, on a déjà vu que quand on relâche un certain nombre de choses, c’est perçu comme un signe d’assouplissement généralisé. Le risque, aujourd’hui, c’est ça : que les personnes qui s’en tenaient à un contact rapproché en aient cinq et que celles qui en avaient cinq en aient quinze ».

Tel est le noeud du problème. Que la bulle de un soit irréaliste, personne ne le contredira. Et cela sera sans doute posé sur la table du comité de concertation. Mais le vrai danger est ailleurs : le gouvernement sait que s’il rouvre les vannes aujourd’hui, il ne pourra plus les refermer. Or, tandis que la vaccination patauge, l’épidémie est en train de reprendre de l’ampleur avec les différents variants (la situation catastrophique à Dunkerque, à quelques kilomètres de la frontière belge, devrait nous mettre la puce à l’oreille).

En clair, tous les experts le disent, on est à la veille d’une reprise de l’épidémie. Ce qui ne signifie pas forcément une troisième vague, laquelle peut toujours être évitée. Pour cela, il faut encore tenir un mois ou deux, autant que possible. Soyons positifs, le beau temps est notre allié.

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