Pourquoi la Belgique ne va pas déconfiner en mars ?

Le Premier ministre et les experts ont mis les choses à plat ce lundi : les courbes stagnent mais restent hautes. Face au variant britannique et sa contagiosité inconnue, plusieurs scénarios ont été analysés. L’idéal selon ces estimations : déconfiner le 1er mai.

Alexander De Croo veut rester prudent et a expliqué ses raisons. (Belga)

A chaque communication du comité du concertation, ou Codeco comme il est bon de l’appeler désormais, c’est la même rengaine. La population espère que ce vendredi sera enfin le jour de l’annonce de la libération, du retour dans les bars ou de l’autorisation de voir ses amis.

Au sein des gouvernements, il semble qu’on soit bien conscient de ces hautes attentes. Hier lundi, le Premier ministre Alexander De Croo a tenu une conférence de presse qui ressemblait aux précédentes, mais pourtant inédite. Accompagné d’experts, il n’avait aucun plan pour les semaines à venir à annoncer. 

Au contraire, cette présentation était une sorte de check-up pour la Belgique, une façon de mettre les choses à plat et de dire « voilà où on en est » avec cette pandémie et « voilà vers quoi on va ». Une manière aussi de calmer les espoirs, très hauts chez certains, car notre pays ne devrait pas déconfiner immédiatement. Nous sommes partis pour encore quelque semaines avec un cadre de règles strictes.

Bien, mais pas top

Premier but de cette conférence donc  : expliquer l’état de l’épidémie de Covid-19 chez nous. L’image utilisée, nous commençons à la connaitre : un plateau.

Cela fait 4 mois que les taux sont plus ou moins stables. Depuis novembre, les chiffres se maintiennent, grâce aux mesures sanitaires instaurées, mais ne sont pas très bas pour autant. « La question ne se pose plus de savoir si on va crever le plafond de lit dans les soins intensifs », a commenté Yves Van Laethem. Mais, par exemple, la moyenne quotidienne d’hospitalisations reste dix fois plus élevée que celle de juin.

Des comparaisons ont été faites avec nos pays voisins. En effet, même si la Belgique n’a pas toujours été parmi le top des nations en terme de gestion de la crise, nos chiffres, qui stagnent mais restent élevés, ont de quoi faire envie aux autres, où les mesures sont souvent plus restrictives qu’ici. Pour résumer le message des experts, chez nous, les conditions de vie sont difficiles mais ailleurs, elles sont pires. 

Trois hypothèses

Deux nouveaux personnages ont alors pris la parole : Niel Hens, biostatisticien, et Nicolas Franco, chercheur en mathématiques appliquées. Ce duo a réalisé des projections pour estimer comment se porterait notre pays si nous déconfinions en mars, en avril ou en mai, pour revenir à notre vie de septembre 2020 quand nous pouvions aller au cinéma, au restaurant et voir des amis. Des calculs qui ont pris en compte la campagne de vaccination mais aussi tout ce qu’on ne sait pas de la contagiosité du variant anglais. 

Dans le premier scénario, celui avec assouplissements des règles dès mars, et qui fait rêver bon nombre d’indépendants à l’arrêt et tout un pan de la classe politique, nous devrions faire face, dès avril, à une hausse des courbes qui ressemblerait à celle de l’automne dernier, le pic qui nous a poussé dans la situation actuelle. En bref, on aurait un mois, un mois et demi de liberté avant d’affronter une situation pire que celle de novembre.

2e hypothèse : on relâche les brides au 1er avril. D’après les calculs des spécialistes, tout se passerait déjà bien mieux. Nous n’éviterions pas un rebond de l’épidémie en mai, mais celui-ci serait plus faible que celui de novembre.

C’est le troisième cas qui semble le plus prudent. Si la Belgique attend le début du mois de mai pour alléger les règles en vigueur, la situation pourrait être maitrisée.

L’inconnue du variant

Parmi les graphiques et courbes du duo de spécialistes, un facteur joue un rôle majeur : le variant britannique du coronavirus. La raison est simple : on sait qu’il est plus contagieux mais on ne sait pas à quel point. C’est pour cela que chaque scénario a été étudié 3 fois. Les calculs ont été réalisés dans l’hypothèse où la contagiosité du variant est 30%, 50% ou 70% supérieure à celle du virus que nous connaissons.

Dans le troisième et pire cas, nous ne pourrions pas éviter un nouveau pic de l’épidémie, même sans aucun relâchement de nos efforts. Par contre, avec le scénario de l’assouplissement en mai, quand beaucoup plus de personnes devraient être vaccinées, rappelons-le, ce pic pourrait être maitrisé comme si nous avions maintenions nos mesures.

Mais si tous les scénarios, calculs et estimations nous voient faire face à un nouveau pic de l’épidémie, de façon plus ou moins gérée selon les cas, ils nous imaginent également tous dans une situation plutôt positive dès cet été. Ce qui devrait rassurer les plus pessimistes ! Nous devrions passer la belle saison déconfinés, ce qui devrait faire le plus grand bien à toute la population.

Mais d’ici là, la priorité est à la prudence, comme n’a cessé de le rappeler Alexander De Croo, qui semble vouloir éviter cette troisième vague tant redoutée à tout prix. « Nous nous sommes plus très loin du moment où le risque se réduira fortement », a-t-il rassuré.

Plus d'actualité