Covid-19: ces nouveaux traitements prometteurs (ou pas)

La recherche d’un médicament contre le coronavirus crée des émules et aboutit à quelques pistes intéressantes. Reste encore à séparer le bon grain de l’ivraie.

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Les bonnes nouvelles se multiplient ces semaines-ci dans la lutte contre le coronavirus. Hier, une étude a montré qu’en Israël, seules 0,1% des personnes vaccinées avec deux doses (qui représentent aujourd’hui un quart de la population) contractent à nouveau le Covid-19. Mais l’horizon s’éclaircit aussi du côté des médicaments. Plusieurs recherches plus ou moins convaincantes ont été récemment publiées à leur propos, faisant là aussi renaître l’espoir. Panorama des traitements plus ou moins promoteurs pour les mois à venir.

Une semaine bien remplie

Ce jeudi, un immunosuppresseur a suscité une véritable poussée d’optimisme. Son nom : le tocilizumab. Utilisé contre la polyarthrite rhumatoïde, il serait aussi efficace contre les inflammations dues au Covid-19 selon l’essai Recovery, qui teste toute une série de médicaments et qui fait autorité dans le milieu médical. En associant le tocilizumab et un médicament déjà utilisé, la dexaméthasone, la mortalité est ainsi réduite d’un tiers, voire de moitié chez les patients sous respirateur. Jusqu’ici, les données sur le tocilizumab étaient divergentes mais cette nouvelle donnée augure de bonnes perspectives. «Après la dexaméthasone, c’est l’avancée la plus significative dans le traitement du Covid-19 qui a un impact sur la réduction des décès», confie à l’AFP Athimalaipet Ramanan, professeur de rhumatologie.

Mardi, l’EXO-CD24, un médicament contre le cancer de l’ovaire, a lui aussi été présenté comme efficace contre l’emballement inflammatoire lié au coronavirus (la désormais célèbre tempête de cytokine). Il permettrait plus spécifiquement aux macrophages des poumons de retrouver leurs fonctions de «nettoyeurs», ce qui n’est plus le cas dans les formes graves du Covid-19. Mais le traitement est encore en phase 1 de test et cela demande confirmation, surtout que des questions subsistent sur les capacités de production et le coût de ce produit.

Pour clôturer cette semaine chargée en bonnes nouvelles, l’IUT de Marseille a approuvé hier un spray nasal anti-Covid qui permettrait d’éliminer en 30 secondes plus de 99% de la charge virale présente dans les narines. Une nouveauté qui permettrait non pas de soigner les malades mais de prévenir la transmission du coronavirus. La commercialisation commencera le 1er mars en France et devrait ensuite arriver rapidement en Belgique.

Des possibilités encore à l’étude

D’autres avancées récentes ont également soulevé l’enthousiasme des chercheurs, à des degrés divers. C’est notamment le cas de la colchicine, utilisé en temps normal pour stimuler les globules blancs chez les personnes atteintes de la goutte. Selon l’étude Colcorona, elle réduirait de 25 % les hospitalisations et de 44 % les décès liés au Covid-19. Des résultats encourageants mais annoncés via communiqué de presse et non via une recherche publiée et relue. Un fait qui invite d’autant plus à la prudence que le détail de l’étude suscite le scepticisme de certains experts. Ces derniers s’étonnent par exemple de voir les auteurs se concentrer sur les résultats d’un sous-groupe de malades, là où d’autres semblent bien moins réactifs. Enfin, la colchicine peut avoir des effets secondaires importants, voire mortels, si elle est mal administrée.

Un médicament fait également beaucoup parler ces temps-ci, le molnupiravir. Son principal avantage: il s’agit d’un antiviral qui, contrairement aux traitements précédents, s’attaque non pas à l’inflammation mais au virus même. Une façon de prendre le mal à la racine. Pour l’instant, il a été édicté comme efficace sur les furets et les souris. Des essais sont en cours pour savoir s’il en est de même chez les humains.

Les données cliniques manquent également pour l’ivermectine, un antiparasitaire. Pour l’instant, toutes les études qui montrent son efficacité sont issues de laboratoires et non de la «vie réelle». Un fait qui n’empêche pas certains médecins de le proscrire, malgré le manque de recherches et une toxicité potentielle pour le système nerveux.

Enfin, il y a ces deux antidépresseurs: la fluoxétine et la fluvoxamine (mieux connus sous les noms Prozac et Luvox). Une étude publiée dans la revue «Molecular Psychiatry» montre que la mortalité est moins haute chez ceux qui prennent ces substances. Sauf que cette recherche est rétrospective et ne démontre aucun lien causal. Là aussi, des essais cliniques sont en cours mais prendront encore plusieurs mois.

Une série de culs-de-sac

D’autres médicaments sont au contraire de plus en plus abandonnés. C’est notamment le cas de l’hydroxychloroquine, un temps vu comme solution pour gérer les tempêtes de cytokines. Après des premiers résultats encourageants, des études plus poussées (dont Recovery) ont enterré l’idée reçue de son efficacité sur la mortalité et la durée de l’hospitalisation. Une conclusion confirmée par l’essai clinique européen Discovery.

Parmi les autre pistes enterrées par Recovery et Discovery, on trouve aussi celle des antiviraux lopinavir et ritonavir (utilisés contre le virus du sida et commercialisés ensemble sous le nom de Kaletra). Idem pour l’association du Kaletra avec l’interferon beta-1a. Plus récemment, le remdesivir, qui est censé agir sur l’ARN du virus, a subi le même sort. Il a été montré que 4-5 jours après l’infection, son efficacité s’effondre, ce qui le rend inutile lors d’une hospitalisation.

Reste l’hypothèse d’un dernier antiviral, l’amantadine. Mais ici, aucune étude sérieuse n’a été menée. Toute déclaration à son propos relève donc de la spéculation.

En attendant, des traitements plus ou moins efficaces

Il faut donc pour l’instant se contenter d’un nombre limité d’armes contre le coronavirus. Le plus important est la dexaméthasone, un anti-inflammatoire peu coûteux et répandu qui réduit la mortalité de 20-30% (voire 35% selon Recovery). Le problème, c’est qu’il ne s’attaque pas au virus et que son timing d’administration est réduit. S’il est donné trop tôt ou trop tard, il est inefficace, voire contreproductif.

Il y a aussi les anticorps monoclonaux, créés en labo, mais ils sont très chers. Certains sont même encore à l’étude, comme celui administré à Donald Trump, le Régénéron. Reste le plasma convalescent, c’est-à-dire le plasma donné par des patients guéris du Covid-19 et qui est chargé d’anticorps. Administré à dans certains établissements, il suscite néanmoins quelques doutes sur son efficacité réelle, surtout quand il est donné tardivement. Des études sont en cours à son propos.

Le manque de traitements oblige même les médecins à utiliser des antibiotiques. S’ils sont inefficaces contre le virus, ils soulagent notamment les pneumonies sévères acquises sous respirateur. Mais c’est loin d’être la panacée. La pénicilline tue par exemple un certain nombre de bactéries mais en fait prospérer d’autres. Un autre antibiotique, le clofoctol, s’avère plus intéressant mais il est encore à l’étude à l’Institut Pasteur de Lille. Autrement dit, là aussi, il va falloir encore attendre pour voir vraiment émerger des alternatives au dexaméthasone.

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