Mais qui va payer la facture corona?

Les dépenses pour lutter contre le Covid-19 et la baisse des recettes fiscales ont provoqué un déficit historique en Belgique et ailleurs. Et si ces dettes étaient annulées?

La Banque centrale européenne, à Francfort. - AFP

44,9 milliards d’euros. C’est le déficit désastreux de la Belgique, selon les chiffres du Service public fédéral du Budget publiés par Le Soir, soit un trou de 10,04% du produit intérieur brut. En chiffres absolus, c’est du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Avant la pandémie, en guise de comparaison, le déficit public belge s’élevait à 1,95% du PIB, soit à moins de 10 milliards d’euros. Puis, le coronavirus est entré dans notre quotidien. Durant toute l’année 2020, l’Etat fédéral et les entités fédérées ont dû rapidement dégager des fonds pour lutter contre le Covid-19 et tenter d’aider les secteurs durement touchés par les mesures de confinement. Mais ce n’est pas tout. Outre ces dépenses, la situation budgétaire belge a souffert d’une baisse des recettes fiscales, elles-mêmes affectées par le ralentissement économique. Au total, selon le SPF Budget, la crise aura eu un impact de 35,6 milliards d’euros.

On annule tout

Mais comment va-t-on combler ce gouffre ? À cette question complexe, une centaine d’économistes et d’universitaires, dont Thomas Piketty et Paul Magnette, ont avancé une réponse simple et radicale: effacer la dette de l’Europe. Cette dernière donne le tournis: 2.500 milliards d’euros, dont une partie est logée dans les bilans des banques centrales. « Nous nous devons à nous-même 25% de notre dette », résument les économistes de treize pays européens dans une lettre ouverte, publiée le 5 février dans Le Monde. « Et si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire « rouler la dette » au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts, soit en baissant les dépenses. »  

Ils demandent ainsi l’annulation des dettes détenues par la Banque Centrale Européenne. En échange, les Etats s’engagent à investir les mêmes montants dans la reconstruction écologique et sociale.

Fausse solution

Séduisante, l’idée a été balayée d’un revers de la main par la présidente de la BCE Christine Lagarde, jugeant cette annulation « inenvisageable » car elle « violerait le traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des États ». « Si l’énergie dépensée à réclamer une annulation de la dette par la BCE était consacrée à un débat sur l’utilisation de cette dette, ce serait beaucoup plus utile ! À quoi sera affectée la dépense publique ? Sur quels secteurs d’avenir investir ? Voilà le sujet essentiel aujourd’hui », a poursuivi l’ex-directrice générale du Fonds monétaire international.

Une position défendue par le gouverneur de la Banque nationale de Belgique Pierre Wunsch. « La BCE ne va pas annuler les dettes rachetées car cela serait contraire aux traités », a-t-il souligné. Ce qui nuirait à la crédibilité de l’euro, avec les répercussions que l’on peut imaginer sur les marchés.

Pierre Wunsch

Pierre Wunsch. – BELGA

« L’Europe ne peut plus se permettre d’être systématiquement bloquée par ses propres règles », rétorquent les économistes. Modifier le traité européen nécessiterait toutefois une unanimité au sein des Etats membres. Or, des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche s’y opposeraient.

Outre l’argument de nature juridique, Pierre Wunsch affirme que l’annulation de la dette est une fausse solution d’un point de vue purement économique. Cela pourrait s’avérer même contre-productif puisque cela pourrait stresser les marchés financiers et engendrer une hausse des spreads, soit les écarts de taux d’intérêts entre les pays de la zone euro.

Plutôt qu’une annulation de dette publique, la BNB prône dès lors une « consolidation budgétaire », en d’autres termes, une réduction du déficit public, dès que la situation sanitaire et la conjoncture le permettront.

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