Violences conjugales chez un couple confiné sur trois

Selon une étude de l'Université de Liège, 33% des personnes interrogées ont été impliquées dans une situation de violence physique ou psychologique avec leur conjoint alors qu'ils étaient confinés ensemble. 

Un phénomène qui inquiète partout dans le monde. (Crédit: Maxxppp)

Dès le début du confinement, alors que nous commencions seulement le télétravail et l’isolement, spécialistes et associations avaient prévenus : gare à la hausse des violences conjugales. Ce fléau touche bien plus de couples que certains ne veulent l’imaginer. En effet, dans beaucoup d’esprit, les mots « violences conjugales » sont toujours associés à l’image incomplète de l’homme qui bat physiquement sa femme, rendant les statistiques élevées de foyers concernés difficiles à accepter pour certains. 

Il faut donc encore le rappeler : la violence conjugale prend de nombreuses formes. Les mots, les injures, les menaces, la violence psychologique donc, ont parfois des effets bien plus dévastateurs sur la vie d’une victime qu’une gifle. 

Dernièrement, c’est l’Université de Liège qui a remis le sujet sur le devant de la scène, en dévoilant le résultat d’une étude de son service de psychologie clinique de la délinquance. Il a réalisé un sondage en ligne auprès de 1.500 personnes, issues des régions wallonne et bruxelloise. Comme le dévoile Le Soir, les résultats sont plutôt alarmants : 33% des répondants ont été impliqués dans une situation de violence conjugale, physique ou psychologique, durant le confinement. Une personne en couple sur trois donc. Un chiffre qui donne le vertige.

Il faut évidemment mettre cette statistique en perspective. Les personnes interrogées, à 80% des femmes, étaient de tous âges, avec une moyenne à 35 ans. La grande majorité d’entre elles étaient en couple depuis plus de deux ans, et même plus de 10 ans pour près de 50%. Leur point commun : elles ont été confinés avec leur conjoint. 

Durée de la relation et étroitesse des lieux

Les chercheurs liégeois ont pu déceler deux facteurs qui augmentent le risque de violence. Le premier, c’est la jeunesse de la relation. Les histoires de quelques mois ou années étaient plus propices à la violence que les vieux couples.  « Chez un jeune ménage, les assises du couple ne sont pas encore établies », a précisé Fabienne Glowacz, docteure en psychologie et psychologue clinicienne au Soir. « [… Ils] se sont retrouvés isolés dans une bulle, le couple est devenu le seul espace devant répondre à tous les besoins du partenaire, n’ayant plus ou peu d’autres ressources de réalisation de soi, de relations sociales, de soutien et support pour gérer le stress ou l’anxiété particulièrement aigus en période de crise ». L’autre conclusion : plus le lieu de vie était restreint, plus le risque de violence était élevé. « Ceci reflète clairement combien le contexte de promiscuité dans le lieu de vie peut générer des tensions et limiter les possibilités de se retirer des altercations. »

Ce qui prouve, à nouveau, qu’une situation de crise sanitaire et de confinement se vit bien différemment selon la situation socio-économique de chacun. Il faut d’ailleurs souligner que comme le sondage était réalisé en ligne, il n’a été complété que par des personnes ayant accès à Internet et la liberté et les capacités de raconter leur vécu. 

L’étude de l’ULiège soulève aussi trois autres facteurs influant sur la violence conjugale : la dépression, l’anxiété et l’incertitude. Plus une personne est mentalement fragile, plus elle aura tendance à se retrouver dans une situation de violence.

Pour ce qui est des chiffres, 13 % des hommes interrogés ont avoué avoir usé de violence physique contre 7 % des femmes. Côté violence psychologique, la tendance s’inverse. 32 % des femmes et 25 % des hommes ont indiqué y avoir eu recours. « Les hommes sont significativement plus nombreux que les femmes à constater que la violence dans le couple a augmenté pendant la crise », précise le Soir.

Un phénomène global

En mai, l’Organisation Mondiale de la Santé avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur le plan international, indiquant qu’en temps de crise, les violences intrafamiliales ont tendance à augmenter et qu’il fallait y être particulièrement attentif. « Les Etats membres font état d’une augmentation allant jusqu’à 60% des appels d’urgence de femmes victimes de violences de la part de leur partenaire en avril cette année, par rapport à l’année dernière », avait déclaré à l’époque Hans Kluge, directeur de la branche Europe de l’OMS. 

A la même période, l’UNFPA, agence des Nations Unies chargée de la santé sexuelle et reproductive, avait indiqué que environ « 31 millions de cas supplémentaires de violences familiales seraient à déplorer dans le monde si le confinement se poursuivait encore six mois ». En mai, beaucoup de pays dont la Belgique, commençaient à déconfiner mais ont fait marche arrière face à la deuxième vague…

En France, les chiffres inquiètent aussi. Selon une source gouvernementale, il y a eu 5 fois plus de signalements de violences conjugales durant le premier confinement et 36% de plaintes en plus. Des statistiques qui ont augmenté lors du deuxième lockdown français, avec une 60% d’appels en plus.   

Pour expliquer cette hausse, Marlène Schiappa, ministre française déléguée de la Citoyenneté, a cité « la crise économique et sociale qui se profile » et « un niveau de tension extrêmement fort depuis cet automne avec moins de soupapes de décompression pour les gens qui devaient rester chez eux ».

Une problématique qui n’a donc rien d’isolée et contre laquelle certains pays luttent à bras le corps. Au Canada, le ministère de la Justice a annoncé cette semaine étudier un projet de tribunal spécialisé dans les causes d’agressions sexuelles et de violence conjugales.

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