Face au Covid-19, le succès du tourisme vaccinal

Face aux retards et aux restrictions de vaccination, certains n'hésitent pas à aller chercher leurs précieuses doses à l'étranger, développant ainsi un nouveau concept controversé: le tourisme vaccinal.

Une Américaine se fait vacciner au Texas. - AFP

Cocktails et plages de sable blanc entre deux doses de vaccin anti-Covid. C’est le programme promis par le tourisme vaccinal, un système réservé aux fortunés qui semble se répandre à travers le monde. Alors que l’Europe craint une pénurie de vaccins et mise sur une campagne en fonction de l’âge ou de la profession, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore pu bénéficier de la précieuse substance… et s’impatientent.

Face à cette attente, certains pays et agences de voyages ont décidé de faire du vaccin un argument de vente, au risque de court-circuiter sa distribution traditionnelle.

Rebooster le tourisme

C’est le cas notamment de Cuba. Dans un spot publicitaire diffusé le 23 janvier, les autorités incitent les touristes étrangers à venir prochainement profiter des joies de l’île et se faire vacciner par la même occasion « s’ils le veulent », pour tenter de faire renaître le tourisme, largement impacté par la crise. Problème: le vaccin présenté Soberana 2 n’est pas encore homologué. Il s’agit toutefois de l’un des quatre vaccins actuellement en phase de test avancé dans le pays, qui prévoit déjà d’en produire 100 millions de doses. Une quantité largement suffisante pour vacciner la totalité de ses 11,3 millions d’habitants… et les touristes qui le souhaiteraient. Cuba a également promis d’en offrir au Vietnam, à l’Iran, au Venezuela et à l’Inde.

En Inde justement, l’agence Gem Tours & Travels proposait dès novembre à ses clients des séjours de quatre jours à New York et une injection du vaccin contre le Covid-19, pour environ 2.000 dollars, alors que la campagne de vaccination n’avait pas encore débuté dans le sous-continent.

Même proposition version luxe au Royaume-Uni, où le club très select Knightsbridge propose à ses membres des « vacances vaccination » sous le soleil de Dubaï. La formule, réservée aux plus de 65 ans, inclut un vol en première classe ou en jet privé, l’hébergement pour une durée maximum d’un mois, et bien sûr une double dose du vaccin. « Nous sommes les pionniers de ce tourisme vaccinal de luxe. Vous partez quelques semaines dans une villa au soleil. Puis vous avez vos deux injections, votre certificat et vous pouvez repartir », expliquait en janvier son fondateur Stuart McNeil au Telegraph. Le coût de ce voyage: 55.000 dollars. Soit assez pour vacciner 2.000 personnes, avait réagi Emmanuel André, scandalisé.

La loi du plus riche

Parfois, le tourisme vaccinal prend une autre forme, à l’intérieur même du pays. Les Etats-Unis, où la vaccination s’organise État par État, l’ont appris à leurs dépens. En Floride par exemple, qui vaccinait jusqu’à très récemment tous les plus de 65 ans, 50.000 doses ont été administrées à des non-résidents, indique The Guardian, poussant les autorités locales à renforcer les contrôles dans les centres de vaccination. Depuis le 21 janvier, il faut désormais fournir une carte d’identité ou des factures prouvant une présence durant au moins trois mois par an en Floride pour obtenir le Graal.

Ce tourisme d’un nouveau genre observé aux Etats-Unis n’est cependant pas si différent de celui que propose Cuba, l’Inde ou le Royaume-Uni: les personnes qui sont capables de parcourir une telle distance – parfois deux fois dans la même journée – pour se faire vacciner sont celles qui en ont les moyens. « Jusqu’à présent, cela a contribué aux disparités raciales et socio-économiques dans la distribution des vaccins », remarque le journal britannique à propos du cas américain. « De New York au New Jersey en passant par Chicago, les vaccinés ont été majoritairement blancs, résidant dans des quartiers plus riches. »    

Ce phénomène pose donc évidemment problème, notamment d’un point de vue éthique: le vaccin devient-il un produit de luxe qu’on ne peut se procurer que si l’on est aisé ? D’autant que de nombreux pays, plus pauvres, attendent encore de pouvoir administrer leur première dose.

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