Assouplissement des mesures : les décisions du comité de concertation divisent

Si les coiffeurs sont ravis de pouvoir reprendre le travail, pour certains experts, c’est encore trop tôt. Absents des nouvelles annonces, l’Horeca et l’événementiel se sentent ignorés par le Gouvernement.

Plusieurs secteurs se sont sentis ignorés par les annonces du Comité de concertation. (Crédit: Belga)

Entre longueurs inhabituelles, mèches hirsutes et coupes maison, la mode capillaire belge est à l’improvisation et au laisser-aller depuis quelques mois. Une époque bientôt révolue. Le Comité de concertation a annoncé, entre autres assouplissements, que les coiffeuses et coiffeurs pourraient sortir ciseaux et tondeuses des tiroirs dès ce samedi 13 février. Un immense soulagement pour ce secteur professionnel, à l’arrêt depuis plusieurs mois, mais aussi pour leur clientèle, qui attendait de pouvoir changer de tête.

Dans les prochains jours, plusieurs autres activités, mises en pause, pourront également reprendre, comme les visites immobilières, les parcs naturels et zoos, ou encore les campings. En revanche, les autres métiers de contact, notamment les salons de beauté et d’esthétique, devront attendre jusqu’au 1er mars, à leur grand désarroi.

Du côté des scientifiques, tout le monde ne se réjouit pas de ces réouvertures. Pour certains experts, malgré trois mois de mesures strictes, mi-février, c’est encore trop tôt pour lâcher la bride. C’est notamment le cas de l’infectiologue Erika Vlieghe, qui préside le Gems (le Groupe d’experts pour la stratégie de gestion du Covid-19). Elle a fait part de ses inquiétudes sur le plateau de l’émission de la VRT Terzake. « Une nette augmentation des contacts est une nette augmentation du risque de propagation », a-t-elle notamment déclaré, comme le rapporte Belga.

Erika Vlieghe, avec le ministre de la Santé. (Crédit: Belga)

Même si, cette fois-ci, la Belgique est dans une situation plus maîtrisée qu’au printemps, selon la spécialiste, il vaudrait mieux attendre encore un peu. « Nous sommes surtout des gens inquiets, nous vivons toujours avec un regard sur la courbe. C’est mieux que dans d’autres pays, mais cela ne nous laisse pas beaucoup de place non plus et nous sommes très inquiets à ce sujet. » Ces craintes, elle les avait d’ailleurs déjà communiquées avant la réunion du Comité de concertation sans réussir à influencer les décisions politiques.

Céder aux cris

Son opinion est partagée par le docteur Dirk Devroey, médecin et doyen de la faculté de Médecine et de Pharmacie à la VUB. Pour lui, les prochains assouplissements pourraient devenir la cause de cette hypothétique troisième vague dont on parle tant. « Nous avançons doucement, mais nous sommes assis sur un baril de poudre qui pourrait exploser à tout moment. Si vous allumez un feu, cela m’inquiète énormément », a-t-il notamment déclaré l’agence Belga. « Je comprends que les gens aient envie de se faire couper les cheveux ou de se faire faire les ongles. Et je comprends aussi que ces commerçants aient envie de rouvrir. Mais il est déjà assez difficile de maîtriser les chiffres. »

Dirk Devroey. (Crédit: Belga)

Selon lui, les courbes ne sont pas encore descendues assez bas, les hôpitaux sont encore trop remplis et le Gouvernement n’aurait pas dû céder aux appels à l’aide des métiers de contact. « Désormais, vous envoyez le message aux professions libérales que si elles crient assez fort, on cédera à leurs demandes. Si j’étais patron de café, je me mettrais à crier fort également. »

A l’inverse, pour l’épidémiologiste Marius Gilbert, pourtant partisan d’un renforcement des mesures mi-janvier, la Belgique pourrait s’aventurer dans une sorte de déconfinement maîtrisé. Il suggère qu’on allège les mesures un grand coup, mais en étant préparé à instaurer des règles strictes si les courbes repartent vite vers le haut. « Nous pourrions faire un test de déconfinement en tenant compte d’un risque d’effet yo-yo et en étant extrêmement réactifs dans le cas où les chiffres augmenteraient rapidement. Il ne faudrait pas hésiter à prendre des dispositions dans l’autre sens », a-t-il déclaré à la RTBF

Notons que ce samedi, les chiffres belges sont en légère hausse, notamment les hospitalisations et le taux de reproduction…

Les autres attendent encore

Du côté de l’Horeca, c’est à nouveau la déception. Tout le secteur espérait une annonce de la part du Comité de Concertation. Mais rien n’a été déclaré concernant les restaurants et les bars. Un peu partout dans le pays, de nombreux gérants d’établissements ont d’ailleurs manifesté pour mettre en avant leurs difficultés en cette période d’arrêt forcé. « Honteux », selon Fabian Hermans,  administrateur de la Fédération Horeca Bruxelles, pour qui le secteur doit reprendre le travail au 1er mars. « Après ça sera trop tard. […] En Belgique, l’Horeca pèse 180.000 emplois et c’est toute une partie du pays qui est méprisée. Nous avons toujours respecté les règles, maintenant, c’est au gouvernement de le faire », a-t-il expliqué à la DH.

Manifestation à Nivelles. (Crédit: Belga)

Mais le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke lui a indirectement répondu lors d’un passage sur Radio 1. « Je comprends les exploitants de cafés et de restaurants, c’est horrible. Mais la pire chose que vous puissiez faire en ce moment est de donner de faux espoirs à ces gens. Une ouverture le 1er mars est totalement impensable ».

Les autres secteurs en standby attendaient aussi ne serait-ce qu’une échéance ou même quelques mots les concernant. Mais cela ne faisait pas partie du programme de ce vendredi. Lorenzo Serra, porte-parole de la Brussels by night Federation, aimerait que le Gouvernement donne des perspectives au monde de la nuit et de l’événementiel. « Un être humain en a besoin pour vivre » . 

Dans la DH toujours, Thierry Evens, de l’Union des Classes moyennes, a commenté cette absence d’annonces. « C’est stupéfiant. L’événementiel, le monde de la nuit et de la culture est une fois de plus ignoré. Nos gouvernants se félicitent de laisser les écoles ouvertes, mais oublient les secteurs qui portent le poids de la pandémie ». 

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