Les prémices d’un passeport vaccinal en Europe

La Belgique est encore réticente à l'idée de mettre en place un passeport vaccinal. Mais d'autres pays européens veulent déjà sauter le pas.

Un Danois reçoit la deuxième dose du vaccin contre le Covid-19. - AFP

Allons-nous tout droit vers un passeport vaccinal? L’idée fait son chemin en Europe. Mercredi, le Danemark a annoncé le développement d’un « coronapas » : un permis immunitaire qui devrait « contribuer à une réouverture progressive et saine » du pays, a indiqué le gouvernement danois. Dans un premier temps, ce certificat de vaccination contre le Covid-19 qui devrait être lancé « dans trois ou quatre mois » devrait permettre aux Danois d’effectuer des voyages pour le travail, en échappant aux contraintes sanitaires à leur retour de certains pays.

L’Islande en propose déjà un à ses ressortissants depuis mi-janvier, autorisant également les touristes européens, munis d’un certificat vaccinal, à entrer sur son territoire sans passer par la quarantaine. Mais Copenhague veut aller encore plus loin, avec une application destinée aux vaccinés, ainsi qu’aux porteurs d’anticorps et aux personnes testées négatives. Cette preuve sera alors indispensable pour accéder à des évènements sportifs, culturels et des restaurants. « C’est la lumière au bout du tunnel pour de très nombreuses sociétés », a estimé le directeur de la chambre de commerce, Brian Mikkelsen.

Jeudi, c’est la Suède qui a annoncé travailler sur un projet similaire. Le pays ambitionne de lancer son passeport vaccinal électronique en juin, pour les voyages et d’autres usages qui doivent encore être définis. « Avec un certificat de vaccination numérique il sera rapide et facile de prouver une vaccination complète », a plaidé le ministre suédois du numérique Anders Ygeman.

Un Danois sur un ferry

Intérêt sanitaire ou obligation déguisée?

Les deux pays nordiques ont toutefois assuré qu’ils veilleront à rendre ces certificats compatibles avec les projets internationaux discutés à l’Organisation mondiale de la santé et au sein de l’UE.

Le 21 janvier dernier, le sujet était sur la table du sommet réunissant les Vingt-Sept Etats membres. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a exprimé la nécessité de standardiser un tel outil « à des fins médicales », mais pour le reste, il faudra encore patienter, d’autant que les effets du vaccin sur la transmission du virus sont encore incertains.

Le débat divise, tant il est hautement sensible. Certains pays, dont l’économie est dépendante du tourisme, comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne, prônent l’instauration d’un passeport vaccinal pour le Covid-19, à l’image du carnet pour la fièvre jaune. D’autres émettent quelques réserves, à l’instar de la France, plutôt frileuse sur ce projet qui pose question en termes de droit à la vie privée et des risques d’une potentielle discrimination. La Belgique se montre également réticente quant à ces mesures qui s’apparentent à une obligation de se faire vacciner. « Il n’est pas question de donner un avantage à des personnes vaccinées et de supprimer des possibilités à d’autres », avait défendu fin janvier Didier Reynders, commissaire européen à la Justice et la Protection des consommateurs.

À l’heure où les campagnes de vaccination n’en sont qu’à leur début, ce projet semble de toute manière prématuré. C’est d’ailleurs pour cette raison, entre autres, que l’OMS est « pour le moment » opposée à un passeport vaccinal: tant que le vaccin n’est pas disponible pour toutes et tous, ce débat n’a pas lieu d’être.

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