Coronavirus: pourquoi est-on si inquiets en Belgique?

Comparée à d'autres pays, la situation belge est plutôt positive. Pourtant, les mots « troisième vague » sont en boucle dans la bouche des scientifiques et des politiques. En font-ils trop?

Les déclarations alarmistes sont-elles justifiées? - Unsplash

« Je pense que nous sommes arrivés à cette fameuse troisième vague », disait dimanche dernier le microbiologiste Herman Goossens. Un avis partagé par son confrère Emmanuel André quelques jours plus tard sur la Première. « Je pense qu’elle a commencé. » Les déclarations alarmantes se succèdent depuis plusieurs jours, sans que cette préoccupation ne soit visible dans les chiffres. Ces derniers sont toujours trop élevés, certes, mais bien meilleurs que ceux de cet automne ou que ceux d’autres pays.

« On peut dire pour l’instant que la situation en Belgique est sous contrôle », tempère Yves Coppieters. « Malgré la pénétration des souches mutantes, responsables d’un quart des nouvelles contaminations, on est capables de maintenir et de contrôler le plateau sur lequel on est bloqués depuis plusieurs semaines », poursuit l’épidémiologiste, pointant le taux de reproduction, à nouveau en dessous de 1 (0,9) pour les hospitalisations. « C’est un bon indicateur d’un contrôle actuel de l’épidémie. Ce qui n’est pas le cas dans les pays voisins », précise-t-il.

Par rapport à la France, qui envisage un troisième confinement, aux Pays-Bas où l’imposition d’un couvre-feu a nourri un vif débat, ou encore au Portugal où le système de santé est soumis à une pression « gigantesque », d’après le gouvernement local, la Belgique s’en sort plutôt bien. « C’est essentiellement dû à deux choses, estime le professeur de santé publique à l’ULB: la continuité depuis mi-octobre des mesures de confinement et l’élargissement depuis début janvier du testing, pas à l’échelle de la population malheureusement, mais dans les collectivités dès qu’il y a la suspicion du moindre cas. Je pense que c’est une stratégie qui paie. »

Yves Coppieters

Les variants, l’inconnue

Mais alors pourquoi une telle inquiétude? « Parce qu’on n’arrive pas à évaluer l’impact de la pénétration des souches mutantes. Or, on sait qu’elles sont plus contaminantes. Certains disent 40%, d’autres 65% », répond Yves Coppieters. « Comme on n’a pas modifié fondamentalement les stratégies, si ce n’est la limitation des voyages, la question est de savoir si le niveau de protection dans lequel on est pour le moment est suffisant. »

Dans un rapport confidentiel rendu aux autorités, et publié dans la presse mercredi dernier, une dizaine de scientifiques ont analysé l’évolution du coronavirus et de ses mutations en Belgique. Selon eux, le variant britannique sera majoritaire d’ici la fin du mois. « C’est un scénario du pire », souligne l’épidémiologiste. « Il faut interpréter ce rapport comme une vision prospective possible, basée sur des hypothèses. Sans pouvoir prendre en compte tous les éléments de l’environnement, ce type de projections n’ont qu’un seul intérêt: pas celui d’informer la population – ce n’est pas la réalité des chiffres observés -, mais celui d’influencer éventuellement la décision politique par rapport à des futures mesures », explique-t-il, avant d’insister: « cela n’a pas d’intérêt pour comprendre la situation actuelle de l’épidémie. »  

Une stratégie contre-productive

Yves Coppieters regrette toutefois la communication anxiogène autour de ce document, et plus largement de l’épidémie de coronavirus. « Maintenir un discours anxiogène pour essayer de garder l’adhésion aux mesures peut être une stratégie de santé publique, que je ne défends pas du tout. » Car sans perspectives, ces messages ne sont pas des moteurs de motivation. « Ils sont, à mon avis, contre-productifs », précise-t-il.

« Cette semaine, on aura tout au plus créé de l’incompréhension et de la démotivation. Et celui qui en profitera si on ne se ressaisit pas, c’est le virus », a d’ailleurs regretté sur Twitter Emmanuel André, l’un des auteurs de ce rapport, pourtant lui-même accusé de participer à ce climat anxiogène, au même titre que la presse qu’il pointe du doigt.

Ne pas relâcher nos efforts

Mais finalement, sommes-nous, oui ou non, à l’aube d’une troisième vague? « On ne peut pas le dire », ose Yves Coppieters. « On peut s’inquiéter en regard des autres pays, mais on peut être rassurés en regard de l’efficacité des mesures propres à la Belgique », estime-t-il, même si la situation peut rapidement basculer. « Il suffirait d’un relâchement des mesures, que la vaccination n’aille pas assez vite ou qu’un mutant devienne plus méchant encore pour que la troisième vague démarre. Mais ce n’est pas le cas à l’heure actuelle. »  

Sans savoir si les mesures actuelles seront suffisantes face aux variants, l’épidémiologiste tient à détendre l’atmosphère. « Le message n’est pas de dire qu’il faut s’inquiéter, mais que face à cette situation épidémique, qui est encore réelle en Belgique, il faut garder courage et ne surtout pas relâcher cet effort », appelle-t-il, pointant l’importance des gestes barrières et des masques « bien portés ».

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