Nouvelles mesures pour les jeunes: on donne d’un côté, on retire de l’autre

Entre relâchement pour les uns et nouveau tour de vis pour les autres, les mesures annoncées ce mercredi pour la jeunesse suscitent l'incompréhension.

Changements pour les activités extrascolaires des jeunes. - BELGA

Les changements proposés par les ministres de la Jeunesse des Communautés ont été confirmés par le fédéral ce mercredi. Commençons d’abord par la bonne nouvelle. Les jeunes de 12 à 18 ans pourront enfin reprendre une activité extra-scolaire. Une bulle d’oxygène pour les adolescents, privés d’activités collectives depuis l’automne, mais sous certaines conditions: à dix maximum, et uniquement en extérieur.

À l’inverse, pour les plus jeunes, c’est la douche froide. Jusqu’ici plutôt épargnés par les restrictions imposées par l’épidémie de coronavirus, ils devront désormais choisir une seule activité par semaine afin de réduire les contacts. Comme leurs aînés, celle-ci doit être limitée à dix participants, peut être organisée en intérieur comme en extérieur. Une exception est toutefois prévue pour les stages de Carnaval qui pourront accueillir jusqu’à 25 enfants.

Et pour les plus de 18 ans? Rien.

Difficile à appliquer et à vérifier

De nombreux parents ont partagé leur incompréhension face à ces nouvelles mesures. Leurs enfants devront faire un choix entre les activités sportives, culturelles, créatives, les mouvements de jeunesse et l’aide aux devoirs. Foot ou scouts? Guitare ou dessin? Le choix s’annonce difficile. Le gouvernement précise qu’un enfant peut s’adonner plusieurs fois par semaine à une même activité, changer d’activité la semaine d’après, et ainsi de suite. Mais ici, c’est l’organisation d’un tel plan qui s’annonce compliquée.

Du côté de la Ligue des familles, c’est cette logique des vases communicants qui dérange. L’organisation déplore que la réouverture partielle des activités extrascolaires pour les plus de 12 ans se fasse « au détriment » des plus jeunes qui devront désormais se contenter d’une seule activité par semaine. « Alors qu’on parle partout du bien-être des jeunes, est-ce vraiment indispensable d’enlever des libertés aux plus petits ? Est-ce vraiment indispensable d’accroître encore les contraintes qui pèsent sur les parents, en restreignant ces activités sur lesquelles ils comptent pour la prise en charge de leurs enfants ? Est-ce vraiment indispensable, pour maîtriser la pandémie, de mettre sur pied un système aussi complexe à appliquer et invérifiable ? », s’interroge le directeur de la Ligue, Christophe Cocu, rappelant que tous les enfants n’ont pas d’activités extrascolaires. « Cette ‘avancée’ n’améliorera pas la situation des jeunes issus de familles précarisées, surtout en temps de crise. »  

Un enfant travaillant pour l'école

« Le politique n’écoute pas les jeunes »

Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos a également exprimé son amertume face à cette mesure. « Encore une fois, le monde politique pense savoir ce dont les ados ont besoin, mais sans le leur demander », a-t-il regretté à l’agence Belga. « Ce dont les jeunes ont besoin, c’est de reconnaissance, de participation, de respect. Ils ont besoin d’être entendus. Or, depuis le début de cette crise, le politique ne les écoute pas. » Face à ce système de vases communicants, Bernard De Vos en propose un autre: « on aurait par exemple très bien pu augmenter le budget de contacts des jeunes en contrôlant plus sévèrement le respect de l’obligation du télétravail. » En résumé, ne pas opérer un rééquilibrage au sein même de la jeunesse, mais dégager de la marge ailleurs, comme dans les entreprises.

Dilemme

Pour justifier de telles décisions, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a quant à lui rappelé le mot d’ordre du gouvernement: la prudence. « Si on veut laisser les écoles ouvertes, il faut éviter que les activités extrascolaires deviennent des carrefours pour le virus et que des contaminations qui se développent dans une école ou dans une classe se propagent à d’autres via les activités extrascolaires », a-t-il expliqué à la RTBF. Ces nouvelles mesures pour les plus et moins de 12 ans semblent donc être une précaution supplémentaire pour protéger les écoles et les maintenir ouvertes, en particulier face aux variants.

Car si la détresse des jeunes inquiète de plus en plus, la situation sanitaire aussi. Dans un rapport envoyé mardi aux ministres concernés, les experts Covid dressent un constat alarmant: le variant britannique, « au moins 65% plus contagieux », sera dominant d’ici fin février. Or, qui dit plus contagieux, dit plus dangereux. Ce qui laisse présager un futur sombre pour la population belge, et de nouveaux dilemmes pour les autorités, obligés de réagir à la situation épidémiologique, tout en prenant compte de la santé mentale des citoyens, toutes générations confondues.

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