La population acceptera-t-elle un troisième confinement ?

Sans aucune perspective, sinon celle de nouvelles mesures restrictives pour contrer le « variant anglais », la population belge et européenne est déprimée. Mais une colère sourde se fait déjà entendre. Les politiques s'inquiètent de la gronde sociale.

Après les émeutes à Rotterdam - Belga

Emmanuel Macron tergiverse. Le président français, comme tous ses pairs, est face à un dilemme nommé « variant anglais ». Tous les indicateurs sont sur la mauvaise pente, les experts appellent à prendre des mesures d’urgence, le Premier ministre Jean Castex lui-même a déjà annoncé qu’un troisième confinement semblait inévitable. L’Allemagne, d’ailleurs, a déjà reconfiné. Mais le président veut être sûr et certain des chiffres. Il veut surtout éviter à tout prix un troisième confinement. Car il sait, et la situation aux Pays-Bas l’a démontré ces derniers jours, que la rue ne l’acceptera pas facilement.

A l’ouest, rien de nouveau

Dix mois après le premier confinement, à l’ouest, rien de nouveau ! C’est un résumé grossier de la situation sanitaire en Europe. Alors que l’arrivée de vaccins nous laissait espérer que le Covid sombrerait en même temps que l’année 2020, offrant des perspectives de retour (plus ou moins) rapide à la normale, la réalité est tout autre : retard dans la production, nombre de vaccins disponibles revus à la baisse, lenteur des vaccinations… Et puis, les variants anglais et sud-africains qui viennent rebooster la pandémie et les craintes qu’il va encore falloir attendre avant de se remettre à vivre.

« Franchement, je n’écoute même plus ce qu’ils racontent, nous dit Benoît. Je suis esseulé chez moi depuis dix mois, j’ai suivi toutes les règles, j’ai commencé un nouveau boulot en télétravail et je ne comprends rien, je suis complètement largué. Et avec ça, dès que j’allume la télé, ça me stresse. On ne nous donne aucune perspective. Ils ne se rendent pas compte que les effets à long terme seront encore plus dévastateurs que le virus. A partir du moment où il y a des vaccins, qu’ils fassent leur boulot, moi j’ai fait ma part ! »

Une troisième vague, la pire de toutes ?

Techniquement, la Belgique a entamé le déconfinement avec la réouverture des commerces. Mais un pays où les bars et restaurants sont fermés, où il est impossible d’aller danser, écouter de la musique, sortir le soir après 22 heures ou simplement voir plus de deux personnes est-il réellement déconfiné ? Pourtant, les experts parlent déjà d’un troisième confinement (alors que le deuxième n’est pas encore passé).

La faute à la mutation du virus. Les variants anglais et sud-africains étant beaucoup plus contagieux, les hôpitaux risquent d’être saturés encore plus rapidement que lors des deux premières vagues. « La Belgique n’a pas réussi à éviter l’introduction de nombreux variants importés durant la période de vacances, et les stratégies actuelles de dépistage, recherche de contacts et d’isolation/quarantaine n’ont pas empêché l’émergence de multiples foyers secondaires », a expliqué Emmanuel André sur Twitter.

Dirk Devroey, professeur en médecine généraliste à la VUB a de son côté dit à Knack que la Belgique devait prendre des mesures plus strictes. « Il faudra faire un choix : nous ne pouvons pas garder les écoles et les magasins ouverts. J’aurais préféré qu’on ait fermé les frontières il y a trois semaines, mais nous sommes toujours en retard (…) Cela dure depuis trop longtemps. Nous n’allons plus contenir les mutants, mais si nous laissons traîner les choses, nous allons voir des pics plus élevés que lors de la deuxième vague, qui était déjà grave ». Pour les virologues, cette troisième vague risque d’être la plus forte.  

Après la lassitude, la colère gronde

Or, combien de temps la population va-t-elle subir les restrictions ? Cette non-vie imposée par le virus depuis près d’un an ? Après la lassitude, la colère gronde. Les trois nuits d’émeutes aux Pays-Bas l’ont montré. En France, le corps enseignant s’apprête à manifester contre leurs conditions de travail. En Ecosse, les gens se sont retrouvés dans la rue sous la bannière « Scotland against Lockdown » (« L’Ecosse contre le confinement »).

Surtout, le pire est à venir. Loin de la libération, 2021 s’annonce comme l’entrée dans le dur au niveau social et économique. Les conséquences de la crise sanitaire vont réellement se faire sentir cette année. Selon l’agence de notation Moody’s, nous ne sommes qu’au début d’une vague de faillites avec des défauts de paiement des entreprises qui vont seulement tomber. Une analyse de l’institut Graydon, citée par Belga, annonce que 25% des entreprises bruxelloises risquent la faillite.

Le Covid a exacerbé les inégalités entre les classes et celles-ci risquent d’augmenter encore. Le déclassement social est un risque réel pour de nombreux ménages belges. Or, comme on le voit au Liban, quand on n’a pas de pain dans l’assiette, on n’a plus rien à perdre,

La population est déprimée. Les jeunes, bien sûr, qui voient leurs plus belles années s’envoler sans que rien ne se passe, mais pas seulement. « Il y a une forte augmentation de demandes de consultations depuis le début de la pandémie », nous explique une psychanalyste.

Au niveau culturel, les perspectives sont nulles. Suite à l’annonce que le festival anglais de Glastonbury n’aura pas lieu cette année, on s’attend à ce que l’été se  fasse à nouveau sans festivals et sans musique. Quid des Jeux Olympiques et de l’Euro 2021 ? De nombreux clubs de la capitale sont proches du dépôt de bilan. Les cinémas restent fermés, sans plus d’information. Les bars et restaurants savent qu’ils seront les derniers à rouvrir. L’Ancienne Belgique en est réduite à proposer une visite virtuelle de sa salle de concerts… Pour s’échapper un peu de ce quotidien morose, il faut se contenter du monde virtuel. La dernière mesure du gouvernement a été d’interdire les voyages. Et ensuite ? Combien de temps la population peut-elle tenir sans horizon ?

« Je n’ai pas fêté Noël avec mes parents cette année, explique Robin. On a fait ce qu’on nous disait de faire. L’autre jour, un flic me saute dessus parce que je ne portais pas mon masque. Il n’y avait personne à 300 mètres aux alentours, mais il m’aboyait dessus comme si j’étais un délinquant irresponsable en menaçant de me coller une amende. Je me suis excusé, je suis parti, mais ça commence vraiment à bien faire, ces conneries ! »

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