Vaccination: la dépendance à Big Pharma pose problème

La campagne de vaccination fait grincer des dents en Belgique, et plus globalement en Europe, où les firmes pharmaceutiques multiplient les retards de livraisons. Le temps presse pourtant, face à la crainte des variants du Covid-19.

La Belgique pourrait également manquer de seringues. - Reuters

Près d’un mois après le début de la campagne de vaccination en Belgique, plus de 210.000 personnes ont reçu à ce jour leur première dose, soit 2,31% de la population belge âgée de plus de 18 ans, selon les chiffres actualisés par Sciensano. Parmi eux, des résidents et des membres du personnel des maisons de repos, ainsi que des membres du personnel hospitalier.

La vaccination « grand public » débutera, elle, théoriquement dans le courant du mois de mars. Seront d’abord concernés les plus de 65 ans, les 45-65 présentant des comorbidités et les fonctions essentielles. Puis tout le monde, à partir du mois de mai et durant tout l’été. Pour ce faire, des dizaines de centres de vaccination seront mis en place à travers le pays. La Région wallonne a d’ailleurs publié ce lundi la carte et les coordonnées de ces établissements. À Bruxelles, il manque encore un lieu à destination de la population du sud de la capitale pour que cette liste soit complète.

L’objectif est connu, et commun à toute l’Union européenne: vacciner 70% de la population d’ici l’été. On est loin du compte. Au rythme actuel, pointe Emmanuel André, il faudrait attendre… 2024. Même Charles Michel a admis que cet objectif sera « difficile » à atteindre. Ce qui, dans le jargon politique, signifie « impossible ». 

Le monopole des firmes pharmaceutiques

Car, au-delà des dispositifs mis en place sur le terrain, le respect du calendrier dépend avant tout des firmes pharmaceutiques. Et pour l’instant, les mauvaises nouvelles s’enchaînent. Incapable de fournir les quantités de vaccins hebdomadaires promises, Pfizer multiplie les retards de livraisons. Ce qui exaspère les autorités, impuissantes. AstraZeneca en a rajouté une couche vendredi dernier, en annonçant qu’il ne pourrait pas tenir ses engagements de livraison au premier trimestre: 31 millions de doses de son vaccin au lieu de 80, sous réserve de son approbation attendue le 29 janvier. Même constat à l’échelle belge, plus de la moitié des doses prévues ne seront pas livrées, à savoir 650.000 contre 1,5 million que le laboratoire britannique avait promis. Le motif? Une « baisse de rendement » sur un site de fabrication.

« Ce sera rattrapé plus tard, mais c’est une très mauvaise nouvelle », a déploré le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke vendredi dernier, critiquant le monopole des firmes pharmaceutiques dont les stratégies de vaccination sont totalement dépendantes.

Une personne se fait vacciner en Grande-Bretagne

Le vaccin AstraZeneca est déjà autorisé et largement déployé au Royaume-Uni. – Reuters

Face à ce contretemps jugé « inacceptable », la Commission européenne a fait part de son « profond mécontentement », a indiqué la commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides, appelant AstraZeneca à fournir « un calendrier de livraison précis » et une totale transparence. Alors que certains pays européens, comme la Lituanie, s’attendent à recevoir jusqu’à 80% de vaccins en moins que prévu, les Vingt-Sept soupçonnent la firme pharmaceutique d’avoir vendu les doses du vaccin qui leur étaient destinées à un pays tiers. Puisque, hors UE, les livraisons ne semblent pas être affectées, comme au Royaume-Uni où le vaccin est déjà autorisé et largement déployé. « L’UE veut savoir exactement quelles doses ont été produites où, si elles ont été livrées et à qui », a martelé la commissaire.

Faudra-t-il modifier les vaccins face aux variants?

Outre les retards de livraisons, un autre élément pourrait venir perturber la vaccination: les variants du coronavirus. Pour l’instant, les vaccins développés par Pfizer et Moderna, les deux seuls autorisés en Belgique, restent efficaces contre ces nouvelles souches, dont la britannique, ont confirmé les entreprises pharmaceutiques. Mais une réduction dans la protection contre le variant sud-africain a toutefois été observée, a précisé lundi la société de biotechnologie américaine.

C’est pourquoi celle-ci a décidé de travailler, par précaution, sur une nouvelle version de son vaccin pour lutter contre ce variant apparu en Afrique du Sud et détecté en Belgique, qui inquiète la communauté scientifique. Comme le variant brésilien, ce dernier porte en effet une mutation intitulée E484K, qui serait capable de diminuer la reconnaissance du virus par les anticorps, et donc sa neutralisation.

Si les vaccins actuels semblent rester efficaces, cette initiative de Moderna démontre qu’une modification serait peut-être nécessaire à l’avenir. « L’évolution rapide de ces variants suggère qu’il est possible que le virus se transforme en une forme résistante aux vaccins », a reconnu le vaccinologue Philip Krause, du groupe de travail de l’OMS sur la vaccination au coronavirus, dans la revue Science. « Cela se produira peut-être plus tôt que nous ne le souhaiterions. »

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