La pandémie accroît les inégalités dans des proportions inédites

La pandémie pourrait aggraver les inégalités simultanément dans la quasi-totalité des pays du monde. Une situation sans précédent depuis plus d'un siècle. C'est ce que redoute Oxfam dans son traditionnel rapport publié à l'occasion du Forum de Davos.

La pandémie a exacerbé les inégalités dans le monde entier. - AFP

Dans un monde où près de la moitié de l’humanité doit composer avec moins de 5,50 dollars par jour,  la crise sanitaire aurait fait basculer entre 200 et 500 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté.  Pour eux, remonter la pente sera beaucoup plus long que pour les milliardaires qui ont vu leur fortune augmenter de 3.900 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. « À l’échelle mondiale, il pourrait falloir au moins 14 fois plus de temps à l’humanité pour que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté retrouve le niveau enregistré avant la pandémie qu’il a fallu aux 1.000 milliardaires les plus riches, dont la plupart sont des hommes blancs, pour récupérer la fortune qu’ils avaient perdue », pointe l’organisation dans son rapport intitulé « Le virus des inégalités ». Soit plus de dix ans.

Les femmes et les personnes racisées plus durement touchées

Ce sont les plus vulnérables qui ont payé le plus lourd tribut de cette crise, avec de lourdes conséquences pour les femmes et les personnes racisées. « La pandémie et la récession qu’elle a entraîné – la pire depuis la Grande Dépression – sont survenues à un moment où les inégalités mondiales étaient déjà fortes », souligne Oxfam, précisant que les inégalités systémiques, telles que le patriarcat et le racisme structurel, ont amplifié les effets de la crise.

Distribution de lunchs dans une banque alimentaire à Boston. - AFP

Distribution de lunchs dans une banque alimentaire à Boston. – AFP

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires et les secteurs les plus touchés par la crise, en particulier celui des soins de première ligne. Si les deux sexes étaient autant représentés dans ces secteurs et jobs précaires, 112 millions de femmes ne seraient plus exposées à la perte de revenus, calcule Oxfam, en se basant sur les données de l’Organisation internationale du travail.

Même constat pour les personnes racisées, qui ont tendance à occuper des emplois précaires et informels. Elles aussi devraient voir leurs revenus et leurs emplois mis à mal par la pandémie.

Les inégalités tuent

Au-delà de l’impact économique, le coronavirus a frappé le plus durement les plus pauvres. « La probabilité de mourir de la COVID-19 est nettement plus grande pour » ces derniers, constate Oxfam. Elle l’est encore plus pour les personnes noires ou les communautés historiquement marginalisées et opprimées partout dans le monde. « Au Brésil, les personnes afrodescendantes sont 40% plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que les personnes blanches. Avec un taux de mortalité identique à celui des communautés blanches, la population afrodescendante aurait déploré 9.200 morts de moins entre le début de la crise et juin 2020 », regrette l’organisation. Un chiffre qui monte à 22.000 morts de moins pour les Afro-Américains et les Latinos, les premières victimes du coronavirus aux Etats-Unis.

Un homme noir met un masque qu'il a reçu gratuitement.

Un Américain noir met un masque qu’il a reçu gratuitement. – AFP

Et en Belgique?

Notre pays ne fait pas exception. Ici aussi, le coronavirus a exacerbé les inégalités. Selon Jozef Mottar, directeur délégué de la Fédération Belge des Banques Alimentaires, depuis la création des banques alimentaires au milieu des années 80, il n’y a jamais eu autant de demandes que l’année dernière. Il parle même d’une augmentation de 15 %, soit 20.000 personnes par mois.

Des recherches sur notre territoire ont également démontré qu’il existe bel et bien un lien entre le taux de mortalité et le niveau de revenus. Une étude de la KU Leuven a montré que les hommes âgés de 40 à 65 ans dans les dix groupes de revenus les plus faibles ont jusqu’à 5 fois plus de risques de mourir du Covid-19 que ceux issus des dix groupes de revenus les plus élevés. L’une des raisons? « Les travailleurs les moins bien payés n’avaient souvent pas la possibilité de télétravailler et étaient davantage exposés au virus », explique Oxfam.

Des pistes pour tenter de réduire ces inégalités

Au vu de la situation, l’ONG exhorte, dans son rapport, les gouvernements à mettre l’accent sur la lutte contre les inégalités dans leurs plans de relance. « Si les pays interviennent sans attendre pour réduire les inégalités, la pauvreté pourrait redescendre à son niveau d’avant la crise en seulement trois ans, contre plus d’une décennie sans action immédiate », argumente-t-elle, se basant sur les calculs de la Banque mondiale.

Elle plaide ainsi pour une protection sociale universelle, une distribution équitable des vaccins ainsi qu’une taxation plus importante des plus riches. « Taxer de manière plus juste et progressive les individus les plus fortunés est une condition indispensable pour financer une réponse à la hauteur de la crise à laquelle nous faisons face. Nous avons besoin de ces ressources pour investir dans un avenir plus juste et plus durable », réclame Oxfam. Si les bénéfices excédentaires engrangés par les multinationales avaient été imposés durant la pandémie, cela aurait pu, selon elle, générer 104 milliards de dollars.

Voir aussi notre interview de Aurore Guieu, responsable de l’équipe inégalités et justice fiscale d’Oxfam Belgique.

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