L’Afrique du Sud, grande oubliée de la vaccination

Alors que les pays les plus riches ont tous commencé à vacciner leur population, l'Afrique du Sud, submergée par la deuxième vague du Covid-19, n'a pas encore reçu ses premiers vaccins.

De plus en plus d'hôpitaux sont saturés en Afrique du Sud. - AFP

La vaccination est un système à deux vitesses. Là où les pays occidentaux – les plus durement touchés par la pandémie mais plus riches – passent la deuxième, les pays les plus pauvres sont laissés sur le bas-côté. C’est en Afrique que l’exemple est le plus parlant. Aucun pays, sauf les Seychelles, n’a commencé à vacciner sa population. Pas même l’Afrique du Sud, pourtant le pays africain le plus touché par le virus, et de loin.

La première puissance industrielle du continent subit de plein fouet la deuxième vague de Covid-19. Plus d’1,3 million de cas de coronavirus ont été enregistrés, ainsi que quelque 37.000 morts. Ces chiffres peuvent paraître minimes face aux situations américaines ou européennes, ils traduisent néanmoins des situations locales très tendues. Désormais prédominant dans le pays, le variant sud-africain, deux fois plus contagieux, mais pas plus mortel, fait des ravages. De plus en plus d’hôpitaux sont saturés, ravivant la crainte d’un manque de lits, d’oxygène et d’équipements de protection.

L’Afrique ne veut pas être en reste

C’est dans ce contexte inquiétant que les vaccins se font attendre. « Il est clair que la deuxième vague que nous traversons nous affecte à un niveau encore plus élevé » que lors de la première vague, a reconnu début janvier le ministre sud-africain de la Santé Zweli Mkhize. « La seule façon de lutter contre le Covid-19, non seulement en Afrique du Sud mais dans le monde entier, est d’atteindre l’immunité par la vaccination. »

Des soignants en Afrique du Sud

Des soignants transportent un caisson d’isolation pour un potentiel patient Covid-19, dans le nord de Pretoria. – AFP

Pour cela, l’Afrique comptait sur Covax, le dispositif international piloté par l’Organisation mondiale de la santé pour assurer un accès équitable aux vaccins entre tous les pays. Son objectif est de fournir gratuitement des vaccins à 92 pays parmi les moins avancés ou à revenus intermédiaires, de manière à couvrir 20% de leur population d’ici à la fin de 2021. Ce qui n’est pas suffisant pour freiner le virus. C’est pourquoi l’Union africaine a pris les devants. Mercredi 13 janvier, l’organisation présidée par l’Afrique du Sud a annoncé que des contrats pour l’acquisition de 270 millions de doses avaient été signés avec les laboratoires Pfizer, AstraZeneca et Johnson & Johnson. Quelque 50 millions de doses pourraient être livrées entre avril et juin.

Pour faire taire les critiques qui l’accusent d’avoir tardé à se lancer dans le processus d’obtention de vaccins contre le Covid-19, le gouvernement sud-africain a promis, lundi 11 janvier, sans autre détail, le début de la campagne de vaccination d’ici à la fin du mois, qualifiée « d’opération logistique la plus vaste et la plus complexe de l’histoire » du pays. Elle ciblera dans un premier temps les 1,2 million de soignants, mais ces derniers ne sont pas dupes. « Il est pratiquement impossible que les soignants soient vaccinés en janvier, il reste deux semaines et le pays n’a toujours pas de vaccin », a dénoncé auprès de l’AFP Angelique Coetzee, la présidente de l’association des médecins.

« Échec moral catastrophique »

Si la course aux vaccins est un succès pour la science, elle est un échec pour la solidarité. Le cas de l’Afrique du Sud est un exemple parmi d’autres. Face à ce constat amer, l’Organisation mondiale de la Santé a fustigé l’attitude « égoïste » des pays riches, qui ont acheté assez de doses pour vacciner leur population près de trois fois d’ici la fin de l’année. Cinq fois même pour le Canada. « Le monde est au bord d’un échec moral catastrophique, et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde », a déclaré ce lundi Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le patron de l’OMS a également vivement critiqué les fabricants de vaccins qui recherchent l’approbation réglementaire dans les États riches plutôt que de soumettre leurs données à l’organisation pour obtenir un feu vert à l’échelle mondiale pour l’utilisation du vaccin. « Non seulement cette approche égoïste met en danger les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde, mais elle est également vouée à l’échec », a-t-il prévenu. « En fin de compte, ces actions ne feront que prolonger la pandémie et nos souffrances, ainsi que les restrictions nécessaires pour la contenir, et les souffrances humaines et économiques. »

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