Comité de concertation: ce qui se cache derrière un rappel à l’ordre sévère

Le gouvernement a musclé ses règles sanitaires et n’exclut pas d’autres mesures après la trêve de Noël. Une stratégie pas si attentiste que ça. Décryptage.

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S’il devait y avoir un mot pour résumer le dernier Comité de concertation qui s’est tenu ce vendredi 18 décembre, ce serait «rigueur». Le Premier ministre Alexander De Croo a ainsi invité la population à redoubler ses efforts pour éviter une éventuelle troisième vague de Covid-19. Les autorités ont donc serré la vis et la majeure partie des décisions prises s’inscrit dans ce cadre. Mais il est aussi intéressant de remarquer que le fédéral a préféré ne pas répondre à certains appels, notamment sur les métiers de contact et sur les écoles. Voici quelques éléments pour mieux comprendre comment le comité de concertation a décidé hier de trancher dans un sens ou dans l’autre.

Pas de ski chez nous: une demande à la fois locale et européenne

La sévérité de ce vendredi s’est particulièrement faite sentir sur les voyages en cette période de vacances de Noël. La décision la plus stricte est sans aucun doute la fermeture des stations de ski dans les Ardennes. Mais au fond, elle n’est pas si inattendue. Plusieurs bourgmestres de la Communauté germanophone, où le taux de reproduction du coronavirus est le plus haut du pays, avaient appelé à interdire le ski. «Si on ouvre la location et les pistes, j’ai peur que cela provoque le rassemblement de personnes, et ce n’est pas le bon moment», affirmait à Belga celui de Bütgenbach. «Je connais la situation normale, où on a des gens partout […] Je ne vois pas comment contrôler la situation et éviter qu’ils se rassemblent», ajoutait-il.

Mais au-delà de la situation de la Communauté germanophone, la Belgique s’aligne tout simplement sur une décision concertée des pays de l’Union européenne (UE) pour faire une croix sur les sports d’hiver lors des vacances de Noël. D’où l’explication d’Elio Di Rupo sur la décision d’hier: «Quand on demande à des pays de ne pas ouvrir leurs stations de ski, nous devons appliquer cette règle à nous-mêmes». La Suisse, non-membre de l’UE, n’a pour l’instant pas suivi le mouvement.

La menace de quarantaine pour les voyages: plus présente mais pas tant que cela

Au-delà du ski, l’exécutif veut aussi limiter toutes sortes de voyages vers l’étranger, sans pour autant fermer les frontières. Le comité a ainsi envoyé un message clair à ceux qui voudraient partir malgré tout: toute personne se rendant plus de 48 heures dans une zone rouge sera considérée comme contact à haut risque, avec à la clé une quarantaine de sept jours. Mais il y a un bémol quand même : si le formulaire de voyage montre qu’une contamination est très peu probable, il est toujours possible d’échapper à cette quarantaine. Bilan: dans les faits, rien ne change vraiment sur ce point, si ce n’est que l’évaluation de chaque formulaire sera plus stricte qu’auparavant.

Pour s’assurer de cette moins grande tolérance, l’exécutif a prévenu que les contrôles seront particulièrement attentifs aux voyages transfrontaliers. La Belgique suit en ce sens plusieurs pays européens qui font de même, comme la France, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, etc. Alexander De Croo a également adressé un message conjoint avec le Premier ministre néerlandais et le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour que chacun reste au pays.

Une sévérité pas si implacable sur les fêtes

Le comité de concertation a également haussé le ton sur les repas de fêtes en n’adoptant pas d’assouplissement, avec une bulle réduite au minimum (une personne invitée en intérieur, ou deux pour ceux qui sont seuls). Mais le ministre de la Santé n’a pas cédé aux appels de plusieurs épidémiologistes à instaurer une limite de circulation de 10 km. Catherine Linard, géographe de la santé à l’UNamur, expliquait à ce propos sur RTL info que «chez nous, petit pays avec une grande densité de population, [cette mesure] serait moins pertinente», même si cela aurait pu éviter quelques rassemblements risqués comme dans le centre de Bruxelles.

De même, pas de modification sur le couvre-feu, qui est de 22h à 6h en Wallonie et à Bruxelles. Le virologue Marc Van Ranst regrette toutefois que la Flandre n’ait pas suivi les francophones en gardant un couvre-feu dès minuit seulement. Il parle d’une «occasion manquée» qui aurait pourtant pu limiter le risque lié aux fêtes.

Pour contrebalancer cela, le gouvernement a promis des contrôles de police renforcés. Mais les autorités ont été claires: les policiers respecteront l’inviolabilité du domicile et n’entreront que si l’habitant l’accepte, si un mandat a été donné, ou en cas de «sérieuses indications» comme la présence de nombreuses voitures garées ou des nuisances sonores importantes. Quant aux drones, il n’est pas question que la police en utilise pour contrôler lors des fêtes, ce qui serait «disproportionné» selon le Collège des procureurs généraux. À noter que de toute façon, selon un sondage de RTL et du Soir, 78% des Belges assurent qu’ils respecteront les mesures en vigueur lors des fêtes, et que 60% n’inviteront personne.

Est-ce que viser le télétravail se justifie?

Enfin dernier point important abordé hier: le télétravail. Selon plusieurs ministres, certaines entreprises ne respecteraient pas cette obligation, ce qui serait d’ailleurs visible dans les statistiques de mobilité. Il est donc là aussi prévu de renforcer les contrôles, décision accueillie favorablement par la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) et l’Union wallonne des entreprises (UWE) qui insistent pour l’application de cette mesure. Par contre, il n’est pas certain que ces efforts supplémentaires changent vraiment la donne selon Joris Vandersteene, expert télétravail à la FEB, interrogé par Le Soir. Il rappelle notamment que 43 % des travailleurs du secteur privé sont déjà en télétravail (même si 13% d’entre eux ne le sont qu’à temps partiel), alors que le potentiel total n’est que de 45%. Les autres 55% ne peuvent travailler chez eux. Il relativise aussi la hausse de la mobilité depuis mars-avril, qui serait notamment due à la reprise scolaire. Il note toutefois qu’un tiers du personnel des administrations publiques fédérales n’est pas encore en télétravail et qu’il y a une marge de progression de ce côté-là.

La bataille des études pour les coiffeurs et les écoles

Reste les non-dits de la réunion d’hier: les métiers de contact et les écoles. Les premiers espéraient une reprise, surtout les coiffeurs. Ils se basaient notamment sur une étude du Centre américain de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) tendant à prouver que le risque de contamination est peu élevé si les salons de coiffure appliquent des conditions sanitaires strictes. Peine perdue: le fédéral n’a pas cédé.

La DH a d’ailleurs pu consulter le rapport remis au gouvernement par des experts ayant étudié la question. Ceux-ci estiment qu’une reprise des métiers de contact n’est pas envisageable dans le contexte épidémiologique actuel et «nuirait à la crédibilité des décideurs», que la proportion de cas confirmés Covid «est considérablement plus élevée chez les coiffeurs et esthéticiennes que dans les autres professions», et relativisent la solidité des études allant en sens inverse. Pour eux, pour ces métiers, le risque d’infection est de «moyen à élevé», ce qui est lié à «la proximité, aux conversations, à la durée des contacts, à l’utilisation incohérente du masque, à la ventilation et l’aérosolisation».

Quant aux écoles, des études publiées dans Science et The Lancet pointaient l’efficacité de leur fermeture pour ralentir l’épidémie. L’immunologue Hans-Willem Snoeck, de l’université de Columbia (New York), a aussi fait grand bruit mercredi dernier en affirmant dans la presse belge que les enfants représentent un «moteur de la pandémie». Mais tous les ministres de l’Enseignement se sont dit sceptiques à son égard. «Oui, les enfants peuvent être contaminés, nous communiquons d’ailleurs sur le sujet toutes les deux semaines», a réagi Ben Weyts en Flandre. «Les chiffres montrent cependant que les règles sont bien suivies, et le nombre de contaminations est relativement inférieur à celui relevé dans le reste de la société». Marc Van Ranst, de son côté, observe que «cette question s’est polarisée» et rejoint l’analyse de Ben Weyts. Il rappelle aussi que de toute façon, les vacances de Noël vont permettre de faire «un reset», sauf si le respect des mesures sanitaires n’est pas assez important.

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