Covid-19: La stratégie suédoise à nouveau critiquée

Alors que la Suède fait face à une deuxième vague particulièrement violente, le roi Carl XVI Gustaf a admis l'échec de son pays dans la lutte contre le coronavirus.

La stratégie suédoise remise en cause. - AFP

Malgré un récent durcissement des autorités, la Suède et sa stratégie atypique contre le coronavirus sont de nouveau mises en grande difficulté par une redoutable deuxième vague que le pays nordique a longtemps cru pouvoir éviter. « Je crois que nous avons échoué« , a affirmé jeudi le roi de Suède Carl XVI Gustaf, dans un inhabituel commentaire d’actualité. « Beaucoup de gens sont morts, et c’est terrible. C’est quelque chose qui nous fait tous souffrir« , a-t-il affirmé à la télévision SVT.

Les propos ne mentionnaient pas la stratégie elle-même et le palais royal a affirmé à l’AFP qu’ils devaient être considérés comme « apolitiques« . Mais l’inhabituelle critique royale a braqué les projecteurs sur les nouvelles difficultés de la stratégie suédoise.

le roi de Suède

« Deux fois pire »

Services de réanimation sous tension, demande de renfort de tout le personnel sanitaire qualifié à Stockholm, mortalité jusqu’à dix fois supérieure à ses voisins nordiques: la Suède, à l’approche moins coercitive face à l’épidémie, répète cet automne son bilan très médiocre du printemps.

« L’autorité de santé publique avait préparé trois scénarios cet été. Nous nous étions calés sur celui du pire. Or, il s’avère que c’est deux fois pire« , explique à l’AFP Lars Falk, un responsable de soins intensifs à l’hôpital Karolinska de Stockholm.

« Malheureusement, le niveau de contamination ne diminue pas (…) et c’est très inquiétant« , affirme à l’AFP le directeur sanitaire de la région de Stockholm, Björn Eriksson, décrivant « une pression extrême sur le système de santé« .

Jeudi, les hospitalisations liées au Covid en Suède ont dépassé leur pic du 20 avril, avec 2.509 patients traités – même si la proportion en soins intensifs est deux fois moindre qu’au printemps, autour de 10%. Dans le royaume de 10,3 millions d’habitants, le nombre de morts a atteint 7.893, dont plus de 1.900 depuis début novembre. Et celui de nouveaux cas est à un niveau record, entre 6.000 à 7.000 par jour en moyenne, selon les données officielles.

Malgré des critiques d’une commission indépendante mardi, le Premier ministre Stefan Löfven s’est refusé jusqu’ici à qualifier la stratégie d’échec, appelant de nouveau jeudi à attendre la fin de l’épidémie pour en juger. « Le fait que tant de gens soient morts est un échec, on ne peut pas le voir autrement. C’est comme ça que j’interprète » les propos du roi, a-t-il affirmé.

Tour de vis tardif

Sans masques, ni fermeture des bars, restaurants et magasins, et sans quarantaine obligatoire, la Suède s’est distinguée par une stratégie basée essentiellement sur des « recommandations » et très peu de mesures coercitives.

Face à la forte remontée des cas, des recommandations très strictes ont néanmoins été émises – notamment de ne fréquenter que les personnes de son foyer – mais leur non respect n’est pas sanctionné.

En Suède

Contrairement à une vision répandue, le pays scandinave n’a jamais visé l’immunité collective. Mais ses responsables sanitaires ont longtemps estimé que le niveau élevé de contaminations au printemps lui permettrait sans doute de contenir plus facilement une résurgence de l’épidémie sur le long terme.

« Je pense que nous aurons une contamination relativement faible cet automne« , affirmait en août l’épidémiologiste en chef, Anders Tegnell. Les faits ont un temps semblé lui donner raison, mais la deuxième vague à laquelle la Suède croyait pouvoir échapper a finalement déferlé un peu plus tard qu’ailleurs en Europe.

La confiance dans les autorités, même si elle reste majoritaire, a fortement baissé depuis septembre, selon un sondage Ipsos paru jeudi. Pour le médecin Lars Falk, « nous avons serré la vis mais je crois que nous devons faire encore plus« , notamment pendant les fêtes. Ces dernières semaines, quelques mesures ont été prises: les évènements réunissant plus de huit personnes et la vente d’alcool après 22H ont été interdits, et les lycées sont repassés à l’enseignement à distance.

Le gouvernement a ressorti des oubliettes un projet de loi d’urgence devant permettre de fermer notamment les magasins et les restaurants. L’entrée en vigueur n’est toutefois prévue que mi-mars. Comme le reste de l’Union européenne, la Suède fonde aussi beaucoup d’espoirs sur la vaccination qu’elle espère pouvoir commencer fin décembre et proposer à toute la population autour de mi-2021.

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