S’isoler ou se faire tester avant Noël: de fausses bonnes idées

Quarantaine préventive, dépistage… À l'approche des fêtes de fin d'année, différentes options s'ouvrent aux Belges qui ne compteraient pas respecter les règles tout en voulant protéger leurs proches. Mais aucune ne garantit une sécurité sans faille.

Comment passer Noël en toute sécurité? - Unsplash

Soyons réalistes. Malgré des chiffres toujours élevés et inquiétants, certains Belges vont tenter de contourner l’obligation de n’inviter qu’une seule personne durant les fêtes de fin d’année, deux pour les personnes isolées. L’envie de se retrouver en famille pour décompresser est grande, tout comme – paradoxalement – celle de protéger ses proches. C’est pourquoi certains envisagent différentes options, dont celle de faire une quarantaine préventive avant Noël.

Cette piste séduisante a même été défendue par nos voisins français et allemands, où les mesures sont certes moins strictes. « Si vous deviez retrouver, au cours des prochaines semaines, soit pour Noël ou pour un autre jour, une personne âgée ou vulnérable au coronavirus, limitez vos interactions au cours des cinq jours précédents et restez le plus possible chez vous », a ainsi recommandé le premier ministre français Jean Castex, ce jeudi 10 décembre. « Je vous supplie, avant Noël, avant de voir vos grands-parents et des personnes âgées, de réduire au maximum les contacts pendant une semaine », avait déclaré la veille la chancelière allemande Angela Merkel, visiblement émue.

Mais est-ce vraiment une bonne idée?

« C’est une très bonne idée sur papier, mais sur le plan pratique, c’est difficilement applicable », tranche Yves Coppieters. « L’auto-isolement nécessiterait que dix jours avant Noël – et non cinq ou sept comme préconisent Jean Castex ou Angela Merkel – on reste tous un maximum chez nous, avec le moins d’interactions sociales pour protéger sa famille le jour de Noël », explique l’épidémiologiste. Ce qui semble déjà compliqué pour les personnes qui ne peuvent pas télétravailler, celles qui vont à l’école ou celles qui doivent encore acheter leurs cadeaux. « On sait très bien que c’est impossible de pratiquer le confinement strict et que la transmission du virus est assez sournoise. Le risque zéro n’existe pas », insiste le professeur de santé publique à l’ULB, craignant le faux sentiment de sécurité que pourrait procurer cet auto-isolement. « Les gens risquent d’oublier les gestes barrières. » Or, ces derniers restent le meilleur rempart contre le Covid-19.

Pour que cette option soit efficace, il faut donc que l’isolement soit absolu, mais aussi partagé. Il suffirait en effet d’une seule personne qui n’a pas (bien) respecté cette quarantaine pour créer des contaminations.

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Et faire un test avant les fêtes?

C’est une autre option envisagée par certains pour espérer passer un Noël en toute sécurité, mais c’est une autre fausse bonne idée. « Faire un test PCR sert à quelque chose si on le fait 24 heures avant les fêtes, mais ce n’est pas possible sur le plan logistique et opérationnel », explique Yves Coppieters. « Tout d’abord, parce que cela ne fait pas partie des critères de testing en Belgique, mais aussi parce que les laboratoires rament toujours pour donner les résultats dans des délais raisonnables. »

En ce qui concerne le test antigénique rapide, « il est moins fiable pour les personnes qui n’ont pas de symptômes », rappelle l’expert. « Et j’ose espérer que les personnes qui ont des symptômes resteront isolées durant les fêtes. »

Ouvrir le débat

Pour davantage de sécurité, Yves Coppieters avance une autre option: un test sérologique, afin de savoir si on a des anticorps. « Si c’est le cas, on est nettement moins à risque, pour les autres et pour nous-mêmes, que quelqu’un qui a fait une pseudo-quarantaine préventive », explique-t-il.

Pour l’épidémiologiste, ce sujet va même au-delà des fêtes de fin d’année. « Que peut-on faire de cette immunité à court terme? On sait qu’elle va rester pendant trois, quatre mois. Est-ce qu’elle pourrait donc rassurer les citoyens et leur faire fonctionner plus naturellement? Je pense que c’est un débat qui doit revenir. Et Noël peut être l’occasion de relancer ce débat. »

« Noël en famille, Pâques au cimetière »

Bien évidemment, l’ultime solution pour passer Noël en toute sécurité est de respecter les mesures. À celles et ceux qui hésitent encore, Yves Coppieters leur demande de protéger absolument les personnes à risque pour ne pas passer « Noël en famille, et Pâques au cimetièreC’est sinistre, mais le risque est réel pour les personnes fragiles », alerte-t-il. « Le fait de ne pas faire un effort maintenant ne fera que retarder la reprise de la vie normale. »

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