Thanksgiving, un exemple à ne pas suivre pour Noël?

Les experts sanitaires le répètent: la situation s'est dégradée aux Etats-Unis et au Canada après les célébrations de Thanksgiving. De quoi tirer des leçons pour Noël?

Des Américains prêts à rejoindre leur famille pour Thanksgiving, contre les recommandations des autorités, à l'aéroport de Los Angeles, le 25 novembre - AFP

« Cela représente un 11 septembre quotidien ». Les mots du professeur de médecine de la George Washington University, Jonathan Reiner, sont forts, mais conformes à la réalité. Aux Etats-Unis, où l’épidémie est hors de contrôle, plus de 3.000 morts ont été recensés en 24 heures ce mercredi, ainsi que 220.000 nouvelles infections. Des chiffres frôlant des records dans le pays le plus endeuillé au monde par la pandémie. Le nombre d’hospitalisations à cause du Covid-19 continue lui aussi de battre des records, franchissant le seuil de 100.000 patients, soit près de deux fois plus que les pics observés durant les vagues précédentes, en avril et en juillet.

Cette hausse pourrait encore augmenter dangereusement dans les prochains jours, suite à un événement de taille: le week-end prolongé de Thanksgiving, entre le 25 et le 29 novembre, propice aux retrouvailles familiales autour de la traditionnelle dinde farcie. L’immunologue Anthony Fauci, visage de la lutte contre le coronavirus aux Etats-Unis, avait mis en garde contre un rebond de l’épidémie après cette fête marquée par les déplacements de millions d’Américains à travers le pays. « Dans deux ou trois semaines, nous pourrions voir une nouvelle flambée s’ajouter à la flambée », avait-il prévenu dimanche 29 novembre.

Trop tôt pour tirer des conclusions

Il est donc encore trop tôt pour mesurer le réel impact de Thanksgiving, même si les tendances qui se dessinent laissent craindre le pire à l’approche de Noël et du Nouvel an. Ce qui inquiète encore plus les experts. « Les mois de décembre, janvier et février vont être des temps difficiles », a averti Robert R. Redfield, directeur des Centers for Disease Control and Prevention. « Je crois en fait qu’ils vont être la période la plus difficile de l’histoire de la santé publique de ce pays. »  

Selon le graphique du site Our World in Data, on semble même observer une légère amélioration au moment de Thanksgiving. Si la tendance était bel et bien positive dans certains Etats, il faut faire attention aux conclusions hâtives. Au niveau national, cette baisse s’explique notamment par le fait que la population américaine a été moins testée durant cette période, et non parce que le virus circulait moins.  

L’expérience canadienne

Si l’effet Thanksgiving n’est pas encore connu aux Etats-Unis, il est déjà bien visible au Canada. Et les conclusions ne sont pas bonnes. Célébrée le 12 octobre dernier, « l’Action de Grâce » a laissé un goût amer, provoquant une flambée de cas à travers le pays. Pire encore, cette hausse est survenue alors même que le nombre de tests, lui, était en baisse. Et depuis, la courbe n’a plus jamais pointé vers le bas. Mercredi, le pays comptait environ 6.500 nouveaux cas, contre moins de 2.000 avant cette fête. À partir « de ce jour, nous avons perdu le contrôle de l’expansion de la pandémie », regrette Santiago Perez, infectiologue à l’hôpital général de Kingston (Ontario) dans Le Monde.  

Le même avenir pour la Belgique?

L’exemple canadien devrait à lui seul servir d’avertissement pour le reste du monde: une seule journée de relâchement, et la courbe des contaminations s’envole. De quoi affirmer que le Noël belge suivra la même trajectoire? Tout dépendra du respect des mesures, bien plus strictes que celles mises en place au Canada. Alors que les Belges pourront inviter une seule et unique personne, à l’exception des personnes isolées qui auront droit à deux invités, les Canadiens, eux, pouvaient recevoir dix personnes dans les zones les plus touchées.

Autre point important: la situation épidémiologique lors des festivités au Canada et aux Etats-Unis n’était pas la même que celle que nous connaissons actuellement en Belgique. Alors que l’épidémie progressait outre-Atlantique, ici, les chiffres stagnent, après avoir baissé durant plusieurs jours.

Mais contrairement à l’Amérique du Nord, la Belgique est un petit pays, avec une forte densité de population. Ce qui n’est pas en sa faveur face au coronavirus. De plus, Noël sera suivi, une semaine plus tard, du réveillon de la nouvelle année. Deux événements qui rassemblent traditionnellement des foyers différents, dans un environnement propice à la propagation du virus. Un dangereux mélange qui aura sans aucune doute un impact important, si les Belges ne font pas preuve de prudence.

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