Les restrictions de voyage: efficaces contre le covid mais pas toujours

En étudiant les cas de coronavirus importés de l’étranger, des chercheurs ont pu établir s’il était intéressant ou pas d’empêcher les touristes de voyager. La réponse dépend en fait de plusieurs critères.

@BelgaImage

La deuxième vague se tasse en de nombreux endroits mais il n’est pas encore question de voyager librement. Entre les obligations de tests et de quarantaine, les touristes belges ne sont pas incités à partir à l’étranger. Dans certains pays même, il est tout simplement interdit d’y aller pour des raisons non-essentielles, même dans certains pays européens (en Grèce, Hongrie, Finlande, dans plusieurs régions italiennes ou encore au Danemark).

Mais est-ce que tout cela est bien utile? C’est la question que se sont posée des scientifiques qui ont publié une étude ce lundi dans The Lancet. Leur conclusion générale est que ces restrictions de voyage se justifient, mais plus au début d’une épidémie. Ils estiment ainsi que «des restrictions de voyage strictes et non ciblées dans de nombreux pays ne sont pas justifiées». Quant à savoir si dans tel ou tel cas, il vaut mieux restreindre ou pas l’accès aux voyageurs, cela dépend de plusieurs paramètres.

Entre mai et septembre, un impact tout à fait différent

Pour démontrer que ces contraintes de déplacement sont efficaces, les chercheurs ont analysé les déplacements internationaux, surtout aériens, au regard des données sur la propagation du coronavirus. Ils sont parvenus à la constatation suivante. En mai, sans les mesures mises en place avec la première vague, les cas de Covid-19 importés auraient représenté plus de 10% des infections dans 102 des 136 pays étudiés. Un montant considérable qui n’aurait pas manqué d’alimenter la reprise rapide de l’épidémie.

En septembre par contre, la situation est différente. Après une première vague généralisée dans le monde entier, l’état de la pandémie prend des formes de plus en plus diverses d’un pays à l’autre. Sans restrictions de voyage, les cas importés n’auraient de ce fait en septembre représenté plus de 10% des infections que dans 56 pays sur 162. Dans 21 États, cela aurait même représenté moins de 1%, autrement dit une quantité négligeable.

Le coronavirus est défait: on se barricade!

Imposer des contraintes de déplacement était donc beaucoup plus efficace au début de l’épidémie, moins après. Mais dès lors, comment savoir s’il est utile de faire de même maintenant? Selon les auteurs de l’étude, il y a notamment deux scénarios qui justifient des mesures drastiques. Le premier, c’est lorsque des pays ont une «faible incidence du COVID-19 et un grand nombre d’arrivées en provenance d’autres pays». Dans ce cadre-là, l’Europe est un continent très connecté au reste du monde mais le coronavirus y circule largement, et aucun pays n’y échappe, même s’il y a quelques variations. Les États-Unis, qui refusent entre autres l’entrée d’Européens sur leur territoire, sont dans le même cas de figure mais ne se retrouvent pas dans cette hypothèse.

D’autres États peuvent toutefois être classés dans cette description, dont l’Australie. Fortement touchée par le coronavirus en août-septembre, l’île-continent ne déplore pratiquement plus de décès et les nouveaux cas journaliers sont de l’ordre de la dizaine. Il est donc beaucoup plus logique que le gouvernement australien ait décidé d’empêcher tout franchissement de ses frontières en 2021, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Il en est de même en Chine qui a contrôlé l’épidémie et qui n’accepte plus aucune arrivée de Belges pour ne pas mettre en péril la reprise plus ou moins normale de la vie des Chinois, mais aussi encore en Thaïlande ou en Nouvelle-Zélande.

Le dégel des frontières freiné par la peur d’une troisième vague?

L’étude de The Lancet pointe un autre scénario où les restrictions de voyage se justifient: lorsque «l’épidémie est proche de points de basculement». Dans ce cas, il faut prêter une attention encore plus aiguë à la croissance épidémique locale et au volume des voyages.

C’est ici que les États européens peuvent se retrouver. Après la première vague, l’épidémie s’étant calmée, les frontières se sont progressivement rouvertes. Par contre, dès que la deuxième vague a pointé le bout de son nez, c’est l’inverse qui s’est produit mais les restrictions étaient bien plus modérées. Est-ce que des frontières plus étanches et des mesures plus rapidement prises auraient permis d’éviter une partie de la reprise épidémique? La question se justifie, même si elle ne prend pas en compte les conséquences économiques.

Maintenant que la deuxième vague est passée, peut-on à nouveau relâcher la pression? L’Union européenne ne le conseille pas encore, mais elle reconnaît que la large propagation du virus fait que les voyages transfrontaliers ne constituent plus «un facteur de risque supplémentaire important». À ce titre, le plus risqué en ce début décembre serait plutôt de se rendre dans les Balkans. Car si la Belgique et la République tchèque concentraient un temps le plus de décès liés au Covid par million d’habitants, les pays européens les plus touchés sont maintenant la Slovénie, la Bulgarie, la Hongrie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie et la Macédoine du Nord (suivis par l’Italie et la Pologne). Or parmi ces États, seule la Hongrie empêche les voyages non-essentiels de Belges.

Le problème, c’est aussi de savoir si on risque de faire face à une troisième vague. À l’heure actuelle, la baisse des indicateurs épidémiques s’affaiblit, voire stagne, et les éventuels non-respects des mesures sanitaires à Noël font redouter une reprise. La question est donc de savoir si on n’est pas à l’aube d’un de ces fameux «points de basculement». Si tel est le cas, les restrictions de voyage pourraient se justifier, surtout pour un pays très connecté comme la Belgique.

Les fêtes de fin d’année: un élément aggravant

L’étude de The Lancet ne prend toutefois pas en compte un élément qui a son importance aujourd’hui: la période de Noël. Comme le fait remarquer Sophie Vanwambeke, géographe de la santé à l’UCLouvain, c’est un élément important. «Il ne faut pas oublier qu’en cette période de fin d’année, une des raisons de voyager, c’est pour rendre visite à sa famille à l’étranger, ce qui n’est de toute évidence pas une bonne idée. Des études indiquent par exemple que le Nouvel An chinois a pu jouer un rôle au début de l’épidémie en la propageant à partir de Wuhan dans le reste de la Chine», note-t-elle.

Pour elle, il est donc impossible pour les autorités ne prenne pas ce risque en compte. «Les gens ne vont pas aller nécessairement dans des bars par exemple, mais rien que le fait de prendre les transports en commun peut amener à un certain risque. On peut aussi se dire que si on va dans une maison de campagne, on ne va pas avoir de contact et c’est vrai que cet argument n’est pas invalide. Mais les mesures doivent aussi tenir compte de l’ensemble de la population et des risques liés à tous les voyages», dit-elle. Cela peut donc frustrer celui qui voudrait s’isoler dans le Sud de la France, mais il faut surtout parer à la possibilité que des personnes moins attentives aux gestes barrières ne compliquent la situation épidémiologique.

Mais il existe des pays qui sont moins logiques vis-à-vis de leurs restrictions. C’est le cas des États-Unis, qui figurent continuellement parmi les plus contaminés au monde et qui ont pourtant fermé leurs frontières. Pour Sophie Vanwambeke, ici, cette mesure a moins de sens sur le plan épidémiologique. «La question de l’entrée des étrangers aux USA est assez sensible. On peut ici vraisemblablement envisager que les autorités américaines ont été sensibles à d’autres éléments que celui de l’arrivée de personnes infectantes».

Sur le même sujet
Plus d'actualité