Coronavirus: Pourquoi les chiffres stagnent-ils?

Le Centre de crise l'a annoncé ce lundi: les chiffres semblent se stabiliser en Belgique. Ce qui n'est pas bon signe.

Au Centre Hospitalier Bois de l'Abbaye, à Seraing - BELGA

Sur base hebdomadaire, tous les indicateurs restent en baisse. Mais à regarder de plus près les chiffres de l’épidémie de coronavirus, cette tendance n’est pas assez rapide. « Après quelques semaines de diminution, les chiffres semblent se stabiliser », a confirmé lundi Yves Van Laethem. Dans plusieurs provinces belges, le nombre d’hospitalisations est même en légère augmentation. À ce rythme, le fameux cap des 800 contaminations par jour fixé par le gouvernement pour mettre en place la phase de déconfinement pourrait n’être atteint que fin janvier, voire en février plutôt qu’à la Noël. Sans compter l’effet tant redouté des fêtes de fin d’année. Mais que s’est-il passé?

« Plusieurs éléments peuvent expliquer » cette stagnation, a indiqué l’infectiologue en conférence de presse, bien qu’aucune certitude ne se dégage pour le moment.

L’extension du dépistage?

C’est la première hypothèse pour expliquer ce phénomène: le changement dans la stratégie de testing. En effet, depuis le 23 novembre – soit deux semaines -, les personnes asymptomatiques peuvent à nouveau se faire tester. « Cependant, le nombre de tests n’a pas beaucoup augmenté », a souligné Yves Van Laethem. Et le nombre d’admissions à l’hôpital tend, lui aussi, à stagner – ce qui ne peut pas, par définition, être lié au test d’asymptomatiques. L’extension du dépistage ne peut donc pas être la seule raison du phénomène de stabilisation.

Le retour à l’école?

Autre possibilité évoquée par l’expert: la réouverture des écoles, après deux semaines de vacances à la Toussaint. Le porte-parole interfédéral constate une augmentation des contaminations chez les enfants et, dans une moindre mesure, chez les adolescents. « À nouveau, en quantité absolue, ce n’est pas très important », précise-t-il toutefois, appelant à prendre un maximum de précautions dans le milieu éducatif et à faire attention dans le mélange des tranches d’âge.

Yves Van Laethem

Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus. – BELGA

Moins de télétravail?

Yves Van Laethem observe également, dans la province du Luxembourg, une augmentation des contaminations chez les quadragénaires. Une population particulièrement active, dont un grand nombre part travailler de l’autre côté de la frontière. Or, « le Luxembourg est un des pays qui a le plus haut taux de contamination en Europe ».  

Un relâchement… ou un effet saisonnier?

Sur le plateau de la RTBF, lundi soir, Marius Gilbert est également revenu sur cette stabilisation des chiffres, pointant deux hypothèses. La première est « le fait que la vigilance individuelle soit elle-même liée aux contaminations ». En d’autres termes, « quand on est en phase croissante de l’épidémie, on fait attention. En revanche, lorsque la transmission diminue, on se relâche », explique l’épidémiologiste. Pour lui, d’autres facteurs indirects peuvent jouer un rôle, comme le froid.

Même si sa cause exacte n’est pas connue, cette stagnation des chiffres devrait suffire à convaincre les politiques « rassuristes » que ce n’est pas le moment d’assouplir les mesures. Comme le redoutent les experts sanitaires, un élargissement de la bulle sociale pour Noël pourrait retarder la baisse des infections et donc postposer la reprise des autres secteurs, comme la culture et l’Horeca. Pire encore, elle pourrait provoquer une troisième vague, alors que la Belgique tente encore de gérer la deuxième.

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