Groupes prioritaires au vaccin Covid: la Belgique doit encore décider, mais qu’en est-il ailleurs?

Les autorités belges doivent encore confirmer qui seront les premiers vaccinés. En parallèle, d’autres pays ont déjà une idée claire sur le sujet, avec quelques différences notables.

Groupes prioritaires au vaccin Covid: la Belgique doit encore décider, mais qu’en est-il ailleurs?

C’est une étape importante dans la crise. Réunis dès ce matin, les ministres de la Santé doivent établir la stratégie vaccinale pour le Covid-19. Parmi les points à éclaircir, il y a la logistique avec les centres de vaccination à établir, la conservation du vaccin (surtout pour celui de Pfizer qui nécessite des frigos à -80°C), mais aussi les groupes prioritaires pour recevoir la précieuse protection contre le coronavirus. Sur ce dernier point, il s’agira de suivre ou pas les recommandations du Conseil supérieur de la Santé. Mais alors que la Belgique traîne un peu la patte pour trancher sur la question, de plus en plus de pays ont déjà franchi cette étape. Et s’il y a des points de convergence, le détail laisse apparaître certaines nuances.

Un plan belge non-définitif mais déjà assez précis

Tout d’abord, en Belgique, que préconise le Conseil supérieur de la Santé? La priorité absolue devrait selon lui être donnée aux épicentres de l’épidémie, à savoir le personnel et les résidents des centres de santé, mais aussi plus largement tous les travailleurs du secteur des soins de santé. Juste après suivraient les plus de 65 ans, en commençant éventuellement par les plus âgés d’entre eux. Puis à plus longue échéance, on passerait aux 45-65 ans avec comorbidités. La suite n’est pas encore connue. Peut-être que la réunion des ministres, qui pourraient rendre publiques leurs décisions demain, permettra d’en savoir plus.

L’objectif final est dans tous les cas d’atteindre une couverture de 60-70% de la population pour couper les chaînes de transmission du Covid-19. Comme le précise Alexander de Croo ce mercredi, les vaccinations commenceraient le 5 janvier. Par contre, on ne sait pas encore de quelle société viendront les premiers vaccins. L’Agence européenne des médicaments (EMA) en décidera « au plus tard » le 29 décembre en donnant ou pas son feu vert à Pfizer. Moderna est aussi bien avancé dans cette course.

Les Britanniques pressés, les Américains attachés à leur économie

Un pays européen tient toutefois à passer devant tous les autres: le Royaume-Uni. Le Secrétaire d’État à la Santé, Matthew Hancock, a même annoncé aujourd’hui que la vaccination commencera dès le début de semaine prochaine avec le produit de Pfizer. Pourquoi tant de précipitation? Tout simplement parce qu’avec le Brexit, le gouvernement de Boris Johnson n’attend plus l’analyse de l’EMA. Le Premier ministre en fait même un argument pour appuyer sa politique nationaliste.

Le Royaume-Uni va donc mettre un peu moins l’accent sur la sécurité pour foncer à toute allure. Objectif: vacciner d’abord les plus à risques (ceux de plus de 80 ans, des maisons de retraite, ainsi que les soignants) d’ici la fin février puis commencer très rapidement à traiter les autres adultes. Selon le Health Service Journal, le gouvernement voudrait même que les 18-50 ans puissent se faire vacciner dès fin janvier. La majorité des personnes vulnérables seraient ainsi traitées à Pâques.

Autre pays qui devrait avancer vite: les États-Unis, berceau de Pfizer. Mais là, la stratégie est plus brouillonne car le fédéral ne donne que des recommandations. Ce sont les États qui décident qui vacciner en premier. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont donné hier un mot d’ordre général: d’abord viser les professionnels de la santé et les résidents des maisons de retraite. Ensuite, spécificité américaine, il devrait être question d’assurer la relance de l’économie en vaccinant avant tout les travailleurs essentiels dans une phase 1b puis seulement les adultes à risque et ceux de plus de 65 ans en phase 1c.

L’Europe sur la même longueur d’onde, sauf exception

Dans l’Union européenne, où le top départ est généralement prévu pour début janvier, les stratégies sont assez similaires, à quelques nuances près. La France a par exemple établi cinq phases de priorité : d’abord les maisons de retraite (1), puis les plus de 65 ans et le personnel sanitaire à risque (2), les plus de 50 ans (3), les métiers de contact et les personnes vulnérables (4) et enfin le reste de la population (5). Emmanuel Macron a précisé hier le calendrier avec les publics sensibles début 2021 puis progressivement le grand public entre avril et juin.

En Espagne, la marge temporelle est plus grande, avec des groupes prioritaires (maisons de retraite et professionnels de santé) traités d’ici juin dans les 13.000 centres de santé publique mis en place. Les autres seront couverts au second semestre. L’Autriche fait exactement pareil, à la différence que l’élargissement de la vaccination au reste de la population devrait se faire dès avril. Les Pays-Bas s’avancent quant à eux moins sur le planning mais assurent viser d’abord les plus de 60 ans, les groupes vulnérables et les agents de santé, puis seulement les autres dans un second temps.

L’Italie dénote par contre avec une stratégie un peu différente. Selon la presse italienne, après avoir vacciné le personnel soignant, la péninsule devrait procéder par tranches d’âge: d’abord les plus de 80 ans, puis les 70-80 ans, et ainsi de suite au fil de l’arrivée des doses. Enfin, il y a le pays le plus peuplé de l’UE: l’Allemagne. Mais paradoxalement, si notre grand voisin se veut à la pointe dans l’organisation logistique de sa campagne de vaccination, il reste assez flou sur les groupes prioritaires qui sont encore à déterminer selon des critères épidémiologiques et éthiques. Angela Merkel a juste précisé que le personnel médical arriverait en premier.

L’idée sud-coréenne: établir des seuils selon les doses disponibles

Pour terminer, un pays asiatique a établi une stratégie à la fois parallèle et différente de celles des États européens: la Corée du Sud. Comme exposé dans le journal Chosun Ilbo, le gouvernement sud-coréen a établi sa stratégie non seulement en déterminant des groupes prioritaires mais aussi en établissant des étapes précises selon la disponibilité des doses.

Le plan sud-coréen actuel comporte pour l’instant trois phases. La première est celle où les provisions de vaccin sont sécurisées pour moins de 10% de la population. À ce moment-là, seul le personnel médical sera traité, rapidement suivi par les personnes âgées les plus à risque. La seconde étape est celle où le vaccin est sécurisé pour 11-20% de la population. Ce sera alors au tour du reste des plus âgés, des patients avec des maladies chroniques ou avec des incapacités, mais aussi les plus pauvres. Enfin, à 21-50%, la police, les enseignants et les soldats seront prioritaires. Le reste de la population suivra seulement après.

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