Remdesivir: Comment la Belgique a dépensé 4,3 millions d’euros pour un traitement inefficace

La quête désespérée d'un traitement contre le Covid-19 a poussé la Belgique, et le reste de l'Europe, à dépenser des millions d'euros pour le remdesivir, un médicament pourtant contesté par l'OMS. Retour sur un scandale parfaitement orchestré par son fabricant.

Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a tenté de justifier une telle erreur. - BELGA

C’est un fiasco monumental. Un de plus pour la Belgique face à cette crise sanitaire. Fin octobre, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a signé un accord de 4,27 millions d’euros avec la compagnie pharmaceutique Gilead pour son médicament remdesivir, dans le cadre d’un vaste contrat européen. Présenté comme un traitement miracle contre le Covid-19, capable de perturber la réplication du virus, celui-ci sera finalement discrédité par un essai clinique piloté par l’Organisation mondiale de la santé.

Publiés le 15 octobre, soit treize jours avant la commande belge, les résultats de cette étude lancée en février ont montré que l’antiviral a « peu ou pas d’effet sur les patients hospitalisés, que ce soit en termes de mortalité, de mise sous respirateur ou de durée d’hospitalisation ». Le 20 novembre, l’OMS finit même par en déconseiller l’utilisation à cause de ses nombreux inconvénients, dont la possibilité d’importants effets secondaires et un prix élevé: 345 euros la dose, soit plus de 2.000 euros le traitement, recommandé en six doses, alors que son coût de production est estimé à… 6 euros.

Le remdesivir

Mais alors comment l’Etat belge a-t-il pu dépenser autant d’argent pour un médicament si controversé? Tentant de justifier une telle erreur, Frank Vandenbroucke tient à préciser qu’à la mi-octobre, les résultats de l’étude de l’OMS en étaient à un stade « intermédiaire », préférant dès lors prendre en compte les directives européennes, qui, elles, n’étaient pas défavorables. En réalité, la Belgique, comme de nombreux autres pays, s’est fait avoir par Gilead, société américaine connue comme l’un des négociateurs les plus intraitables de l’industrie selon Le Monde.

Maximiser le profit

En mars, soit au début du premier confinement, le géant pharmaceutique avait demandé (et obtenu) le statut de « traitement pour maladie rare » à l’agence américaine des médicaments (FDA), rendant le remdevisir potentiellement inabordable pour de nombreux pays. Face au scandale qui se profilait, le laboratoire, célèbre pour ses médicaments hors-de-prix contre le VIH et l’hépatite C, a finalement renoncé à ce statut. Accusé de faire du profit sur la santé des patients, il a tout de même réussi à passer plusieurs accords pour écouler son stock du médicament initialement développé en vain contre Ebola.

Le laboratoire pharmaceutique Gilead

La Commission européenne fait figure de bonne cliente. Début octobre, sans connaître les résultats de l’essai clinique de l’OMS, elle a conclu un « contrat cadre » visant à assurer la disponibilité de trois millions de doses de cet antiviral, malgré un prix exorbitant et une efficacité déjà douteuse. Le fabricant, lui, était tout à fait au courant des conclusions mettant en cause l’utilité du traitement.   

Pour réussir ce tour de passe-passe, Gilead a profité de l’urgence de la pandémie et l’espoir d’un traitement qui pourrait aider à en sortir. Après des premières commandes plus limitées, le laboratoire a joué sur la crainte d’une pénurie pour faire signer de nouveaux contrats, plus importants, juste avant la publication de l’étude qui discréditait son produit. Cette stratégie a déjà permis à la société américaine de vendre des millions de doses, empochant plus de 900 millions de dollars à travers le monde. Des doses qui, en revanche, n’apporteront rien aux patients.

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