La Chine veut réécrire l’histoire de la pandémie

Un an après les premiers cas de coronavirus découverts à Wuhan, la Chine tente de semer le doute sur l'origine de la pandémie afin de redorer son image.

Retour à la vie (presque) normale à Wuhan - AFP

« Toutes les preuves disponibles suggèrent que le coronavirus n’a pas démarré dans la ville de Wuhan. » C’est ce qu’a affirmé en tout cas Le Quotidien du peuple, journal officiel du régime chinois, jeudi dernier sur sa page Facebook. Alors que la ville située au sud de Pékin et son marché d’animaux sauvages sont considérés comme le berceau de la pandémie, ravivant le racisme anti-asiatique en Occident, la Chine mène une vaste campagne de propagande afin de semer le doute sur l’origine du virus.

Citant Zeng Guang, anciennement épidémiologiste en chef au Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, le journal du Parti communiste chinois ajoute que « Wuhan est bien l’endroit où le coronavirus a été détecté pour la première fois, mais ce n’est pas là d’où il provient. » Tandis que les médias d’Etat font des reportages à propos du virus découvert sur des emballages de produits surgelés importés ou des cas de contaminations recensés en dehors du pays avant décembre 2019, des scientifiques chinois ont été encore plus loin, note The Guardian. Pour changer l’histoire de la pandémie, ils ont soumis un papier à la revue médicale de référence The Lancet, affirmant que « Wuhan n’était pas l’endroit où la transmission d’homme à homme du virus s’est produite pour la première fois ». Tout en suggérant que le premier cas pourrait venir du « sous-continent indien ».  

L’origine du virus reste un mystère

La majorité de la communauté scientifique rejette cette théorie, bien que beaucoup de zones d’ombre entourent encore l’apparition du Sars-CoV-2. Il est néanmoins largement admis que le nouveau coronavirus est apparu en Chine, contaminant un citoyen de 55 ans de la province de Hubei le 17 novembre 2019. Si ce dernier est considéré comme le cas d’infection le plus ancien, il n’a jamais été confirmé comme étant le « patient zéro ». L’Organisation mondiale de la Santé a d’ailleurs lancé début novembre une enquête sur les origines du virus, afin de déterminer comment ce dernier est passé de l’animal à l’homme, et réduire ainsi le risque de futures pandémies.

Sur un marché à Wuhan

Sur un marché à Wuhan – AFP

Cette enquête indépendante se heurte déjà sur le terrain aux autorités chinoises, qui ont notamment refusé l’accès des scientifiques de l’OMS au marché de Wuhan. « Pour le moment, Beijing semble plus concentré sur la question de savoir qui doit porter le blâme pour la maladie, que de comprendre d’où elle vient », pointe The Guardian.

Enjeu politique

En attendant les conclusions de l’enquête, le gouvernement chinois tente de profiter de ces zones d’ombre pour redorer son image, alors que le sentiment des Européens à l’égard de la République populaire s’est nettement dégradé durant la crise du Covid-19. Car, finalement, l’enjeu est moins sanitaire que politique, à un moment où le pays promeut plusieurs vaccins actuellement en cours de finalisation. Pendant que l’Europe reconfine face à une deuxième vague, la Chine a réussi à endiguer l’épidémie de coronavirus sur son territoire, prenant soin de mettre en avant ce retour à une vie (presque) normale depuis plusieurs mois. Une façon d’affirmer aussi sa puissance aux yeux du reste du monde. Mais, selon le journal britannique, la rancœur à l’égard de la Chine sera peut-être finalement plus difficile à éradiquer que le virus lui-même.

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