Vaccin contre le Covid-19: où est la solidarité internationale?

L'espoir d'un vaccin contre le Covid-19 se rapproche, mais pas pour tout le monde. Alors que les Etats-Unis et l'Europe se demandent s'ils pourront vacciner leur population avant la fin de l'année, les pays pauvres, eux, sont encore loin du compte. La solidarité est pourtant nécessaire pour vaincre le virus.

Une scientifique travaillant sur le développement d'un vaccin covid en Espagne - AFP

Les annonces se succèdent. Après Pfizer et Moderna, c’est au tour du laboratoire britannique AstraZeneca d’annoncer un vaccin anti-Covid. Celui-ci, développé avec l’université d’Oxford, est efficace à 70% en moyenne. C’est moins que ses concurrents, mais il sera moins coûteux et plus facile à stocker. D’autres pourraient suivre prochainement puisque, sur 48 candidats vaccins en cours de développement dans le monde, onze sont entrés en phase 3 de tests, la dernière avant homologation par des autorités, selon l’OMS.

La découverte de vaccins prometteurs fait naître l’espoir de sortir enfin de la pandémie. Les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils commenceraient la vaccination de leur population, à la mi-décembre, donnant la priorité aux personnes vulnérables et à celles qui les soignent. Pour l’Europe, il faudra attendre début de 2021. Les nations les plus riches se sont précipitées pour passer des accords avec des laboratoires pharmaceutiques et précommander des millions de doses, avant même qu’on sache si un vaccin aboutirait. Mais quid des pays pauvres?

Paroles, paroles

Ce dimanche, les dirigeants du G20 ont promis de « ne reculer devant aucun effort » pour garantir un accès équitable aux vaccins contre le Covid-19, sans pour autant donner plus de détails. Cette absence d’actions concrètes inquiète Angela Merkel. « Nous allons maintenant voir avec Gavi, l’Alliance du vaccin, quand ces négociations vont commencer, parce que je suis inquiète que rien n’ait été encore fait », a déclaré la chancelière allemande, qui vient de fêter ses quinze années à la tête du pays.  

Angela Merkel

Angela Merkel – Reuters

Premier obstacle: l’argent. Boycottée par Washington, Moscou et Pékin, l’initiative internationale Covax pour l’achat et la distribution de vaccins dans les pays qui ne pourront pas le faire eux-mêmes manque de financements. L’Alliance du vaccin, coalition internationale destinée à assurer une distribution équitable des vaccins et des équipements médicaux, a réuni deux milliards de dollars pour acheter des vaccins pour les pays en développement, a annoncé l’ONU. Il lui manque, cependant, au moins cinq milliards de dollars supplémentaires d’ici la fin 2021.

« Le plus important pour moi est que Covax entame les négociations avec les fabricants de vaccins en utilisant l’argent qu’il a déjà collecté », a estimé Angela Merkel. « C’est la bonne chose à faire. » Avec près de 180 gouvernements membres – ce qui représente environ 90 % de la population mondiale -, le dispositif vise à mettre à disposition 2 milliards de doses de vaccins Covid-19 avant la fin de l’année prochaine.

La nécessité d’un partage équitable

Pour Rachel Silverman, chargée de mission au Center for Global Development, il est peu probable qu’une partie conséquente du premier lot de vaccins atteigne les pays les plus pauvres. Sur la base des accords d’achats anticipés signés avec la firme américaine Pfizer, elle a calculé qu’1,1 milliard de doses avaient été achetées par les pays riches. « Il ne reste plus grand-chose pour tous les autres », dit-elle à l’AFP.

« Nous devons éviter que les pays riches engloutissent tous les vaccins et qu’il n’y ait pas assez de doses pour les pays les plus pauvres », alerte Benjamin Schreiber, coordinateur du vaccin Covid-19 pour l’Unicef, alors que, d’après un rapport d’Oxfam, 13% de la population mondiale bénéficierait de plus de la moitié des doses de vaccins. Après le Sommet du G20, organisé ce week-end virtuellement par l’Arabie Saoudite, l’ONG a d’ailleurs critiqué un « décalage » entre les appels des nations à faire du vaccin un bien public mondial et la course qu’ils entretiennent.

C’est une question d’humanité, de justice mais aussi d’efficacité. Sans solidarité, ce nationalisme vaccinal va retarder la sortie mondiale de la pandémie, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît. Des chercheurs de l’université Northeastern aux États-Unis ont récemment publié une étude sur la nécessité d’une distribution équitable, en modélisant deux scénarios. Le premier présente ce qui se passerait si 50 pays riches monopolisaient les deux premiers milliards de doses d’un vaccin, tandis que, dans le second, le vaccin est distribué en fonction de la population d’un pays plutôt que de sa capacité à le payer. Résultat: les décès dus au Covid-19 seraient réduits d’un tiers (33%) dans le monde dans la première hypothèse, contre 61% avec un partage équitable.

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