Le vol, l’autre danger qui pèse sur le vaccin anti-Covid

Alors que la perspective d'un vaccin contre le Covid-19 se dessine, de multiples stratégies se mettent en place pour protéger ce Graal des vols et de la contrefaçon.

Le monde entier attend impatiemment ce vaccin contre le Covid-19 - AFP

Pfizer a injecté une dose d’espoir, en annonçant lundi que son vaccin contre le coronavirus était « efficace à 90% ». « Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19 », a déclaré le président-directeur général du géant pharmaceutique américain Albert Bourla. Le résultat, obtenu avec son partenaire allemand BioNTech, au cours de la troisième phase d’essai clinique, est impressionnant. Un tel taux d’efficacité, dépassant celui des vaccins contre la grippe, pourrait réduire la défiance d’une partie de la population à l’égard de la vaccination.

Si l’annonce est réjouissante, rien n’est pourtant encore joué. De nombreuses questions, quant à la sécurité et la distribution du vaccin notamment, restent en suspens. « Tant que l’autorisation n’a pas été donnée, le vaccin de Pfizer reste un candidat vaccin et rien de plus », rappelle dans La Libre Eric Muraille, biologiste et immunologiste à l’ULB.

Menace réelle

En attente de confirmation, cette lueur d’espoir – plus que bienvenue dans la lutte contre le coronavirus – rappelle avant tout que ce vaccin est attendu comme le Graal. Vu qu’il n’y en aura pas assez pour tout le monde dans un premier temps, le vaccin anti-Covid sera l’un des produits les plus recherchés au monde. Ce qui pourrait attirer quelques esprits malveillants.   

Le risque est tout à fait réel. En 2009, la campagne contre la grippe A (H1N1) avait connu plusieurs affaires de vols. Plus récemment, plus de 10.000 doses de vaccin contre la grippe ont été dérobées à une compagnie de distribution au Mexique fin octobre. Au cours des cinq dernières années, ces incidents – vols et contrefaçons – ont augmenté de près de 70%, d’après les données de l’Institut de Sécurité Pharmaceutique.

mise au point d'un vaccin contre le covid-19 dans un laboratoire

 – AFP

GPS, fausses pistes et cybercriminels

Les autorités sanitaires et les sociétés pharmaceutiques semblent conscientes du danger puisque plusieurs stratégies ont été élaborées pour protéger cette denrée rare. Selon le Wall Street Journal, les vaccins seront stockés dans des lieux sécurisés et secrets, tandis que Pfizer et d’autres concurrents comptent déployer un logiciel GPS pour suivre la distribution et des expéditions factices afin de semer la confusion chez d’éventuels criminels.

Pour éviter un autre risque, celui de la contrefaçon, le fabricant de verre Corning Inc. équipe ses fioles d’un système d’authentification par lumière noire. Le gouvernement fédéral a annoncé mettre des US Marshalls à disposition pour surveiller les envois de vaccins et protéger ce précieux sérum. Il faudra également renforcer la sécurité des hôpitaux, qui ont déjà été victimes de vols d’équipements médicaux au début de la pandémie. Aux Etats-Unis, certains se sont déjà engagés à installer des caméras de surveillance et des systèmes d’authentification informatiques pour avoir accès aux congélateurs.

Mais ces outils indispensables au stockage des vaccins pourraient bien devenir la cible des cybercriminels. Les cyberattaques, chantages et rançons visant les laboratoires et établissements sanitaires sont monnaie courante depuis le début de la crise, souvent pour le compte de gouvernements étrangers. Dans cette course à qui trouvera le premier vaccin, plusieurs pays ont accusé la Chine et la Russie de tenter de voler leurs recherches. Preuve que les enjeux économiques et géopolitiques de ce vaccin sont énormes.

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