Covid-19: Comment les plans de relance menacent la transition écologique

Depuis le début de la pandémie, la lutte contre le changement climatique a été souvent reléguée au second plan dans l'actualité, mais aussi dans les priorités des gouvernements. Cela se confirme malheureusement dans les plans de relance post-Covid, qui sont loin d'être verts.

Il n'y a pas de planète B - Unsplash

La crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 va-t-elle réduire à néant les efforts pour limiter les effets du changement climatique? Si l’Union Européenne a promis un plan de relance plus vert, en allouant 25% du budget aux actions climatiques, d’autres pays ont préféré renflouer l’industrie des combustibles fossiles pour éviter une récession dévastatrice, révèle une analyse du Guardian. Résultat: la perspective d’un « monde d’après » plus durable s’éloigne.  

« L’environnement et le changement climatique n’ont pas été au cœur de la réflexion dans la plupart des plans de relance », résume Jason Eis, directeur général de Vivid Economics, qui a compilé les données pour le quotidien britannique. « Dans la majorité des pays, nous ne voyons pas du tout une reprise verte. » En effet, dans au moins 18 des plus grandes économies du monde, les plans de sauvetage post-coronavirus sont dominés par des dépenses qui ont un impact environnemental néfaste. Seule l’Union européenne a présenté un budget qui produira un avantage environnemental net.

Même les pays qui se sont vantés de plans de relance verts dépensent souvent beaucoup plus pour des activités qui maintiendront ou augmenteront les émissions de gaz à effet de serre, pointe The Guardian. C’est le cas notamment de la Corée du Sud et du Canada.

Manifestation pour le climat

Les deux plus grands pollueurs dans le viseur

En bas du classement, on retrouve la Chine, avec seulement 0,3% de son budget destiné à des projets écologiques, et les Etats-Unis, avec un peu plus de 1%. Soit les deux plus grands pollueurs mondiaux. Sans eux, la lutte contre le changement climatique semble perdue d’avance.

Mais, avec l’élection de Joe Biden, l’avenir des ambitions climatiques planétaires s’éclaircit. Le futur président américain s’est engagé à réintégrer, au premier jour de sa présidence, l’accord de Paris sur le climat, que les Etats-Unis ont officiellement quitté mercredi dernier sous l’impulsion de Donald Trump. Et à faire de nouveau des Etats-Unis un leader de l’action climatique. Face au réchauffement climatique, qu’il a qualifié de « menace existentielle », le duo Biden-Harris a annoncé un ambitieux plan de 2.000 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Mais la mise en oeuvre de ce « Green New Deal » dépendra également du Sénat, qui est susceptible de rester aux mains des Républicains. Néanmoins, même si seule une partie des réformes envisagées par Biden est acceptée, cela pourrait encore avoir un puissant effet de transformation, à la fois sur l’économie américaine et dans le monde, assure Jason Eis, à l’heure où les Etats-Unis sont le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, avec 15 % des émissions à leur compte.

Sur la première marche du podium se trouve la Chine, responsable de presque 30% des émissions mondiales. Si le pays a créé la (bonne) surprise le 22 septembre dernier en s’engageant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, la transition écologique n’a pas encore commencé. Avec la reprise économique post-confinement, les émissions chinoises sont remontées à des niveaux supérieurs à ceux de 2019, selon l’Agence internationale de l’énergie. « Si la Chine ne propose pas de plans de relance verts, avertit son directeur Fatih Birol, alors, les chances du monde d’atteindre ses objectifs climatiques seront proches de zéro. » En octobre dernier, l’économiste turc rappelait déjà, après la publication du rapport annuel World Energy Outlook, que seule une mobilisation massive des Etats pourrait mettre la planète sur la bonne voie.

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