L’impact de l’hiver sur le Covid-19

On se demandait, sans trop vouloir y réfléchir, si la fin de l’été allait  avoir un impact sur la transmission du virus. On sait aujourd’hui que oui. Et qu’on l’a très mal anticipé alors qu’on le savait déjà.

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En mars, l’hypothèse d’un ralentissement de l’épidémie avec l’arrivée des beaux jours avait rapidement émergé. Et elle semble s’être vérifiée. Mais ce que l’on oubliait alors, c’est qu’une fois les températures refroidies, le virus allait retrouver son terrain de jeu. Une saisonnalité qui apparemment a été minimisée. Pourtant, dès le début de la pandémie, de nombreux experts avaient prévu cette saisonnalité du Covid, mais les politiques (et la population) ont décidé de la nier pour privilégier un semblant de vie normale. Humain, mais très naïf avec le recul.

Dire aujourd’hui qu’on est surpris par cette seconde vague reviendrait donc à reconnaître une faute encore plus grave que celles qui ont été commises jusqu’ici puisqu’en juillet, les épidémiologistes, dont la voix était noyée dans le flot d’indicateurs encourageants, prédisaient un retour en force du virus dès l’automne. Et nous y sommes, emportés par une seconde vague qui fait craindre le pire.

Nous avions, en plus, des exemples concrets et en temps réel de ce qui allait se produire aux portes de l’hiver. Pendant que nous retrouvions les terrasses, les restaurants, les cinémas et les terrains de sport, les pays de l’hémisphère Sud affrontaient le froid et la hausse des courbes de contaminations. L’Australie, qui a mis en place l’un des confinements les plus durs et les plus longs du monde (plus de cent jours), vient seulement d’en sortir et considère aujourd’hui avoir maté cette fameuse seconde vague. Aux quatre coins de l’hémisphère Sud, de l’Amérique latine à l’Afrique du Sud en passant par Madagascar, l’hiver fut difficile, les mesures se sont durcies, les confinements se sont enchaînés. C’est à notre tour.

Été en pente douce

Oui, le Covid a un caractère saisonnier. La question à un million d’euros qui se posait il y a         quelques mois a donc trouvé sa réponse. Et elle fait mal actuellement en Europe. “Personnellement, je rapproche le comportement du Covid de celui de la grippe, explique David Alsteens, professeur au  Louvain Institute of Biomolecular Science and Technology de l’UCLouvain et spécialisé en virologie. L’hiver est plus propice à maintenir le virus en vie. Il fait plus humide, moins chaud, et il est moins confronté aux rayons ultraviolets. Ce qui lui permet d’être plus stable sur de longues périodes.” Et puis, en hiver, on s’enferme. “On va plus facilement transmettre le virus d’une personne à l’autre à l’intérieur. Tout cela entraîne des vagues plus importantes.” Un comportement loin d’être inédit. “On avait déjà observé cela lors de l’épidémie de grippe espagnole. Il y avait eu une petite vague au printemps puis des vagues plus spectaculaires durant les hivers suivants.

L’exercice est simple et un brin cruel. Il suffit de quelques clics pour trouver des articles, datés de cet été, dans lesquels des virologues et des épidémiologistes mettent en garde contre un rebond hivernal, voire automnal. “Le message était là. Les virologues le disaient, les hôpitaux aussi. Mais si on avait gardé des règles strictes alors que les chiffres étaient bons, la population n’aurait pas compris et serait peut-être descendue dans la rue. C’est un équilibre précaire.”

Un combat annuel

Les signes avant-coureurs se sont accélérés et à la fin du mois d’août, on a commencé à pressentir l’inévitable. “En revoyant les chiffres, on voit qu’il y avait déjà une augmentation du nombre de décès. C’était très peu, mais on passait de 0 à 2, puis à 4… C’était progressif mais ça ne s’arrêtait pas. On observait une amorce. Et puis au début du mois d’octobre, on a eu l’impression que les dernières règles de confinement étaient tombées alors qu’on s’approchait de l’hiver et que les conditions étaient plus propices à des échanges viraux. C’est facile à dire maintenant, mais c’est dommage. Je pense qu’on aurait pu éviter un rebond aussi fort”, regrette David Alsteens.

Le caractère saisonnier du Covid reconnu, la question de sa fréquence se pose évidemment. Devra-t-on le combattre chaque année, à l’instar de la grippe? Probablement. “C’est très difficile quand un nouveau virus émerge. On a eu l’impression que le Covid n’était pas saisonnier, mais c’est toujours ce qui se passe au début. Aujourd’hui, on sait qu’il l’est. Sans vaccin, probablement que la situation actuelle se répéterait chaque année. Avec une bonne vaccination, on pourra freiner la propagation. Mais clairement, le virus sera toujours là, un peu comme la grippe.”

Enveloppe fermée

Plus que la chute de température, c’est surtout l’humidité contenue dans l’air qui permet au virus une plus grande viabilité. “En fait, je ne suis pas sûr que les températures jouent un vrai rôle, mais dans nos régions elles sont directement liées à l’humidité. Concrètement, plus il fait froid, moins il dessèche. Surtout un virus de type “enveloppé”, qui est normalement assez fragile. L’humidité va l’empêcher de se dessécher et donc de se détruire. Elle va lui permettre de maintenir une couche d’hydratation autour de lui qui va augmenter son caractère infectieux. Les rayonnements UV peuvent aussi détruire son matériel génétique, mais le soleil se fait plus rare.”
S’il n’a donc qu’une influence limitée sur le virus lui-même, le froid nous amène à rester à l’intérieur. Une évidence, mais qui a son importance.

Le virus doit passer d’un organisme A à un organisme B, et pour cela il y a plusieurs vecteurs. D’abord, la transmission par les aérosols. Quand vous parlez face à une vitre, vous voyez des gouttelettes ou des postillons, voire des aérosols beaucoup plus petits, invisibles. Des choses qui se projettent à une distance d’un mètre, un mètre et demi.” Et on ne le répétera jamais assez, le masque constitue une barrière utile pour contrer la projection de ces aérosols. “On peut aussi déposer le virus sur des surfaces, sur lesquelles il peut rester actif un certain temps. C’est encore difficile de quantifier exactement dans quelles conditions et dans quelle mesure le Covid se transmet, mais on sait que c’est principalement via ce genre de scénarios. Les meilleures solutions pour éviter sa propagation restent donc les gestes barrière, et surtout voir le moins de gens possible…” Oui, c’est dur. Mais ce virus est un costaud.

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